Face à la domination de l’Afrique au Mondial de cross, les attitudes des autres pays sont contrastées. Les Etats-Unis et l’Australie délègueront ainsi des équipes complètes, alors que Grande Bretagne et France ont opté pour une position beaucoup plus light.

 

Hassan Chahdi, leader de l'Equipe de France en Chine

Hassan Chahdi, leader de l’Equipe de France en Chine

 

« En moyenne et longue distances, nous avons un problème que ne connaissent pas les autres disciplines. Ce problème s’appelle l’Afrique. » La phrase est brutale, on pourrait même dire choquante. .. Elle émane de Renato Canova. L’entraîneur italien sait de quoi il parle, il a conseillé des dizaines de coureurs africains depuis 20 ans. Et cette proximité lui a révélé l’immensité des capacités physiques et l’étendue de leur motivation extrême, qui font que l’Afrique supplante les autres continents sur tous les grands rendez-vous internationaux.

Le mondial de cross n’échappe pas à cette règle implacable que formalise cyniquement Renato Canova. L’Afrique y domine, Kenya, Ethiopie, Ouganda, et aussi Africains naturalisés sous d’autres nationalités, raflant podiums individuels et collectifs.

Alors faut-il simplement prendre acte de domination et ne plus se battre ou bien garder le cap ?? Les décisions divergent selon les pays.

Aux Etats-Unis, comme en Australie, on n’a cure de ces considérations, et ce sont quatre équipes complètes qui se lanceront dans le très long voyage vers Guiyang en plein cœur de la Chine. Un choix dû à une réussite certaine des athlètes de ces pays dans les précédents mondiaux. En 2013, par exemple, l’Australien Collis Birmingham avait pris la 8ème place en 2013, juste devant l’Américain Chris Derrick, 10ème.

Une équipe de France de 13 athlètes

Pour la Grande Bretagne, comme pour la France, l’optique est toute autre, plutôt au diapason des propos de Renato Canova. En Chine, il y aura 18 athlètes pour les Britanniques, et seulement 13 chez les Français, dont 3 seniors.

La fédération britannique avait clairement annoncé les choses en début d’année, elle ne donnerait sa sélection qu’aux seules personnes capables de finir dans le Top 30. Un sérieux challenge à accomplir et les protestations outre-manche avaient amené les officiels à assouplir ce principe, pour finalement retenir 6 seniors hommes mais 2 femmes, avec bien sûr, la Championne d’Europe Gemma Steel.

En France, elle est belle et bien finie, l’époque où on retenait des équipes complètes sur toutes les épreuves, du cross court au cross long en passant par les juniors. Les règles ont été modifiées pour qu’une certaine logique existe entre les qualifications pour un Mondial de cross et pour un Mondial indoor. Et pour éviter toutes les polémiques qu’on a pu vivre dans le passé, les modalités de sélection officiellement annoncées en début de saison demeurent très soft, avec l’engagement de 2 athlètes automatiquement sélectionnables à l’issue du France de cross, et les autres retenus à la discrétion de la DTN.

Le résultat est criant, l’Equipe de France est laminée, avec seulement 3 seniors. Chez les femmes, Sophie Duarte concentrée sur son marathon de Paris, Aurore Guérin, 2ème, sera la seule senior qualifiée. Chez les hommes, ils seront deux, Hassan Chahdi, le champion de France en titre, (il a terminé 23ème au Mondial 2011), et Timothée Bommier, 4ème au France. La règle n’aura été assouplie que pour les juniors filles, elles seront 4, et garçons, ils seront 6, avec l’objectif de les rôder à de telles compétitions.

Alors, quels espoirs pour ces jeunes athlètes ? Ils ne peuvent qu’être très light. La lutte sans merci que se livrent le Kenya et l’Ethiopie lors d’un Mondial de cross débute dès les courses juniors que ces géants de l’athlétisme ne mésestiment jamais. Le choc avait d’ailleurs été très violent pour le Kenya au dernier Mondial 2013, qui avait perdu au détriment de l’Ethiopie le titre junior hommes par équipe, sa chasse gardée depuis 1988 !

Les deux géants se préparent à un nouveau combat au mondial de Guiyang, et Kenya comme Ethiopie ont formé des équipes complètes sur les quatre épreuves. C’est une évidence !

    Texte : Odile Baudrier
    Photo : Gilles Bertrand