Le cas Richardson suscite une hostilité contre l’anti dopage aux Etats-Unis

11 juillet 2021

Rarement une suspension pour dopage aura suscité autant d’hostilité que celle de Sha’Carri Richardson. La jeune sprinteuse sanctionnée pour contrôle positif au cannabis a reçu des soutiens en masse de sportifs, de rappeurs, et même le président Biden s’est rallié à sa cause. La presse américaine n’est pas en reste. Une hostilité forte émerge contre l’anti-dopage, avec en filigrane des accusations de racisme…

Un joint en pleins trials, pour oublier le drame du décès brutal de sa mère. Sha’Carri Richardson ne savait comment surmonter ce moment très difficile, elle qui avait été abandonnée par sa mère à la naissance, puis élevée par sa grand-mère. La jeune sprinteuse soutient que dans son immense détresse, elle n’a trouvé comme échappatoire que le cannabis.

Toutefois le cannabis figure bien sur la liste des substances interdites par l’Agence Mondiale Anti-Dopage, au titre des substances d’abus. Un statut particulier, qui permet une sanction réduite, dans le cas où « l’athlète peut démontrer que l’utilisation de cette substance était hors compétition et sans rapport avec la performance sportive ». Avec, dans ce cas, une suspension de 3 mois, réduite à 1 mois si l’athlète suit un programme de traitement de la toxicomanie.

C’est exactement la sanction prise contre Sha’Carri Richardson par l’USADA. Mais ce tout petit mois de suspension lui ferme la porte des Jeux Olympiques de Tokyo. Elle en était la grande favorite pour le 100 mètres.

L’affaire a immédiatement pris une allure de drame, et basculé dans une toute autre dimension. Le domaine sportif s’est vu balayé d’un revers, entièrement supplanté par des considérations sociétales autant que politiques. En résumé, pour l’opinion publique américaine, Sha’Carri Richardson est injustement punie.

Une pétition de Let’s Run pour soutenir Richardson

Au fil des jours, on a vu fleurir les prises de position effarantes, évoquant des règles beaucoup trop dures imposées aux sportifs. D’entrée, la ligne rouge est franchie, avec les réactions très hostiles de journalistes. Ken Goe, de « Oregon Live », estime que « cette suspension est juste un autre signe que le mouvement anti-dopage olympique a dévié de ses objectifs ».  Robert Johnson, le créateur du site de référence, Let’s Run, n’hésite pas à lancer une pétition pour demander aux autres sprinteuses américaines de décliner leur sélection pour les JO et contraindre ainsi la fédération US à « repêcher » Sha’Carri Richardson. Et de soutenir que la jeune athlète est interdite pour un produit qui n’agit pas sur la performance et qui est légal là où il a été acheté.

Un comble pour un journaliste officiellement grand pourfendeur du dopage…. A condition que les sportifs ne soient pas américains, mais russes, kenyans ou turcs ? C’est ainsi que quelques observateurs n’ont pas manqué de l’analyser, en constatant ce système du deux poids – deux mesures, qu’on avait déjà vu pointer son nez pour le contrôle à la nandrolone de la double championne US du 1500 et 5000 m, Shelby Houliban, largement excusée car soi-disant contaminée à son insu par un burrito…

Mais l’histoire Richardson allait définitivement basculer dans une autre dimension, purement politique. Avec un communiqué très offensif d’AOC, comprenez Alexandria Ocasion Cortez, la très punchy députée vedette démocrate pour New York, qui annonce : « Nous travaillons avec le Député Raskin et le sous comité aux droits civiles et libertés civiles pour demander formellement à l’USADA de mettre fin à la suspension de Sha’Carri Richardson. Leur décision manque de bases scientifiques. Il s’enracine uniquement dans le système raciste qui a longtemps dirigé les lois anti-marijuana. »

Joe Biden souhaite que les règles soient revues

Et le Président Joe Biden allait lui aussi s’inscrire dans ce credo, estimant des doutes quant à la logique des règles sportives qui interdisent le cannabis, et demandant qu’elles soient revues. Un revirement complet sur leur ligne de conduite précédente, où justement la Maison Blanche poussait pour que la marijuana figure sur les interdites.

Depuis, les donnes ont changé aux Etats-Unis, la marijuana bénéficie maintenant d’un statut de dépénalisation dans de nombreux Etats, comme dans l’Oregon, où l’achat est officiellement autorisé. D’où une certaine confusion pour les personnes peu au fait des aspects sportifs.

Mais le « pire » était à venir, avec la montée en charge d’accusations de racisme, soutenant que l’anti-dopage s’acharne sur les athlètes noirs américains. Et de brandir les cas d’autres stars, Christian Coleman, Brianna Mc Neal, qu’on aurait voulu « torpiller » pour leur éviter de réussir. Et Sha’Carri Richardson aurait été particulièrement ciblée, de part son attitude très revendicatrice de sa « race »…

Un boycott des JO par les noirs américains ??

Dans un contexte marqué par le mouvement Black Lives Matter, cette analyse allait prendre une vraie ampleur, au point que montait l’idée d’un boycott des Jeux Olympiques de Tokyo par les noirs américains, contre lequel s’insurgeait Gabbi Thomas, autre talent du sprint US.

Dans cette tourmente, la sauteuse en longueur Brittney Reese, championne olympique 2012, qui disputera à Tokyo ses 4èmes Jeux Olympiques, a tenté de calmer le jeu, en expliquant : « Je n’aime vraiment pas que les gens essaient de transformer cette situation « Cannabis » en problème racial, ce ne l’est pas. Si vous regardiez l’athlétisme en-dehors des années olympiques, peut-être que vous sauriez comment les choses marchent dans notre sport. »

Un peu de pragmatisme rassurant…

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photo : D.R.