L’Afld a suspendu Dimitri Bascou pour 4 ans suite à son contrôle positif à la testostérone de janvier 2024. Le médaillé de bronze des JO 2016 devient ainsi le 4ème hurdler français sanctionné pour infraction aux règles antidopage, une discipline très prolixe dans les grandes compétitions internationales.
La procédure a été très longue mais le couperet est finalement tombé ce mois de juin 2026 : Dimitri Bascou est officiellement suspendu pour 4 ans jusqu’en avril 2028. Plus de deux ans se sont écoulés depuis ce mois de janvier 2024 et ce contrôle antidopage du meeting indoor de Val de Reuil. Quelques semaines plus tard, en avril, l’échantillon révèle la présence de testostérone et boldénone d’origine exogène, un produit classé dans la catégorie des Stéroïdes anabolisants androgènes par les règles de l’anti-dopage.
Dimitri Bascou s’est offusqué auprès de Romain Donneux journaliste pour l’Equipe, de ce délai trop long. Fidèle à sa tradition du silence, l’AFLD s’est bornée à déclarer que les analyses successives effectuées à la demande du hurdler et de son avocat avaient allongé la procédure, d’autant que les axes de défense choisis avaient fluctué.
Le professeur Alvarez à son secours
Car le duo n’a pas lésiné sur les moyens pour se défendre. C’est du côté du Professeur Alvarez qu’il a cherché secours. En trois ans, ce spécialiste a acquis une réputation solide dans l’antidopage grâce aux analyses menées sur les compléments alimentaires absorbés par les sportifs mis en cause.
Son premier grand succès est celui obtenu avec la joueuse de tennis Simona Halep, puis avec l’escrimeuse Ysaora Thibus. A quelques mois des JO de Paris 2024, la Française, championne du monde, a pu voir sa suspension annulée après que le professeur Alvarez ait réussi à convaincre que sa contamination provenait de son compagnon, utilisateur à son insu d’un produit contenant de l’ostarine.
Des produits interdits, mais sans impact sur les performances ?
Et le professeur Alvarez est devenu un habitué des médias, comme RMC Sport, pour affirmer sa conviction que de nombreux sportifs sont abusivement suspendus pour des produits présents dans leurs compléments et cela sans que les produits détectés n’aient eu d’impact sur leurs performances, compte tenu de leur faible dosage.
Néanmoins cet argumentaire n’a pas porté pour Dimitri Bascou qui a admis une certaine négligence dans son choix de compléments. Tout en soutenant que cette erreur provenait de sa surcharge alors qu’il tentait un come back pour les JO de Paris 2024 plutôt compliqué à 37 ans.
Et dans un contexte financier délicat, sans partenaire, sans soutien officiel, l’incitant à lancer un crowfunding avec l’aide de Maryse Ewanje Epee, sa présidente de club à Noisy le Grand. Quelques mois avant ce contrôle, à l’automne 2023, la chroniqueuse de RMC avait mis en cause l’attitude de la FFA, pour son refus d’aide financière à Dimitri Bascou dans sa démarche de tentative de se qualifier pour Paris 2024.
Les haies, une discipline à risques ?
Avec Dimitri Bascou, c’est l’un des meilleurs hurdlers français qui est ainsi mis à l’index par l’AFLD. Il s’ajoute ainsi à d’autres grands noms des haies également stoppés par l’antidopage : Darien Garfield, deux fois vice-champion d’Europe du 110 m haies, en 2010 et 2012, médaillé de bronze au Mondial Indoor 2014, et Wilfrid Happio, vice-champion d’Europe du 400 m haies en 2022 et demi-finaliste des JO de Paris 2024.
C’est en 2021 que Darien Garfield, en réalité déjà en retraite sportive, avait été suspendu 16 mois pour des irrégularités de sa localisation et Wilfried Happio a connu le même sort en octobre 2024, pour les mêmes raisons, avec 18 mois de suspension, s’achevant en cette fin juillet 2026. Dans les deux cas, c’est la négligence qui avait été l’excuse avancée par les athlètes pour justifier ces manquements.
La jeune hurdleuse Solène Ndama a également pointé sur les listes des athlètes suspendus, suite à un contrôle positif au cannabis effectué en mai 2025 au meeting de Franconville. L’athlète du Stade Bordelais s’est vue interdite pour trois mois jusqu’en janvier 2026 mais n’est pas réapparue sur les stades depuis.
Et beaucoup plus en arrière, les spécialistes se rappelleront de l’éviction de Alice Decaux décidée à quelques jours du début du Mondial 2013 à Moscou après un contrôle positif à Beta-methylphenylethylamine, de la famille des amphétamines. Elle avait reçu une suspension de six mois, après avoir invoqué l’argument d’une contamination à son insu par un complément, le « No Shot Gun ». La FFA avait alors voulu faire de ce cas un exemple des erreurs à ne pas commettre pour les athlètes en utilisant des compléments non validés et de sa volonté de prévention. Treize ans plus tard, le cas Bascou confirme que rien n’a changé !
Analyse : ODILE BAUDRIER
photos : D.R.
