Le canadien Andre De Grasse a crevé l’écran lors des championnats NCAA disputés à Eugene. Vainqueur du 100 m puis du 200 m, quel peut être le destin de ce prodige qui s’inscrit dans la lignée des Carl Lewis, Tyson Gay, Gwen Torrence…tous issus du système NCAA.

 

Tony Sharpe… ?

Rappelez vous cette retentissante affaire de dopage autour d’un trio infernal composé de Ben Johnson l’athlète, Charlie Francis le coach et George Astaphan l’apprenti sorcier, réunis pour le meilleur et le pire au sein du Scarborough Optimist Track Club. Tony Shrape s’entraînait lui aussi dans cette structure. Mais lorsque le scandale éclate, son nom est cité et le médaillé de bronze aux J.O. de Los Angeles avec le relais 4 x 100 canadien est mis naturellement en cause, comme la majorité des athlètes du groupe. Aux côtés du champion olympique du 110 mètres haies Mark Mc Koy sacré en 1992, il ne se dérobe pas. Il cherche le salut et reconnaît avoir utilisé des stéroïdes. Des aveux qu’il paie très cher d’une longue mise au placard, interdit de stade et de coaching.

Le Canadien Andre de Grasse vainqueur du 100 et 200 aux NCAA (photo IAAF)

Le Canadien Andre de Grasse vainqueur du 100 et 200 aux NCAA (photo IAAF)

L’ancien athlète plonge alors dans une longue traversée du désert, un tunnel de pénitence. Il se reconvertit dans le business mais la piste est un aimant, une drogue dure, une addiction. En 2013, il est autorisé à reprendre un chrono à la main. Il a fait amende honorable. Sa dette est payée et la main sur la bible, il s’engage à servir son sport avec éthique et honnêteté. La fédération canadienne lui tend la main et l’intègre dans le staff national en charge des relais. Le passé, c’est du passé. Place aux compétences et au « savoir ».

A peine qu’il pousse la porte des stades que Tony Sharpe découvre le filon. Un petit gars mal fringué (la légende distillée par Internet raconte qu’il portait un grand short de basket) qui, départ debout, réalise 10’’90 à 17 ans. L’entraîneur a tout vu et bien vu. C’est un gros talent. De l’index, il lui dit «viens là».

Cet apprenti sprinter a un nom, Andre De Grasse. « Di Grassi » « Di Grassi » s’est égosillé le speaker des championnats NCAA disputés le week end dernier à Eugene dans la Track Town américaine qui monopolise désormais toutes les grandes organisations nationales. 9’’75 sur 100 mètres avec 2,7 m/s de vent puis 19’’58 sur 200, le Canadien dans son body frappé du sigle USC a dézingué les bolides yankees en moins de 50 minutes.

Certes, celui-ci a débuté l’athlétisme plus tard que la « normale », à tout juste 17 ans, mais il rattrape vite son retard. Avant d’arriver à Eugene, il affiche déjà un solide palmarès sur le circuit NCAA lors des deux précédentes saisons dans les catégories inférieures du circuit universitaire, cumulant les titres indoor et outdoor. En changeant de « college » et en intégrant l’université South California situé non loin du Musée d’histoire naturelle de Los Angeles, il change de « pointes » et réalise cet hiver 6’60’’ sur 60 mètres et 20’’26 sur 200 mètres en salle. Les 16 et 17 mai, il dévoile son jeu en réussissant 9’’97 puis 20’’03 sur la piste du Drake Stadium de LA et devient le favori des NCAA, véritable incubateur pour tous les futurs olympiens.

Avant lui, tous les grands noms du sprint outre atlantique sont passés par cette case, Carl Lewis en 1981 vainqueur en 9’’99, Calvin Smith en 1983, Gwen Torrence en 1985. L’année 86 est exceptionnelle avec un 100 mètres à faire trembler l’enceinte d’Indianapolis. Le titre revient à Joe De Loach en 10’’10 soufflant la politesse à Raymond Stewart, Mike Marsh et Leroy Burrel. En 2004, Tyson Gay bombe le torse après avoir remporté le titre en 10’’06 devant Michael Frater. Ils seront départagés à la loupe.

Alors quel destin pour cet espoir dans un pays en jachère, qui, depuis Donovan Bailey et Bruny Surin, génération Atlanta, 9’’84 tous les deux, se cherche un sprinter susceptible d’accrocher la foulée des vétérans Gay, Galtin et Bolt. Pékin puis Rio arrivent peut-être un peu tôt pour André. Avant qu’il ne soit touché par la grâce du sprint.

> Texte Gilles Bertrand