Claudio Berardelli était l’un des coachs les plus prometteurs de sa génération, en charge de la préparation au Kenya, de nombreux athlètes du groupe Rosa. Entraîneur de Rita Jeptoo, tombée pour dopage en 2014 et d’Agatha Jeruto sanctionnée tout récemment pour le même motif, le groupe Rosa vient de se séparer de son entraîneur fétiche.

 

Coupable ou non ? Que penser de la décision de Frederico Rosa responsable du groupe Rosa and Associati de mettre fin au contrat liant cette société de management avec l’entraîneur italien Claudio Beradelli ?

A peine une semaine après l’annonce du cas de dopage impliquant la jeune kenyane Agatha Jeruto, suspendue 4 ans pour avoir été contrôlée positive à la norandrostérone, que Frederico Rosa,  annonçait par communiqué de presse à l’agence Associated Press qu’il allait se priver des services de cet entraîneur reconnu dans le monde du demi fond et du marathon pour avoir « sorti » certains des meilleurs coureurs du monde.

Dans ce communiqué, le boss italien n’a pas cherché à « enfoncer » son coach fétiche mais il l’accuse de négligence, pour ne pas avoir surveillé comme il se devait les athlètes dont il a la charge. Car en une année, le nom de Claudio Berardelli se retrouve associer à deux cas de dopage, celui de la marathonienne Rita Jeptoo depuis trois ans dans le groupe et il y a peu à celui  d’Agatha Jeruto, grande espoir du 800 mètres, une distance qui était l’une des spécialités du coach italien avec dans son groupe la championne du monde Eunice Sum sacrée en 2013 (médaillée de bronze en 2015) ainsi que Janeth Jepkoskei sacrée elle aussi au plus haut niveau mondiale en 2007. Ces deux cas s’ajoutent à celui de Matthew Kisorio lui aussi appartenant au même team, également tombé pour dopage en 2012.

La société Rosa Associati était sur le grill depuis une année après avoir été suspendue  6 mois par la fédération kenyane suite à la multiplication des cas de dopage au Kenya au motif que plusieurs sociétés de management seraient impliquées directement dans ces affaires ternissant durablement l’image de l’athlétisme kenyan. Cette suspension n’avait été suivie d’aucun effet puisque les athlètes du groupe, notamment les pistards avaient été placés sans blocage dans les meetings lorsque débutait la saison d’athlétisme sur piste.

Frederico Rosa a donc décidé de couper une tête, pas n’importe laquelle celle d’un entraîneur reconnu sur la place forte du marathon pour avoir été dans l’ombre des succès de Duncan Kibet, Martin Lel, James Kwambai, Robert et Evans Cheruiyot. Installé à Eldoret depuis 11 ans, il dirigeait l’un des 5 camps d’entraînement de la société Rosa. Avec Renato Canova et Gabriele Michele, il appartenait à cet « italian connection » investissant à la source même d’un filon sans fin.

Ancien cycliste et étudiant en sports, il vivait au cœur même de ce triangle d’or. A 24 ans, il s’immergeait à Eldoret huit à neuf mois par an pour y superviser l’entraînement et la vie quotidienne des ouailles du groupe Rosa. Sous sa houlette, les succès vont se succéder autant sur la route que sur piste.

« les Kenyans n’ont pas besoin de dopage »

Claudio Berardelli se fond ainsi dans cette vie à la Kenyane, levé très tôt le matin pour suivre ses athlètes à la trace vivant de l’intérieur ce qu’on appelle la révolution du marathon, avec une explosion incroyable des performances dès les années 2008-2009, où en une saison, 13 Kenyans courent entre 2h 04’ et 2h 09’. Faisant naître dans la foulée des questionnements autour de ce jeune physio réfutant aussitôt toute idée de tromperie, clamant à tout va : « les Kenyans n’ont pas besoin de dopage ». Il appuyait son argumentaire sur le talent naturel des athlètes et sur le problème de l’argent à trouver pour les produits.

Depuis l’affaire Jeptoo,  Frederico Rosa, le fils de Gabrielle, qui a repris le flambeau de son père, âgé maintenant de 73 ans, se bat pour sauver le navire. Dès l’annonce du cas Jeptoo, il prenait aussitôt ses distances avec la marathonienne, précisant qu’elle lui aurait déclaré avoir souffert d’une crise de malaria soignée par un médecin lui effectuant une injection. Le manager se déclarait surpris qu’elle n’ait pas consulté le médecin italien de Nairobi avec lequel le groupe Rosa collabore depuis 20 ans.

Il appuyait alors ses propos en avouant très clairement : « Il y a un vrai problème de dopage dans le pays ». Et de pointer du doigt une situation se dégradant à partir de 2007, à la faveur des sommes élevées distribuées dans de nombreux marathons, organisés dans le monde entier, incitant les athlètes à franchir la ligne rouge.

Sa ligne de défense était simple, réfutant toute responsabilité dans cette situation, et dès janvier, alors que huit autres marathoniens étaient bannis au Kenya, il décidait d’introduire à Eldoret une machine pour tester le sang des coureurs de son groupe.

Dan la foulée, fin janvier, le Docteur Rosa, sorti de sa retraite pour le traditionnel Discovery Cross, tenait des propos offensifs pour déclarer au journaliste Elias Makori : « Nous sommes prêts à nous battre. Nous sommes prêts à supporter le Kenya ».

L’épisode Berardelli est une nouvelle illustration de cette attitude offensive pour garder le cap dans un pays malmené par les affaires de dopage qui se succèdent. Fin février, la fédération kenyane avait créé la surprise en défendant le renouvellement du permis de travail de Claudio Berardelli, arguant justement qu’il était préférable d’avoir un entraîneur identifié avec des papiers en règle plutôt que des dizaines d’étrangers évoluant dans l’illégalité. Cette fois, le fusible a sauté pour éviter tout court jus.  A quand le coup de grisou ?

 

> Texte et photo : Gilles Bertrand et Odile Baudrier