Le Qatar représente le nouvel eldorado du sport, et le meeting de Doha réunira ce week-end le gratin mondial de l’athlétisme pour cette première étape de la Diamond League. On y retrouvera aussi les athlètes fer de lance du pays, comme Musaeb Balla, et Haroun Abdelalelah.

 

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Musaeb Balla, en lice sur le 1500 m

Treize champions olympiques et dix champions du monde en titre convergeront vers Doha ce vendredi pour ce meeting synonyme de première étape de la Diamond League. Et si l’on comptabilise l’ensemble des athlètes sacrés aux Jeux Olympiques et aux Championnats du monde, on retrouvera même sur cette piste 16 médaillés d’or olympique et 25 parés de l’or mondial…

En cinq années seulement, Doha a mué d’un simple meeting pour s’imposer comme LE grand rendez-vous mondial du printemps. Au diapason de l’émergence sur la scène sportive du Qatar, mis en avant dans tous les sports, du foot à la natation en passant par l’athlétisme. Même si tout de même, la désignation de Doha comme lieu d’accueil du Championnat du Monde d’athlétisme pour 2019 a suscité une vraie polémique, après qu’une somme de 37 millions ait été promise à l’IAAF à quelques minutes du vote final pour choisir entre Doha et Eugene aux Etats-Unis.

Doha contre Eugene

Des candidatures achetées à coup de dollars, ce n’est pas nouveau, mais la ficelle était cette fois un peu trop grosse, et pour se disculper, l’IAAF a utilisé un subterfuge tout aussi tordu, elle a retenu quelques mois plus tard Eugene pour le Mondial 2023 sans qu’aucune autre ville n’ait pu postuler !

Le Qatar sait manier à merveille la manne dollars, joker tout puissant utilisable dans toutes les situations. L’émir Hamad ben Khalifa al-Thani, à sa tête entre 1995 et 2013, avait imaginé la « Vision 2030 » afin d’augmenter l’influence de son pays sur le plan international. Avec en objectifs côté sport, l’obtention des Jeux Olympiques et de la Coupe du Monde de foot.

Pour décrocher ces JO 2016 ou 2020, les équipes qataris ont déployé un vaste lobbying auprès du CIO et de l’IAAF, on parle aussi de pots de vin versés au fils de Lamine Diack pour qu’il influence l’instance internationale de l’athlétisme. Mais ces efforts demeureront vains, avec tout de même l’embellie d’être choisi pour la Coupe du Monde de foot 2022, le Mondial de natation 2014, le Mondial 2015 de Handball.

D’autres ombres sont apparues sur le pays, avec les accusations sur l’exploitation des travailleurs immigrés oeuvrant à la construction des infrastructures nécessaires pour ce Mondial, et la polémique s’est encore enflée avec la découverte que ces travailleurs se transformaient régulièrement en spectateurs des évènements sportifs pour combler les vides dans des tribunes désertées faute de véritable intérêt des qataris…

Musaeb Balla et Haroun Abdelalelah, sur la piste de Doha

Pour ce Meeting, cette pratique des faux spectateurs aura-t-elle cours ? Le spectacle annoncé devrait l’exclure, vu l’exceptionnelle qualité des athlètes présents. Il s’y ajoute aussi l’intérêt de voir évoluer les meilleurs représentants du pays, comme Musaeb Balla, en lice sur 1500 mètres face à Absel Kiprop, et surtout Haroun Abdelalelah, le nouveau petit bijou du Qatar.

Ce gamin de 18 ans, spécialiste du 400 mètres, évoluera, lui, dans une course spécialement montée pour les athlètes asiatiques. Un moyen de démontrer devant son public l’immense talent qu’ont révélé son chrono hivernal de 45’’39, record d’Asie et son premier chrono estival en 44’’68, lors des récents championnats Arabes.

Précédemment Soudanais, il n’évolue pour le Qatar que depuis le 2 février 2015. Son recrutement s’inscrit dans la quête incessante du pays pour que des records d’Asie tombent dans son escarcelle. C’est aussi dans cette stratégie que Jama Aden, le célèbre coach somalien formé aux Etats-Unis, est désormais appointé par la Fédération du Qatar, permettant à ses élèves de briller dans les championnats Pan Arabes et Asiatiques.

 Texte : Odile Baudrier
 Photo : DR