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Le Kenya, le dopage toujours présent malgré une lutte sévère

La crise du dopage au Kenya est-elle en train de s’achever ? Les informations peuvent s’interpréter de manière contradictoire entre la litanie des suspensions qui se poursuivent et les déclarations de satisfaction des instances officielles !

Un soutien très fort de l’Agence Mondiale Antidopage envers la lutte antidopage menée au Kenya, c’est la surprise de ce début d’année 2026. La délégation emmenée par le directeur général de l’Agence Mondiale en Afrique n’a pas lésiné sur son appui à l’ADAK, l’agence anti-dopage du Kenya, en saluant le travail effectué.

Et il est vrai qu’aucune autre agence nationale à travers le monde entier ne déploie autant d’efforts pour informer les athlètes sur les risques du dopage. Chaque compétition est l’occasion pour l’ADAK d’être présente pour les sensibiliser à ces problèmes. Tout récemment le Cross Discovery, une référence au Kenya, a été le cadre d’une opération s’adressant même aux plus jeunes runners.

Le talent et les produits dopants…

Mais en parallèle, les sanctions tombent sans discontinuer à l’initiative de l’Athletics Integrity Unit et quasiment chaque semaine, une suspension est publiée. Avec des profils d’athlètes très divers, du jeune surdoué au coureur plus âgé de niveau intermédiaire. Comme Brian Limo, 23 ans, 1h02 au semi en 2025, positif au Salbutamol, ou Alice Kigoi, 34 ans, 1h15 au semi, positive au Methylprenisolone après son marathon de Djakarta couru en 2h48’.

Quelques noms confirment à nouveau que le très haut niveau kenyan n’est pas seulement atteint grâce au talent mais qu’il doit aussi beaucoup à des produits dopants… Exemple avec Albert Korir, un marathonien de référence, 20 marathons en 10 ans, 6 victoires, 15 podiums, incluant une victoire et 5 fois dans le TOP 5 du Marathon de New York, deux victoires à Ottawa, la dernière en mai 25, un record à 2h06, et contrôlé positif à l’EPO-CERA.

Ou encore Bernard Kibet Koech, 5ème sur 10.000 mètres aux Jeux Olympiques de Paris 2024 et au Mondial 2023, et suspendu pour 4 ans pour des irrégularités de son passeport biologique. La longue décision du Tribunal Sports Resolution révèle que les 23 échantillons prélevés entre février 2020 et août 2024 laissent apparaître une manipulation sanguine.

Les trois experts ont conclu sans hésiter à la culpabilité de Bernard Kibet Koech, avec l’annulation de tous ses résultats entre juin 24 et juin 25, y compris donc son résultat des Jeux de Paris.

Les athlètes sont les seuls à payer

La litanie des suspensions n’en finit pas et cela démontre que le business du dopage surmonte les aléas pour se reproduire sans cesse. Pour le bénéfice de tous les acteurs qui y participent, de manière plus ou moins vigoureuse, pharmaciens, médecins, entraîneurs, managers. Et sans qu’aucune sanction à leur encontre ne soit jamais prononcée.

Tout au plus sont-ils parfois pointés du doigt par les plus initiés, qui n’hésitent pas à établir la liste des athlètes suspendus dans les différents teams des managers ou des entraîneurs.

Ainsi les plus initiés n’ont pas manqué de désigner Gabriel Kiptanui, le coach de Bernard Kibet Koech. C’est l’homme qui conseillait Beatrice Chebet, la double championne olympique, 5000 m et 10000 m, aux JO de Paris 2024, cinq fois championne du Monde, en cross, sur 5000 m et 10.000 m.

Mais Gabriel Kiptanui comptait également dans son groupe d’entraînement, Sheila Chelangat, contrôlée positive deux fois à l’EPO, lors du semi de Copenhague en septembre 24 et au marathon de Nagoya en mars 25. Avec en final, après un appel auprès du Tribunal Arbitral du Sport, une suspension de 6 ans, qui clôture ainsi la carrière de cette coureuse de 27 ans.

Deux dopés dans un groupe, ce n’est pas si rare au Kenya. Le record, c’est certainement Patrick Sang qui le détient, avec 5 athlètes de son groupe sanctionnés, la dernière étant Hillary Kipchirchir Chepkwony, en décembre dernier, également pour passeport biologique. Or Patrick Sang est l’entraîneur d’Eliud Kipchoge depuis l’âge de 16 ans, et jusqu’à ses 41 ans, où il décide de stopper sa carrière de haut niveau, marqué par deux titres olympiques, un titre mondial, deux records du monde. Mais le monstre sacré du marathon n’a nullement été éclaboussé par cette proximité dérangeante, répétant régulièrement son hostilité au dopage. Tout récemment, il a pressé la fédération d’athlétisme du Kenya de prendre les choses en mains, pour que ce fléau ne ternisse pas l’image du pays.

  • Analyse : Odile Baudrier
  • Photo : D.R.