La suspension décidée en avril par la Fédération du Kenya à l’encontre de la société de management Rosa Associati pourrait bientôt s’achever. C’est en tout cas ce qu’affirme Federico Rosa.

 

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La grimace de Federico Rosa est bien visible. Le manager italien ne dissimule pas une certaine exaspération lorsque je lui dévoile souhaiter l’interroger sur ses problèmes avec la Fédération du Kenya.

Mais il est trop tard, il s’est déjà assis dans un gros sofa dans le hall de l’hôtel officiel du Meeting Areva, plein comme une ruche, et il hésite visiblement à refuser de me parler… La politesse reprend le dessus, mais ses réponses s’avèrent pour le moins sibyllines.

Avec tout de même une révélation de taille : la suspension de sa société de management devrait être levée par la Fédération du Kenya. Ce ne devrait être qu’une question de quelques jours pour que l’annonce officielle soit effectuée, avec la bonne nouvelle de son exonération de toute charge. Il résume d’une phrase courte : « Tout a été clarifié ! »

Mais Federico Rosa ne veut surtout pas livrer plus d’informations, soucieux d’éviter toute interaction avec les négociations en cours avec le Président Kiplagat. Et à aucun moment, il ne se dévoilera.

Tout aurait été clarifié pour lui

Tout juste concède-t-il que cette suspension n’a pas vraiment interféré sur son travail de manager au Kenya. Un élément que nous avions pu vérifier de visu lors de notre enquête durant le meeting d’Eldoret, et confirmé aussi par sa présence au Meeting Areva avec 4 athlètes kenyans engagés par ses soins.

Autre rumeur qu’il accepte de valider : il n’a été informé de cette sanction de la Fédération du Kenya que par la presse kenyane en date du 13 avril dernier, aucun avertissement ne lui avait été donné au préalable.

Et il soutient également que dès son arrivée en urgence au Kenya après l’annonce de cette décision, les choses auraient été clarifiées avec la Fédération du Kenya, qui l’aurait de suite disculpé de toute responsabilité dans les problématiques de dopage.

Sur ce problème, Federico Rosa joue la surprise totale : « Oui, j’ai été surpris en découvrant l’ampleur du dopage au Kenya, même si j’avais des doutes ces dernières années. Car depuis 4-5 ans, je voyais des choses bizarres, beaucoup de gens autour des athlètes, beaucoup de médecins. »

Pourquoi une telle dérive selon lui, observateur privilégié du Kenya, après 20 ans de management, et 40 ans de coaching pour son père Gabriele : « A cause de l’argent. A cause du nombre de jeunes athlètes. A cause de l’accès plus facile à internet pour trouver des informations. Et aussi car des gens sans morale font des promesses. »

Trois coureurs exclus après analyse douteuse de leur sang

Et qui seraient ces gens douteux ? Des coachs, des managers ? Il répond du bout des lèvres : « Je ne peux pas dire oui, je ne peux pas dire non. Nous, nous sommes à 100% en-dehors du dopage. Je ne serai pas surpris si de petits managers sont impliqués. Au Kenya, le problème est grave. Le produits sont diffusés par les pharmaciens, les médecins, d’autres gens, des Kenyans. »

Pour pallier à ces dérives, Federico Rosa et son père ont décidé d’investir en janvier dernier dans une machine high tech chargée d’analyser le sang des athlètes pour détecter des anomalies éventuelles. Féderico retrouve une certaine volubilité pour expliquer : « Les tests sont effectués sur les athlètes de notre groupe toutes les 2-3 semaines pour vérifier les variations des taux sanguins. Nous faisons les tests nous-mêmes ou à l’hôpital d’Eldoret. Si l’on observe des variations anormales, on peut exclure l’athlète du groupe. »

C’est ce qui se serait déjà produit, avec 3 athlètes, 1 homme et 2 femmes, invités à prendre la porte du groupe d’entraînement, après que leur analyse de sang se soit révélée anormale. Par une prise d’EPO ? Federico répond : « Je n’ai pas la preuve, mais probablement. Nous avons averti l’IAAF. » Et à ma question « Avez-vous été surpris par les noms de ces coureurs ? » Il explique : « Non, pas vraiment surpris. J’avais des doutes. »

Claudio Berardelli, oui ou non avec Rosa ?

Au total, une centaine d’athlètes auraient fait l’objet de tels contrôles rendus obligatoires par un engagement signé à leur entrée dans le groupe, et destinés à apporter une caution à Federico Rosa et à Claudio Berardelli, le coach de son groupe au Kenya.

Ou plutôt l’ex-coach de son groupe, puisque certaines informations font état d’une rupture entre les deux hommes consécutive à la sanction contre Rita Jeptoo, marathonienne entraînée par Claudio Berardelli, et à la suspension de Rosa Management. Mais Federico Rosa n’en dira rien. Le silence est d’or….

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photo : G.B.