Jean-Pierre Verdy, dans les coulisses de la guerre contre le dopage

8 avril 2021

Jean-Pierre Verdy a été le directeur des contrôles de l’Agence Française de Lutte contre le dopage entre 2006 et 2015. Durant cette période, il a été le chef d’orchestre de très nombreuses affaires, et en particulier en athlétisme, où il a permis de nombreuses suspensions, comme celles de Laila Traby, Bertrand Moulinet, Julie Coulaud, Hassan Hirt, Fouad Chouki… Jean-Pierre Verdy sort aujourd’hui de sa réserve en publiant un livre « Ma guerre contre les tricheurs », qui lève le voile sur les coulisses de la lutte anti-dopage. Un livre passionnant à découvrir pour comprendre pour découvrir combien le manque de moyens financiers, les complexités juridiques, les pressions entravent ce travail de recherche des tricheurs.

Il est extrêmement rare qu’un ancien expert antidopage s’exprime. Pourquoi avez-vous souhaité témoigner dans ce livre de votre expérience de directeur des contrôles à l’AFLD ?

Déjà pour me soulager car j’avais énormément de poids. J’avais la tête lourde. Je voyais que la lutte anti-dopage n’avançait pas. Dans un premier temps, je n’ai pas écrit pour un livre, j’ai écrit pour me vider la tête et progressivement, l’idée a mûri, j’ai proposé aux éditions Arthaud qui ont été intéressées. Le but était aussi de faire avancer la lutte anti-dopage car je voyais car ça bloquait. Dans le livre, j’ai voulu décrire tous les freins qui existaient à tous les niveaux. Les freins financiers car l’argent est public. Il transite par le Ministère avec l’impact qu’on devient dépendant et qu’on doit obéir au diktat du Ministère. L’argent arrive au compte-goutte, la première partie en début d’année, et puis après, il faut pleurer pour avoir le solde. Le frein juridique, à tous les niveaux. Les freins des fédérations nationales et internationales. Dans l’organisation du travail, des fédérations coopéraient, et d’autres traînaient des pieds. Les freins des organisateurs de compétitions. Pour obtenir certains athlètes, ils faisaient tout pour empêcher les contrôles. Tous ces freins ont parasité les neuf années à la tête du département des contrôles.

Le début du livre démontre de votre part une volonté forte de combat contre les tricheurs. Puis on a le sentiment que les aspects juridiques deviennent prioritaires. Et que cela diminue notablement la possibilité de résultats dans la lutte. Est-ce bien votre point de vue ?

Vous avez bien compris. C’est tout à fait ça. Malgré que j’avais plusieurs juristes dans mon équipe du département des contrôles, plus les juristes de l’AFLD, c’était très compliqué. Déjà pour mettre en place un contrôle, il fallait vérifier si on avait le droit, si le sportif n’était pas sur les listes de haut niveau, ou dans le groupe cible. Tous ces filtres parasitent la mise en place des contrôles. Quand la fédération internationale d’athlétisme décide d’intégrer un athlète dans le groupe cible, elle l’informe par un SMS doublé d’un mail, et l’athlète a 48 heures pour se localiser. Pour nous, à l’AFLD, c’était très compliqué de faire rentrer quelqu’un. Car ils utilisaient toutes les avancées juridiques, les trous, les failles qui permettaient de retarder l’inclusion dans le groupe cible.

Un membre de l’AIU me disait récemment que La guerre entre l’anti-dopage et les sportifs est inégale. Est-ce également votre opinion ?

C’est très compliqué. C’est un souci permanent. Le titre du livre est « Ma guerre contre les tricheurs » car c’est une succession de batailles. La guerre n’est pas gagnée. C’est pour cela que j’ai voulu écrire ce livre. C’est contre les gens qui trichent, et ce n’est pas la majorité des sportifs, bien heureusement. Les tricheurs polluent l’équité. Je l’ai moi-même vécu. Vous travaillez, vous vous entraînez, vous n’êtes pas à armes égales avec quelqu’un qui triche.

Vous avez dû supprimer 100 pages de votre manuscrit avant la publication. Pour quelle raison ? Est-ce une frustration de ne pas avoir pu exprimer tout ce que vous souhaitiez ?

J’avais mis beaucoup de rancoeurs personnelles. Beaucoup trop. Je risquais d’être attaqué. Il y a beaucoup de choses qui pouvaient ne pas intéresser les lecteurs. J’ai dû faire un tri de ce qui n’était pas intéressant.

Dans ce livre, vous dévoilez les méthodes utilisées par votre équipe pour organiser les contrôles au bon moment, et augmenter les chances de détecter les produits qui s’éliminent vite. On voit que vous utilisiez les réseaux sociaux, articles dans la presse, analyses de performances. Egalement un réseau d’informateurs. Pouvez-vous évaluer le nombre de personnes qui vous informaient ? Que pensez-vous de leurs motivations ? Estimez-vous aussi rassurant de voir que des personnes se mobilisent contre le dopage ?

Le volume est important. Je connaissais énormément de monde dans la mesure où j’ai été athlète de haut niveau pendant une quinzaine d’années. Donc j’ai fréquenté des sportifs de toutes les disciplines pendant ces quinze ans à l’INSEP. Et aussi par le biais des préparations olympiques. J’ai également été 15 ans à l’INSEP en tant qu’entraîneur. Beaucoup d’athlètes côtoyés pendant ma carrière étaient devenus des entraîneurs, des cadres et dirigeants de fédérations. Tous ces gens-là pouvaient potentiellement m’aider à un moment donné. C’est ce qui faisait la richesse de mon réseau. Des gens qui me faisaient confiance, car ils savaient que jamais leur nom ne serait livré. Et qui partageaient, dans plein de disciplines, la frustration qu’ils avaient eue pendant leur carrière d’athlètes, et qui avaient envie de faire avancer leur discipline. Le volume est très important. Les gens faisaient ça pour une éthique certaine, et aussi car ils s’apercevaient au fil du temps qu’il y avait un problème de santé publique. Dans certaines disciplines et certains niveaux, les gens utilisent les mêmes produits que des sportifs professionnels suivis médicalement. On s’en est aperçus lors de perquisitions, où les gendarmes, douaniers trouvaient des médicaments identiques à ceux des professionnels. Donc il y a l’éthique, la santé publique. Et l’énorme confiance que les gens avaient avec moi. Pour que les gens se mobilisent, il faut une personne ressource.

Le livre démontre que certains sports font l’objet de protections, comme le foot, et le cyclisme. Vous dévoilez certaines collusions avec les instances fédérales (UCI), et vous rappelez à plusieurs reprises des interventions au plus haut niveau de l’Etat pour protéger des sportifs. Ces situations vous ont-elles poussé au découragement ?

C’est vrai que c’est décourageant, mais j’avais la chance d’avoir un président, Bordry, à qui plus on faisait de pressions, plus il envoyait la vapeur. Moi, j’étais un peu comme ça. Quand un responsable du foot est venu pour faire pression, j’ai doublé le nombre de contrôles. Quand quelqu’un essayait de faire pression ou de passer à travers le groupe cible ou les contrôles, on doublait. C’est dû à la personnalité du président que j’avais. Et moi qui ne lâchait rien. Et de mon équipe. J’avais une équipe de femmes qui étaient des tigresses. Toute ma vie professionnelle, j’ai travaillé avec des hommes. Là, j’ai découvert le travail avec des femmes acquises à une cause. Elles ne lâchaient rien. Même moi parfois, je voulais lâcher, et elles me répondaient Non, ne lâchez pas, on va trouver un transporteur, un préleveur. Elles pouvaient rester jusqu’à 22 heures pour que le lendemain, le contrôle ait lieu.

L’on découvre par exemple que le cyclisme est très bien structuré jusque dans les détails pour permettre le dopage. J’ai été surprise de voir que sur le Tour de France, il existe des « guetteurs », à l’image des guetteurs pour la drogue dans les cités. Ils sont chargés d’informer de l’arrivée des contrôleurs dans les hôtels des cyclistes. Cette pratique interpelle.

On a découvert ça très rapidement. Les gendarmes présents sur le Tour n’étaient pas en tenue de gendarmes. Ils étaient infiltrés avec les Tee shirts, casquettes, drapeaux. Ils étaient méconnaissables, barbus, amaigris car ils mangeaient des sandwiches. Et ils me disaient Là, on s’est faits détronchés car en face, il y a des pros. Dans la sécurité, les pros se reconnaissent. Et on constatait que lorsque les préleveurs arrivaient pour un contrôle, il y avait quelqu’un à l’ascenseur qui les interpellait. Ca traînait. Ils appelaient le médecin de l’équipe, les dirigeants. Puis ils allaient à une chambre, et ce n’était pas la bonne. Tout était fait pour retarder l’arrivée du contrôle. Ces gens-là étaient très organisés. Ces personnes de la sécurité étaient les premiers à descendre du bus, ils regardaient partout dans les halls d’hôtels, ils allaient inspecter les chambres, ils regardaient les va et vient des gens. Nos gendarmes, même camouflés, étaient quasiment repérés à chaque fois.

En athlétisme, vous avez été actifs sur plusieurs grosses affaires. Vous citez dans le livre : Julie Coulaud. Hassan Hirt. Fouad Chouki. Laïla Traby. Bertrand Moulinet. Concernant Laïla Traby, j’aurais souhaité revenir sur le point soulevé tout à l’heure, c’est le problème de l’intégration dans le groupe cible. Vous pointez en effet du doigt à cette occasion que Laïla Traby ne figurait pas dans le groupe cible, même si elle avait effectué des progrès étonnants en une année, et qu’elle avait été médaillée aux Europe en août 2014. En novembre 2014, elle n’est toujours pas dans le groupe cible, et il vous faut trouver un palliatif juridique pour pouvoir la contrôler. Ce problème de l’entrée dans le groupe cible apparaît vraiment comme un gros blocage de la lutte ?

Elle n’était pas dans le groupe cible, car au départ, on la croyait dans le groupe international. Quand on s’est aperçus de l’erreur, on a été obligés de demander une lettre contrôle pour pouvoir faire son contrôle. Car nous n’avions pas de support juridique et nous ne pouvions y aller de notre propre chef. Pour rentrer dans les groupes cibles des fédérations internationales, il faut être au moins dans le TOP 10 ou top 20. Pour rentrer dans le groupe cible de l’AFLD, il faut être inscrit sur les listes d’athlètes de haut niveau. Le problème est que les fédérations nationales ont un quota limité, fixé par le Ministère, pour les listes de haut niveau car cela leur donne des droits, des avantages. Donc c’est limité. Comme ils ne sont pas dans le groupe international ou national, cela fait un énorme trou dans les raquettes. Traby est un exemple. Ces gens ont de bons résultats au niveau international, national, mais pas suffisants pour rentrer dans un groupe ou l’autre. Ces gens-là peuvent évoluer en toute impunité, sauf à être contrôlés le jour de la compétition. Mais le risque est minimal car ils gèrent la cinématique d’élimination des produits. Pour nous, c’est un frein énorme. Nous sommes passés au travers de certains contrôles, on savait que les sportifs visaient le titre de champion de France, mais on n’avait pas les moyens de les contrôler. On a essayé des « coups » Traby dans d’autres disciplines mais ça ne marchait pas. Lors de la commission sénatoriale, j’avais dit Messieurs les Sénateurs, aidez-moi à faire rentrer les sportifs dans le groupe cible. Mais on se heurte au volet juridique.

Donc un sportif qui bâtit bien sa tricherie, va programmer une progression très rapide avec sa prise de produits. Car il sait qu’il va bénéficier d’une « fenêtre » de plusieurs mois.

S’il calcule bien son coup, il sait qu’il va faire sa performance sur une compétition bien précise, puis il va se faire oublier sur d’autres compétitions. Du coup, cela ne justifiera pas le classement dans le groupe de haut niveau. Si une fédération a un quota de 20, elle ne peut faire rentrer une personne que si elle en fait sortir une autre. Bien sûr, on peut programmer un contrôle sur toute personne qui prépare une compétition. Mais comment avoir la certitude que le sportif sera à l’entraînement sur tel stade à tel moment ? Il fallait de vraies certitudes car humainement, déplacer un préleveur, l’empêcher de travailler dans son cabinet, pour aller faire un contrôle qui est dans le vide. Cela nous coûte aussi de l’argent pour rien. C’est toujours de l’argent public.

On peut voir dans le livre que dans les réunions préparatoires d’un contrôle, la comptable était présente pour faire le calcul du coût du contrôle. Et après prendre la décision de faire ou pas.

On se réunissait. On regardait le coût de la compétition, du déplacement. On évaluait le coût du transport du prélèvement. Par exemple, pour Hirt, le labo était fermé ce week-end là. Et pour moi, c’était la fenêtre de tir où il fallait y aller. Lausanne a bien voulu me le prendre, mais il fallait payer un transporteur, il y en avait pour 1500 euros. On a fait un calcul en fonction de l’argent qu’on avait. J’avais dit que s’il n’était pas positif, on ferait d’autres contrôles en moins pour compenser. Il y avait un calcul de faisabilité par rapport à notre situation financière.

L’AIU a considérablement augmenté ses résultats en utilisant les positifs, mais aussi les no shows, les problèmes de localisation, et le passeport biologique. Mais pour vous, le passeport biologique n’est pas une voie aussi « noble » qu’un contrôle positif pour obtenir une sanction. Pour quelle raison ?

Pour moi, sanctionner quelqu’un sur le papier, avec les paramètres, c’était très compliqué. Il y a eu des exemples, où, pour des no shows, il y a eu des combats d’experts. Vous rentrez dans des dépenses pour bien souvent, arriver à des conclusions qui laissent une possibilité médicale ou physiologique à cette anomalie. Moi, je préférais prendre la personne sur un produit positif plutôt que de risquer un combat juridique. Ce n’était pas ma tasse de thé. Les profils sanguins me permettaient de faire du ciblage et d’avoir des informations globales. Je préférais prendre la personne positive, plutôt qu’administrativement.

En athlétisme, un autre cas est très particulier. Celui de Bertrand Moulinet. Le marcheur avait fait l’objet d’un contrôle positif, il utilisait une molécule FG 4592, qu’il pensait indétectable. Vous mentionnez qu’à peine sorti de garde à vue, il a fait un communiqué pour admettre son contrôle au FG 4592. Même si vous soulignez qu’il est l’un des rares sportifs à reconnaître son dopage, estimez-vous qu’il a volontairement fait cette déclaration pour avertir les autres utilisateurs que la molécule était devenue détectable ?

On voulait faire un black out sur cette affaire car cette molécule n’était pas sur le marché. Elle était en phase 3 d’expérimentation. On pensait qu’elle était utilisée par des sportifs d’autres disciplines.  Mais le fait d’avoir fait son mea culpa publiquement a fait qu’il avertissait tout le monde.

Vous pensez que c’était volontaire ?

Je ne sais pas mais ça m’a énervé. Ca nous a beaucoup énervé.

Tout récemment, l’UKAD est l’objet d’un énorme scandale actuellement, avec la protection de certains sportifs, cyclistes et aussi athlètes, qu’on laisse démontrer eux-mêmes que leur contrôle positif est consécutif à des suppléments alimentaires soi-disant contaminés par des produits dopants. Les enquêtes en diront plus. Mais pensez-vous que de telles dérives puissent être liées à de la corruption financière ? Ou à des pressions exercées sur les membres de l’agence pour les contraindre à l’inaction ? Est-ce pour vous un risque majeur pour les agences anti-dopage ?

Je ne sais pas. J’ai travaillé avec eux, je n’ai eu aucun problème. Je les trouvais très engagés, et je pensais qu’ils étaient comme moi. Là, je découvre, je ne connais pas le dossier. Mais la tentation de l’argent peut exister à tous les niveaux. Moi, hormis les pressions dont j’ai parlé, je n’ai jamais eu de proposition d’argent ou quoi que ce soit. Moi, on pourra fouiller sur mon passage à l’agence, on ne trouvera rien car je n’ai fait de cadeau à personne.

La corruption a déjà existé dans la lutte anti-dopage, comme l’ont prouvé le cas du Docteur Dolle, et les problèmes de la Russie. Pensez-vous qu’en France, il ait pu y avoir des professionnels de l’anti-dopage qui communiquaient aux sportifs ou à leurs entraîneurs des informations sur les dates des contrôles ? Est-ce que certains préleveurs ont pu être indélicats ? Pensez-vous que c’est plausible en France ?

Il y a eu 1 ou 2 fois, où des entraîneurs m’ont dit qu’ils avaient eu un coup de téléphone, et qu’ils savaient qu’il y aurait un contrôle. C’était 1 ou 2 cas. Je me suis battu avec les préleveurs car il y avait des fuites sur certains contrôles à certains endroits. Au bout d’un moment, il y a une certaine promiscuité locale. Les préleveurs peuvent être invités à déjeuner, à des soirées. En échange, ils disent qu’on vient tel jour. Je me suis battu. Mais au niveau local, cela reste des amitiés qu’on peut difficilement gérer. Sur des contrôles sensibles, j’envoyais des préleveurs dont j’étais sûr. Cela avait un coût à chaque fois.

Est-ce plus la conséquence d’amitiés ou peut-on penser qu’il y a eu corruption financière ?

C’est plus l’amitié. S’agissant de Dollé, franchement, je suis tombé de l’échelle quand j’ai appris cette histoire. Il me disait que je pouvais l’appeler à n’importe quelle heure pour un contrôle. Mais à la réflexion, je n’avais pas d’informations sur les Russes, je ne pouvais pas savoir.

Est-ce qu’il n’a pas pu le faire en France à votre insu ?

Que pouvait-il faire en France ? Moi, j’avais les manettes. Je contrôlais comme je voulais. Je n’étais pas obligé de passer par lui. Je lui donnais des informations sur des personnes à contrôler à l’étranger. En France, je n’avais pas besoin de lui.

N’a-t-il pas pu informer des Français partant s’entraîner à l’étranger ?

Je ne sais pas. Franchement, je suis tombé des nues.

Vous révélez dans le livre avoir été l’objet d’écoutes téléphoniques durant le Tour de France afin de découvrir le nom des cyclistes qui allaient être ciblés pour les contrôles. Avez-vous eu parfois peur d’agir contre des structures si puissantes ? Avez-vous été menacé par ces structures ou par des sportifs ?

J’ai eu des menaces anonymes. Je n’ai pas eu de sportifs qui m’ont menacé. Personne ne savait que c’était moi. J’étais complètement dans l’ombre. Les sportifs disaient que c’est untel qui m’a balancé. Ils étaient en dehors de la plaque. Mais ce qui nous a fait un choc, à ma famille et moi, c’est de découvrir qu’on était sur écoute. Même mes téléphones personnels. J’avais regardé pour l’achat d’un téléphone crypté, mais c’était trop cher, 18000 ou 20000 euros. Donc j’avais fait acheter un téléphone jetable par quelqu’un de ma famille, payé en liquide. J’achetais des cartes prépayées. Vraiment le truc de truand !

 Après quelques années de retraite, quel regard portez-vous maintenant sur le combat actuel ?

Je ne sais pas ce qui se passe. Je pense qu’ils sont toujours dans les mêmes contraintes, financières et juridiques. C’est pour cela que j’ai voulu écrire ce livre. Outre que je me sente plus léger, cela peut peut-être faire bouger les choses, en relevant les consciences. Pour les Jeux de 2024, si le juridique et le financement n’évoluent pas, cela restera toujours compliqué.  C

Croyez-vous à la rédemption pour les anciens dopés ?

Oui, j’y crois. Je suis encore en contact avec des personnes qui me disent qu’heureusement, tu m’as arrêté. Déjà c’était invivable car tu sentais que tu me chassais et c’était pénible de regarder tout le temps dans le rétroviseur. Ils vivaient comme dans un cyclône, ils étaient sur leurs gardes, ils trichaient pendant certains contrôles. Cette chasse les fatiguait. Ils me disent aussi qu’en vieillissant, ils n’auraient pas la même santé. Car il y a des effets secondaires.

Y a-t-il certains sportifs que vous avez plaints après les avoir contrôlés positifs ?

Bernard Köhl, ça m’a fait mal au cœur de me retrouver face à lui et de voir que c’était un gentil gamin, et que je foutais sa vie par terre. Après, il a fait un tas de réunions, de témoignages contre le dopage. Mais d’autres que j’ai traqués, que je n’ai pas attrapés, m’ont reproché d’avoir mis leur carrière en l’air, car ils ne pouvaient plus prendre de produits car trop surveillés… C’était en athlé !

De qui s’agit-il ?

Je ne peux pas le dire !

Interview réalisée par Odile Baudrier