Donald Sanford Blair évolue sous les couleurs d’Israël, qu’il représente depuis 2012. Ce natif de Los Angeles y vit dans un kibboutz après avoir épousé une Israëlienne.

 

400 hom israel

Couloir 2 dans la 4ème série de ce premier tour du 400 mètres. Un filiforme athlète se dégage de ses startings blocks. Sur son tee shirt marine, se dégagent six lettres affichant en gros ISRAEL. A maintes reprises, dans de grands rendez-vous internationaux, on a vu des athlètes blacks représenter ce pays. Mais en général, ils étaient petits et décharnés, et évoluaient sur le marathon. Il s’agissait de « Falashas », ces Ethiopiens rejetés de leur pays natal pour cause de judaïsme, et contraints à l’exil en Israël.

L’histoire de Donald Sanford Blair ne se situe pas dans cette veine dramatique. Elle se récite comme un beau roman d’amour né en plein cœur des Etats-Unis. La jeune Danielle Dekel a quitté Israël et son kibboutz natal pour étudier au Central College Arizona tout en jouant au basket. Donald a déménagé, lui, d’Inglewood dans la banlieue de Los Angeles pour l’Arizona State University, où il a décroché une bourse d’études grâce à l’athlétisme, il vaut alors 48’’00 à 18 ans.

Les deux sportifs se marient dès 2008. En 2011, le couple prend la direction d’Israël pour s’installer dans le Kibboutz Ein Shemer, l’un des plus anciens du pays, créé en 1927. Et sa renommée est telle que ce kibboutz situé à 50 kilomètres au nord de Tel Aviv dans les collines Shomron figure dans les circuits proposés aux touristes désireux de s’immerger en profondeur dans ces communautés traditionnelles.

Ce Kibboutz sera désormais le lieu de vie de Donald. Aux côtés de sa belle-famille, il y découvre la religion, le shabbat et autres rites. Les premières années, l’athlète partage sa vie entre ses deux pays. Et ce n’est pas si facilement qu’Israël l’autorise à porter ses couleurs au niveau international. Ce sera pour la première fois en 2012 au Championnat d’Europe, puis aux Jeux Olympiques de Londres. Le Comité Olympique Israëlien le sélectionne très tardivement en récompense de sa 4ème place des Europe. Mais à Londres, Donald connaît une drôle de mésaventure, le vol de ses chaussures juste avant sa série, il court avec des chaussures empruntées à un ami et se fait sortir dès ce premier tour…

Il tient enfin sa revanche au championnat d’Europe de Zürich, avec une médaille de bronze qu’il ramène à Israël. En récompense, son pays d’adoption le désigne Sportif de l’année 2014.

Donald Sanford Blair, sportif de l’année dans son pays

Pour ce championnat en salle de Prague, ses espoirs étaient immenses. Les séances d’entraînement effectuées à Tel Aviv sous la houlette de Yigaal Balon lui avaient donné une grande confiance. Le 18 janvier, il réalise un bon chrono sur 300 mètres à Rishon Letzion, au sud de Tel Aviv. Ce sera en fait sa seule compétition de l’hiver, et elle a lieu en plein air !

A Prague, son entrée en lice promettait le meilleur. Il domine sa série, et caracole en tête de tous les performers. Mais dans sa demi-finale, la dernière, il adopte une tactique de course étrange, il se laisse complètement décroché dans la ligne droite opposée et place une forte accélération dans l’ultime ligne droite. Il déboule à fond sur la tête de course, et tente de forcer le passage, avant de chuter brutalement en emmenant le Tchèque Sorm au sol avec lui.

La faute est bien visible. Pourtant, Donald ne comprend pas, et les officiels israëliens non plus. Leur team leader me répète plusieurs fois : « Nous sommes déçus. Il a été bloqué ! » Un instant, ces officiels envisagent même une réclamation, mais l’affichage en face du nom de leur protégé des deux lettres DQ et de la référence à l’article 163-2 de l’IAAF les en dissuade.

La déception est évidemment immense pour cette équipe qui ne repose que sur quatre athlètes à Prague. Et dans ce quatuor, se distinguait Donald Sanford Blair, qu’on attendait un peu comme le Messie !

 Texte : Odile Baudrier

 Photo : Gilles Bertrand