A quelques jours du début du Championnat du Monde d’Eugene, Mouhamadou Fall a reçu une notification de l’AFLD, pour un troisième manquement aux règles de localisation. Il dispose de 15 jours pour se justifier, et éviter une suspension de 2 ans. Un nouveau coup dur pour l’Equipe de France, après la suspension provisoire d’Amaury Golitin, mis en cause par l’AFLD pour les mêmes raisons.

Le pire avait été évité pour Amaury Golitin, avec sa suspension notifiée quelques jours avant le Championnat de France de Caen. L’AFLD avait eu recours aux grands moyens, en lui remettant le document de suspension, en mains propres dans les coursives du Stade Charlety. Une méthode plutôt inhabituelle, mais utilisée en raison de l’attitude du jeune sprinter, « oubliant » d’aller chercher les lettres recommandées envoyées par l’AFLD.

Et cette technique garantissait aussi à l’AFLD qu’Amaury Golitin serait absent du Championnat de France, et serait ainsi exclu de facto de l’Equipe de France retenue pour le Championnat du Monde d’Eugene.

Un imbroglio compliqué pour Fall

Mais l’imbroglio n’a pas pu être évité pour Mouhamadou Fall. La situation est même particulièrement compliquée pour l’autre talent du sprint français. Il n’avait pas réalisé les minima demandés par la FFA, mais avait été « récupéré » par Romain Barras, sur la base de son chrono sur 200 mètres (20’’26), que le responsable de la haute performance identifiait comme « capable de figurer dans le top 16 mondial ».

Mouhamadou Fall se voyait retenu sur le 200 mètres, il était ainsi le seul représentant français sur le sprint, seul sélectionné en individuel, entre le 100 m et le 400 mètres. Et il intégrait évidemment le relais 4 fois 100 mètres.

Un relais avec lequel les relations avaient été très chaotiques l’année dernière lors des JO de Tokyo, où les tensions avaient été très fortes entre Fall et Golitin et Dimitri Demonière, le responsable du relais. Le duo avait signé une lettre ouverte publiée dans l’Equipe très hostile au coach, et la FFA avait alors convoqué les deux relayeurs devant sa commission de discipline, en décembre dernier. Avec à la clef, une petite sanction, 6 mois de suspension avec sursis total. En bref, sans aucun impact. Toutefois, Dimitri Demonière, lui, était sorti de son poste, et remplacé par Richard Cursaz.

Une progression tardive

Sur la lancée de cette triste affaire, Mouhamadou Fall avait opéré un grand virage, en décidant de quitter son entraîneur, Mickaël Hanany, avec lequel il collaborait depuis 4 ans, à distance et lors d’allers et retours avec El Paso au Texas, où l’ancien sauteur en hauteur a formé un groupe d’entraînement.

Un choix surprenant vu qu’à la fin 2021, il avait tenu à remercier le coach pour l’avoir accompagné dans sa grande progression. Mouhamadou Falla arrivait de très loin, débutant l’athlétisme à seulement 23 ans, pointé en 10’’90 et 22’’12 en avril 2015, et six ans plus tard, à 29 ans, en 10’’04 (et 9’’97 avec vent), 3ème Européen, et le top 15 mondial. On sait bien que ces changements brutaux d’entraîneurs sont fréquents en athlétisme, y compris en pleine réussite. Et c’est surtout le nom de son nouveau conseiller qui provoquait réactions.

Fall choisit le sulfureux Dennis Michell comme entraîneur

Car Mouhamadou Fall optait pour l’exil en Floride pour rejoindre le groupe du très sulfureux Dennis Mitchell, marqué par l’ombre du dopage durant sa carrière. Certes une défense bien construite et non démentie par l’USADA lui a permis d’échapper à une suspension, au grand dam des personnes engagées dans l’anti-dopage. Mais son image a été à nouveau bien écornée lorsqu’il témoignait fin 2017 auprès de journalistes britanniques de l’utilisation par les athlètes de son groupe de produits indétectables lors des contrôles anti-dopage…

Mais Mouhmadou Fall n’a eu cure de ces soubresauts, et s’est installé à Orlando début janvier avec la bénédiction de son partenaire Nike. Toutefois l’anti-dopage l’a rattrapé avec le constat sur ses manquements, à raison de problèmes sur sa localisation, à 3 reprises en trois mois seulement, avril, mai et juin… L’AFLD l’a sommé d’expliquer son troisième loupé, constaté lors du Meeting du stade Charlety et un délai de 15 jours lui a été donné pour répondre à l’agence.

Mouhamadou Fall peut-il courir à Eugene ? En théorie oui, puisqu’à date, il peut encore formuler les raisons de ce manquement, et qu’il faudra un certain délai pour que l’AFLD analyse les éléments transmis. Mais l’entrée en lice du sprinter est prévue pour le lundi 18 juillet, pour le 200 mètres, et le vendredi 22 juillet pour les relais. Le scénario noir serait celui qu’il court, et que son résultat soit ensuite annulé si l’AFLD n’admet pas ses justifications.

Avec un risque majeur pour le relais, où en cas de suspension prononcée, c’est tous les relayeurs qui perdent leurs résultats. Dans cette année charnière, où la FFA a déployé les grands moyens pour renforcer la cohésion des relayeurs, avec un déplacement de huit sprinters aux célèbres Penn Relays, les soubresauts autour du relais 4 fois 100 mètres ne sont pas achevés !

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photo : DR