Le Docteur Richard Freeman, ex-médecin de l’équipe cycliste de Grande Bretagne et de celle de Sky, est accusé de pratiques de dopage et risque une suspension de quatre ans. Pour autant, aucun sportif suivi par lui n’est mis en cause. L’histoire est semblable à celle d’Alberto Salazar, suspendu quatre ans pour des faits de dopage, alors qu’aucun de ses athlètes n’a été incriminé. L’on parle pourtant de de grands noms du cyclisme britannique, comme Bradley Wiggins, Christopher Froome… et de l’athlétisme, avec Mo Farah, Galan Rupp, Sifan Hassan…

Un médecin et un entraîneur dopeurs. L’un, Britannique, le Docteur Richard Freeman. L’autre, Américain, Alberto Salazar. Leur histoire est très semblable. Ils comptent parmi la petite, très petite poignée, d’entraîneurs et encadrants, suspendus pour des faits de dopage. En athlétisme, ils ne sont ainsi qu’une trentaine actuellement sanctionnés, en majorité des coachs de Russie et de Turquie, sans oublier de mentionner le Français Raphaël Piolanti.

La secousse est d’abord arrivée pour Alberto Salazar lorsqu’au mois d’octobre 2019 en plein championnat du monde, il se voit notifier la violation de quatre règles anti-dopage : administration d’une méthode interdite (en référence à une injection excédant la limite applicable) – altération ou tentative d’altération durant un processus de contrôle anti-dopage – trafic de testostérone – trafic de testostérone à travers la participation à un programme de test de testostérone en violation des règles. Il reçoit alors une suspension de quatre années, qu’il a contestée devant le Tribunal Arbitral du Sport, qui tranchera ce printemps 2021.

Les dérives d’Alberto Salazar avaient d’abord été dévoilées par les équipes de journalistes de la BBC et de ProPublica au printemps 2015, et ce n’est qu’en mars 2017 que l’USADA s’était décidée à mener une véritable enquête, avec l’audition de 30 témoins.

Pour le docteur Richard Freeman, les choses se sont orchestrées d’une manière très différente. L’Agence Britannique anti-dopage vient de lui signifier la violation de deux règles : la possession de produits interdits, la perturbation ou tentative de perturbation du contrôle anti-dopage. Mais cette action de l’UKAD intervient après le procès mené contre le Docteur Freeman par le Conseil de l’Ordre britannique des médecins. Cela fait plusieurs mois que l’ex médecin de l’équipe nationale britannique et de la fameuse équipe Sky est apparu devant ce Tribunal pour répondre de 22 chefs d’accusation, incluant l’achat de sachets de testostérone en 2011.

Un procès qui a fait sensation en Grande Bretagne, en révélant des pratiques très douteuses des membres de l’équipe Sky, et qui a amené des commentaires très hostiles de la grande presse anglaise contre ces cyclistes, et surtout contre Dave Brailsford, le team manager de l’équipe Sky. Et ce n’est que sur cette forte pression médiatique que l’UKAD s’est enfin décidée à jouer son rôle de gendarme sportif.

Toutefois l’un comme l’autre se retrouve seul face à leurs agences anti-dopage. Pourtant, ils ont été les référents de très gros noms du sport mondial, qu’on a retrouvés des années durant en couverture des grands médias, affublés de superlatifs dithyrambiques. C’est donc bien à eux qu’Alberto Salazar ou Richard Freeman ont effectué ces fameuses injections interdites, distribué ces produits interdits, ou qu’ils ont aidés à contourner les contrôles en les perturbant ou en les altérant.

Mais énorme paradoxe, tous ces « bénéficiaires » des pratiques douteuses de ces apprentis sorciers ne sont, à ce jour, nullement mis en cause. Qu’il s’agisse des Mo Farah, Galen Rupp, Sifah Hassan, Bradley Wiggins, Christopher Froome… Même si l’Agence Mondiale Anti-dopage a soutenu vouloir s’intéresser aux ex-athlètes coachés par Alberto Salazar.

Un scénario finalement très incroyable, qui dans une autre dimension, correspondrait à celui d’accuser un homme de meurtre sans que soit connue l’identité de la personne assassinée…

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photo : Gilles Bertrand