L’Athletics Integrity Unit poursuit son action forte dans la lutte contre le dopage en athlétisme. Ses dernières suspensions frappent des athlètes de top niveau mondial, du Kenya, l’Ouganda et d’Ethiopie. La France aussi est concernée avec récemment les mises en cause de l’heptathlète Auriana Lazraq-Khlass, vice-championne d’Europe 2024 et Cyréna Samba-Mayela, vice-championne olympique des haies. A l’opposé, l’autre acteur de l’antidopage mondial, l’International Testing Agency, sanctionne bien peu !
L’athlétisme a son propre gendarme et l’Athletics Integrity Unit fait honneur à ce qualificatif. L’instance créée par World Athletics pour réguler le dopage dans l’athlétisme demeure constamment engagée pour tendre vers un sport plus propre. Bien sûr, le plus souvent, les sanctions tombent sur des athlètes originaires de l’Afrique de l’Est, mais la France apparaît également bien surveillée par l’AIU.
En quelques mois, deux athlètes françaises de niveau mondial ont reçu la notification de problèmes autour de leur localisation. L’heptathlète Auriana Lazraq-Khlass a été stoppée au printemps, avec une suspension provisoire. La vice-championne olympique des haies, Cyréna Samba-Mayela, a reçu une notification de l’AIU à la mi-août, avec obligation de justifier les manquements constatés. Elles s’ajoutent aux noms du hurdler Wilfried Happio et du marathonien Mehdi Frère, précédemment sanctionnés par l’AIU, pour les mêmes motifs.
11 Athlètes français dans le groupe cible AIU
Car l’AIU peut intervenir en parallèle de l’Agence Française Antidopage quand les athlètes français sont intégrés dans son groupe cible. À date, cette liste (*) compte 11 personnes pour la France sur un total de 627 pour le monde entier. À noter que certains athlètes sont présents à la fois dans le groupe cible AIU et AFLD. C’est actuellement le cas de 4 athlètes, Alice Finot, Azeddine Habz, Yann Schrub, Gabriel Tual, comme c’était le cas pour Mehdi Frère au moment de sa suspension.
Et cette présence dans son groupe cible est la condition préalable pour que l’AIU puisse se saisir du cas d’athlètes pour leur notifier des irrégularités de leur localisation. Un point sur lequel l’instance anti-dopage se révèle particulièrement pointilleuse pour croiser les informations sur un athlète et démontrer ainsi que ses déclarations ne collent pas avec la réalité.
Les faits précis des dossiers de Auriana Lazraq-Khlass et Cyréna Samba-Mayela ne sont pas encore connus mais dans les affaires précédentes, il est bien apparu que l’AIU ne notifie l’ouverture d’une procédure qu’une fois certaine que les éléments sont suffisamment solides pour aboutir à une suspension. Et tous les recours déposés par les athlètes devant le Tribunal Arbitral du Sport pour les contester se sont soldés par des échecs.
Les sanctions sur le très haut niveau mondial
À cette surveillance pointue sur les athlètes, s’ajoutent une prolifération de cas de contrôles positifs, et ces dernières semaines l’ont encore démontré avec moult suspensions à l’encontre d’athlètes du Kenya, d’Ethiopie et même d’Ouganda. Les palmarès sont souvent impressionnants chez les Kenyans, l’AIU n’a pas hésité à suspendre une fois de plus, un recordman du monde, celui du semi, Kibiwott Kandie, (57’32’’ en 2020), mais également une figure du marathon de New York, Albert Korir, victorieux en 2021, et plusieurs fois sur le podium newyorkais. Côté Ethiopie, ce sont à nouveau des marathoniennes qui ont fait la une, avec Tiruye Mesfin, 2h18’ à 23 ans, et Ruti Aga, stoppée à 32 ans après une carrière bien remplie, victoire à Tokyo en 2019, 4 fois sur le podium de Berlin et New York, entre 2016 et 2019, et encore victorieuse à Xiamen en janvier, en 2h22’.
Les petits pays, les sports mineurs, cible de l’ITA
Irrégularités de localisation et contrôles positifs, l’AIU agit sur tous les fronts. Aux antipodes d’un autre gendarme, l’International Testing Agency. Et pourtant cette agence créée en 2018 est aux services d’une cinquantaine de fédérations sportives, dont quelques mastodontes, comme le cyclisme, la natation, le judo, elle est également mandatée par le CIO pour les Jeux Olympiques, et agit pour de très gros événements mondiaux comme l’UTMB.
Mais force est d’admettre que les sanctions annoncées par l’ITA concernent le plus souvent des spécialistes de sports mineurs, souvent issus de « petits » pays. Dans les derniers mois, on a ainsi vu apparaître les suspensions d’un athlète d’Ouzbekhistan à l’issue des Asian Beach Games, d’un pratiquant du ju jitsu originaire du Koweit, du karaté du Maroc, des arts martiaux du Kazakhstan et de la Moldavie, un haltérophile du Nigéria…
Le cyclisme, parent pauvre chez l’ITA
A contrario, peu d’actions d’envergure en particulier dans le cyclisme, hormis les cas de la Sud Africaine S’annara Grove et de l’Italien Giovanni Carboni alors que sur le Tour de France, aucun contrôle positif n’est apparu depuis que l’ITA intervient, confirmant que l’objectif prioritaire de cette agence s’avère être le nombre de contrôles effectués (41.770 prélèvements en 2025) et pas leurs résultats, très influencés par les produits effectivement recherchés dans les échantillons.
Côté procédures pour des problèmes de localisation, elles brillent par leur quasi-absence chez l’ITA, excepté le cas du triathlète britannique Joe Skipper, même si l’agence communique sur un nombre de 1000 violations constatées en 2025, mais à date seulement 5 cas effectivement sanctionnés.
Le cycliste Miguel Angel Lopez confondu par une enquête
L’ITA vient tout de même d’empocher une jolie victoire, avec la confirmation définitive de la suspension pour 4 ans du Colombien Miguel Angel Lopez, victorieux sur des épreuves majeures, et une étape du Tour de France 2020. C’est à la suite d’une enquête menée par l’ITA sur le médecin Marcos Maynar condamné en Espagne pour le trafic de médicaments non autorisés que le lien a été établi entre ce médecin dopeur et le cycliste colombien, qui avait reçu une prescription pour de la ménotropine. Toutefois, en réalité, Miguel Angel Lopez n’a pas été contrôlé positif, malgré sa participation aux grands évènements cyclistes, confirmant ainsi indirectement l’inefficacité des contrôles menés par ITA…
- Analyse : Odile Baudrier
- Photo : D.R.
Groupe Cible AIU – pour le 3ème trimestre 2026
Alice FINOT – Azeddine HABZ – Corentin LE CLEZIO – Cyréna SAMBA-MAYELA – Etienne DAGUINOS – Gabriel TUAL – Hilary KPATCHA – Jimmy GRESSIER – Just KWAOU-MATHEY – – Yann CHAUSSINAND – Yann SCHRUB
Groupe Cible AFLD – à la date du 4 mai 2026
Morhad AMDOUNI – Gabriel BORDIER – Vincent BOUILLARD – Anaïs BOURGOIN – Hassan CHAHDI – Thibaut COLLET – Nicolas-Marie DARU – Clément DUCOS – Aurélien DUNAND-PALLAZ – Jeff ERIUS – Alice FINOT – Mehdi FRERE – Amaury GOLITIN – Azeddine HABZ -Muhammad Abdallah KOUNTA – Anas LAGTIY CHAOUDAR – Fadouwa LEDHEM – Blandine L’HIRONDEL – Sarah MADELEINE – Kevin MAYER – Yanis MEZIANE – Hélène PARISOT – Aurélien QUINION – Méline ROLLIN – Yann SCHRUB 02/12/2025
