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Bouchra Ben Thami lors des Inters de cross à Chamarande

 

Bouchra Ben Thami pourrait créer la surprise pour le Championnat de France de cross du Mans. C’est justement au Mans qu’elle avait disputé sa dernière compétition à bon niveau, en janvier 2008, juste avant son contrôle positif et sa suspension pour quatre ans. La triple championne de France de cross retrouve la discipline avec ambition,  mais veut surtout se qualifier pour les JO de Rio sur Marathon.

 

20 janvier 2008, Bouchra Ghezielle-Ben Thami brille au cross du Mans, 2ème place au cœur du bois de l’Epau. Alors, elle ne le sait pas encore, mais ce rendez-vous marque sa dernière prestation en cross jusqu’au printemps 2015. Deux semaines plus tard, elle tombe dans les nasses de l’anti-dopage, son contrôle inopiné du 9 février 2008 révèle des traces d’EPO, et se conclut par une suspension de 4 ans s’achevant en mai 2012.

6 mars 2016. Bouchra retrouvera le Mans. Cette fois, sur un parcours tracé sur l’hippodrome, et pour le Championnat de France de cross. Avec quelles ambitions ? Un nouveau titre qui s’afficherait aux sept qu’elle possède déjà ?? Bouchra, redevenue Ben Thami après son divorce, ne veut pas les afficher de manière trop criante. A l’arrivée de l’interrégion Ile de France, qu’elle a littéralement survolée, elle m’explique : « Je veux surtout me faire plaisir. Bien sûr, j’aimerais gagner le France, mais ce n’est pas un objectif. »

Le minima olympique en objectif

Son challenge est tout autre, elle annonce tranquillement vouloir se qualifier sur marathon pour les JO de Rio. Et le pari est pour le moins osé, elle l’admet, à considérer qu’elle n’a jamais couru sur cette distance et qu’il faut réaliser moins de 2h30’. Mais Bouchra se rassure avec son record sur semi, les 1h11’04’’, qu’elle a établis en 2014, et se veut surtout très confiante dans sa préparation.

Elle m’explique s’appuyer sur deux référents, Christopher Morrissey et Abdelkader Mouaziz. Christopher Morrissey est clairement référencé sur la fiche figurant sur le site de la FFA comme son entraîneur depuis 2011. Il aurait ainsi pris la suite d’Alain Lignier, le coach qui avait accompagné Bouchra durant les plus belles années de sa carrière l’amenant à la médaille de bronze sur 1500 mètres au Mondial 2005. Son contrôle anti-dopage avait terrassé l’entraîneur nordiste, plaidant la surprise totale, avant de stopper tout contact avec son ancienne protégée.

Christopher Morrissey, créateur et directeur technique du club d’athlétisme de Rochefort Athlétisme, et animateur du « Team Morrissey Athletics » n’a pas répondu à nos demandes de rendez-vous. Tout au plus peut-on dire que sa collaboration avec Bouchra Ben Thami n’apparaît pas le site internet dédié à son équipe, il y annonce suivre au maximum 8 athlètes d’élite. Dans le passé, il conseilla Rachid Esmouni, Fabrice Belot, Mounir Yemmouni, ou encore le sprinter Dovy, (en cause dans une affaire de trafic d’hormone de croissance). Après la parution de cet article, Christopher Morrissey a pris contact pour préciser : « Il y a un probable malentendu car je ne suis pas l’entraîneur de Bouchra Ben Thami. Son entraîneur est un ex-athlète marocain très expérimenté sur le marathon m’avait-elle dit. J’ai une relation amicale avec Bouchra que je connais depuis un certain temps; il est vrai qu’elle m’a appelé 2-3 fois depuis août dernier pour prendre conseils lorsqu’elle se questionne ou qu’elle a des doutes sur sa planification d’entraînement, je lui ai notamment donné des recommandations sur les erreurs d’entraînement à éviter pour une athlète qui prépare le marathon avec des sessions en altitude. » Et Christopher Morrissey insiste pour être seulement considéré comme un « conseiller » de Bouchra Ben Thami, il m’explique avoir beaucoup épaulée moralement durant sa période de suspension, mais ne pas lui formuler de plans d’entraînement.

 

El Mouaziz, son coach à Ifrane

Abdelkader Mouaziz, son coach, est une référence mondiale sur le marathon, une double victoire à Londres, en 1999 et 2001, à New York, en 2000, un record de 2h06’. Et pour s’en rapprocher, Bouchra Ben Thami a opéré un choix radical cette année, celui d’un retour au Maroc, son pays d’origine. Elle a ainsi installé sa fille de 6 ans chez ses parents, à Khemisset, sa ville natale, et elle l’avoue, ce fut difficile à accepter pour sa fillette : « Cela a été difficile pour elle de quitter ses copines, ses activités. » Mais elle se situe ainsi à une centaine de kilomètres seulement d’Ifrane, haut lieu de l’entraînement en altitude, où elle effectue la plupart de ses entraînements, et où réside Abdelkader El Mouaziz.

A 37 ans, un virage radical, que ces liens renoués avec ses racines, alors qu’elle avait tourné le dos au Maroc en 1999, pour se connecter avec la France. Elle y obtient la nationalité française par son mariage avec Salim Ghezielle, et elle brillera ensuite pour ses nouvelles couleurs jusqu’à sa dégringolade, dans la foulée des aveux d’Aïssa Dghoughi, dénonçant à l’IAAF plusieurs athlètes français qu’il accusait de dopage. De là, s’ensuivait le tourbillon des affaires touchant Julie Coulaud, Latifa Essarokh, Khalid Zoubaa, Mustapha Tantan…

Le couple Ghezielle n’a pas survécu à l’épisode. Même si Salim Ghezielle était bel et bien présent pour l’inter-région de Chamarande. Sous une pluie battante, il assistait avec discrétion à la démonstration de force de son ex-épouse.  Il y a un an, pour son retour dans les labours, Bouchra Ben Thami n’avait terminé que 11ème à l’inter-région LIFA, puis 35ème au France de cross. En mai 2012, une fois sa suspension achevée, c’est sur 5000 m et 10 km route qu’elle avait retrouvé le chemin de la compétition. Le 27 mai, elle avait bouclé un 5000 mètres en 15’32’’, puis un 10 km en 31’55’. Après une année 2013 plus difficile, elle renouait avec un titre de Championne de France, sur 10 km, avant de connaître à nouveau une année 2015 délicate.

Des saisons en dents de scie qu’elle impute à des problèmes de blessures, un écueil qui serait justement au cœur de sa préparation marathon : « Je prends mon temps. Je veux éviter les blessures. ».  Un équilibre, une équation fragile, les semaines sont comptées.

> Texte : Odile Baudrier
> Photo : Gilles Bertrand