Hélène Douay a représenté la France lors du 800 mètres réservé aux Masters de 55 ans, nouvellement intégré au Championnat du Monde en Salle de Portland. La Française, très étonnée d’avoir été sélectionnée, a finalement dominé l’épreuve pour conquérir l’or.

 

DOUAY

 

La nouvelle lui est tombée dessus en plein mois de décembre. Et Hélène Douay ne dissimule pas quelle a été sa surprise en apprenant que la FFA veut la qualifier pour disputer le 800 mètres masters intégré dans le Championnat du Monde indoor. Une initiative inédite, il s’agit d’une première, et elle est réservée à la catégorie des F55, les femmes âgées de 55 ans. Hélène Douay s’y affirme bien comme la meilleure Française avec ses 2’36’’03 bouclés en mai 2015, un record de France.

Ce record de France lui est arrivé presque par hasard. Elle n’avait pas prévu de courir ce 800 mètres des interclubs, mais une défection de dernière minute l’y a contrainte. Elle n’a pas hésité longtemps pour s’y coller, c’était fatal, elle est présidente de son club de l’ASC St Barthelemy Athlé, depuis 5 ans, et le 800 mètres est tout de même sa distance de prédilection. Même si elle courait ce jour-là sans préparation spécifique, après avoir disputé un trail de 23 kilomètres un mois plus tôt.

Le poids, le javelot, le 4×400 m, le 800 m

Car sa pratique est multi-forme, de la piste, du cross, un tout petit peu de route, souvent des Ekiden. Comme elle me l’explique : « C’est en fonction des opportunités. » Comprenez selon les besoins de son club. S’il faut dépanner sur un Ekiden, elle le fait, si c’est sur le javelot, elle le fait également. Ainsi  le jour des interclubs, on l’a retrouvée au poids, sur le relais 4 fois 400 m, et sur ce fameux 800 mètres qui la qualifie pour le Mondial.

Mais elle l’avoue, elle a beaucoup hésité à accepter d’intégrer l’Equipe de France pour Portland. Pourquoi ? « J’avais un voyage au ski prévu avec mes élèves cette semaine-là. Cela ne me paraissait pas possible de prendre des congés. » Mais son compagnon, son fils et sa fille vont se charger de la convaincre de saisir cette opportunité, et elle reconnaît : « Il a fallu me pousser ! »

Cette grande et longiligne femme ne joue pas dans la cour des obsédées des chronos et des podiums. Ses motivations sont toutes autres : « Je ne cours pas après les temps. Je cours après le plaisir de courir. L’athlé n’est pas une priorité absolue. Même si je suis accro de course, et que je dois absolument m’entraîner mes trois fois par semaine… »

Un rythme qu’elle respecte depuis 20 ans qu’elle a repris l’entraînement après un long arrêt pour maternité. Elle avait débuté l’athlé vers 16-17 ans, sur le 400-800, avec un record à 2’18’’, et paradoxalement, c’est dans sa 2ème partie de carrière qu’elle a établi son record de 2’13’’8, elle avait alors 34-35 ans. Elle s’approprie ensuite une succession de records de France, le 800 m dans la catégorie F45, le 400 et le 800 m chez les F50, elle court alors en 2’23’’2, et l’année dernière, une nouvelle référence chez les F55. Elle a pourtant accueilli ces 2’36’’ d’une manière mitigée : « J’ai trouvé que ce n’était pas miraculeux ! Et puis je me suis dit qu’il faut se remettre à son âge… »

Le cross court l’hiver

Sa régularité à l’entraînement paie, elle s’amuse l’hiver sur le cross court, elle préfère cette distance au cross long, et tant pis si sa qualité de vétérane n’y est pas reconnue : « Le classement masters ne m’intéresse pas ! » Même si l’été dernier, elle s’est tout de même alignée au Championnat du Monde Masters organisé à Lyon, sur le 1500 mètres, où elle a terminé 4ème avec un peu de regrets : « J’ai réalisé que j’aurais mieux réussi sur le 800 mètres. »

Une expérience précieuse pour aborder son 800 mètres de Portland : « J’avais battu à Lyon l’Américaine Lesley Chaplin et la Britannique Karen Brooks. Du coup, je me doutais qu’elles n’avaient pas une grosse pointe de vitesse ! » Elle sait aussi qu’elles affichent toutes les deux de meilleures références qu’elle, avec des chronos à 2’32’’ et 2’35’’, mais cela ne l’empêche pas de prendre un risque insensé en s’échappant dès le départ sur la piste du Dôme. Et jamais, elle ne lâchera, pour franchir l’arrivée la première. Une victoire au panache que vont saluer son compagnon, sa fille, présents à Portland, et aussi tous les membres de l’Equipe de France : « Ils m’ont félicitée car j’avais fait une course de caractère ! »

Cette intégration avec les athlètes d’élite s’est faite avec une facilité qui l’a beaucoup étonnée : « Ils sont tous très abordables. Au départ, j’étais en retrait, je ne savais pas trop où était ma place. Mais ils sont venus vers moi. On discutait de tout. Ils m’ont posé beaucoup de questions sur mes élèves. »

Les élèves très curieux de leur prof

Au quotidien, Hélène Douay est prof d’EPS au lycée Mounier d’Angers, et les Compaoré, PML, Bascou, Lelièvre, Correa, Gomis, avec lesquels elle a le plus sympathisé, auraient tous pu être ses élèves ! Justement, l’autre surprise de cette réussite américaine est venue de ses petits protégés, et en particulier de ceux inscrits dans l’option EPS centrée sur la natation, le hand, le basket : « C’est la section qui m’a le plus soutenue. Ils m’ont beaucoup suivie. » Grâce à un Facebook qu’elle avait spécialement bâti, et qui a reçu de très nombreuses visites à son grande stupéfaction : « Je n’aurais jamais pensé que ça prendrait autant d’importance ! »

Et maintenant, tout cet enthousiasme lui a-t-il donné de l’appétit pour de futures performances ?? Hélène Douay veut garder son sang-froid : « J’ai envie de continuer. Mais je ne sais pas trop ce que je ferai. Je ne veux pas me lancer dans la course au record ! » Et pourtant, son nom figure maintenant dans les références de l’IAAF comme détentrice du record du Championnat du Monde en salle…

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photo : D.R.
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