Une décision récente illustre une nouvelle fois le très long délai qui s’écoule maintenant entre la constatation d’une infraction aux règles anti-dopage et la sanction prise par l’Agence Française Anti-Dopage. Car c’est seulement en septembre 2021 qu’une suspension de cinq mois a été prise contre Teddy Atine Venel, suite à un contrôle positif qui remonte à 2017 ! Elle provoque en ricochet la disqualification du relais 4×400 m du Mondial de Londres 2017. Toutefois l’affaire n’est pas terminée, le sprinter fait appel devant le Conseil d’Etat.

Juger les affaires plus rapidement et de manière plus équitable entre tous les sportifs. C’était l’une des raisons invoquées fin 2018 pour transférer le pouvoir de sanction en cas de contrôle positif, des Fédérations Sportives vers l’Agence Française Anti-Dopage.

Trois ans plus tard, le bilan est pour le moins contrasté tant une rapide consultation des décisions disciplinaires présentées sur le site de l’AFLD témoigne au contraire du long délai qui sépare le plus souvent la constatation d’une violation des règles anti-dopage et la décision du Collège de l’AFLD et/ou de sa commission des sanctions.

Le « cas » Atine Venel se révèle une illustration outrancière de cette longueur de la procédure. Le sprinter de 36 ans n’a couru que deux fois en deux ans, et sa dernière participation au Championnat de France du 400 mètres remonte à 2019. Le voilà pourtant sanctionné en septembre 2021 suite à un contrôle positif datant de juillet 2017 !

En cause la détection de salbutamol, un bronchodilatateur, utilisé pour se doper pour son effet stimulant sur la respiration, mais également pour soigner l’asthme. C’est d’ailleurs l’argument avancé par Teddy Atine Venel, mortifié de se retrouver pointé du doigt quatre ans plus tard.

Une relaxe par la FFA, cinq mois de suspension, 4 ans plus tard

Dans un premier temps, l’athlète de Savigny avait été disculpé par la FFA, alors en charge des décisions anti-dopage, qui avait prononcé, début 2018, une relaxe. Mais l’AFLD ne l’entendait pas de cette oreille, et reprenait l’affaire à son compte, pour produire cet automne 2021, une suspension de cinq mois entre janvier 2018 et juin 2018.

Mais également au passage une annulation de toutes les performances d’Atine Venel, entre le 16 juillet 2017 et le 16 juin 2018. Et c’est là que le bât blesse. Car Teddy Atine Venel n’a reçu notification de son contrôle positif par la FFA qu’en janvier 2018, avant d’être relaxé.

Et c’est donc en toute « légalité » qu’il intégrait le relais français 4X400 m lors du Mondial de Londres d’août 2017, marqué par une 8ème place. Avec cette suspension très très tardive, les relayeurs Ludvy Vaillant, Thomas Jordier, Mamoudou Hanne, se voient disqualifiés. A défaut d’une décision inverse du Conseil d’Etat.

Des décisions deux poids, deux mesures

Une disqualification qui suscite évidemment beaucoup de commentaires, tant elle arrive tardivement. Mais cette suspension pour utilisation de salbutamol n’a pas manqué aussi de provoquer des comparaisons avec les cas d’autres sportifs. Le journaliste Andy Brown du site « SportsIntegrityInitiative.com » s’est ainsi ému de voir le sprinter français interdit pour un taux de 1600 nanogrammes alors que Christopher Froome n’a reçu aucune sanction après avoir affiché un taux de 2000 nanogrammes lors d’un contrôle subi en septembre 2017 à la Vuelta.

Le cycliste britannique avait bénéficié de soutiens forts de la Fédération Britannique de cyclisme, de son équipe Sky, et les experts de l’AMA avaient tranché en sa faveur, en ramenant ce taux à 1428 ng/ml.

Et ce n’était visiblement pas un cas isolé, puisque les éléments communiqués à l’époque par l’Agence Mondiale Anti-Dopage révélaient que sur 41 contrôles positifs au salbutamol enregistrés entre 2013 et 2017, seulement 21 s’étaient conclus par une suspension….

La conséquence d’une réglementation complexe, où le salbutamol n’est plus interdit, mais toléré selon des seuils compliqués à interpréter, et qui laissent le champ libre aux errements.

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photo : D.R.
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