Après son record du monde du 110 mètres haies junior de l’année dernière, Wilhem Belocian a amorcé sa première saison dans la catégorie espoirs avec brillance, grâce à son chrono de 13’’30 de début mai, et une confirmation au meeting de Marseille, où il remporte l’épreuve en 13’’33.

 

BELOCIAN OK

Les yeux de Wilhem Belocian s’écarquillent et son sourire éclate. Les cristaux du chronomètre se sont bloqués sur 13’’33. La performance le réjouit, il l’avoue. Elle confirme les 13’’30 qu’il a établis début mai à Baie Mahault. Et de main de maître à considérer qu’en Guadeloupe, le vent était nul, et qu’à Marseille, il soufflait de face avec 1.50 mètres.

Wilhem Belocian est rassuré. Son passage dans la cour des « grands » se situe dans la continuité de ses années juniors. Le Guadeloupéen s’est projeté l’été dernier dans la lumière avec son record du monde de 12’’99. Cette transition juniors-seniors si délicate dans tous les disciplines se révèle un challenge encore plus compliqué chez les hurdlers, par un aspect technique, l’augmentation de la hauteur des haies, passant de 99 cm à 106 cm, qui oblige à modifier l’angle d’impulsion.

Sept petits centimètres qu’il a négociés avec grande classe, comme pour la saison hivernale où il avait enchaîné les performances pour atteindre la médaille de bronze au Championnat d’Europe en salle, d’un podium entièrement squatté par les Français avec à ses côtés Pascal Martinot Lagarde et Dimitri Bascou.

Une grosse performance à 20 ans

Pour mesurer son immense talent, il suffit de prendre quelques minutes pour disséquer les statistiques. A 20 ans, le Guadeloupéen se place parmi les très grands noms des haies. 13’’30, ils n’ont pas été nombreux à le réussir au même âge, et ceux qui l’ont atteint, ont tous connus des destins dorés.

Ladji Doucouré valait 13’’23 au même âge, il était sacré Champion du monde en 2005, à 22 ans. Le Chinois Liu Xiang, lui, pointait déjà en 13’’12 à 19 ans, il devint le Champion Olympique en 2004, à 21 ans. Pour le Cubain Dayron Robles, on pouvait prédire le meilleur à 20 ans, il était capable de courir en 13’’00, et on le retrouvait lui aussi champion olympique en 2008, à 22 ans.

Mais d’autres gros talents se situaient bien en deçà d’une telle marque. Colin Jackson, double champion du monde, pointait en 13 »37 à 20 ans. Allen Johnson, champion olympique en 1996 à 25 ans, valait seulement 14’’11 à 20 ans. Autre éclosion tardive, celle de l’Américain Aries Merritt, il se situait à 13’’38 à 20 ans, et en 2012, à 27 ans, il s’impose comme champion olympique et recordman du monde avec 12’’80.

Talent d’un jour, talent toujours. L’adage ne s’avère pas toujours vérifié, les progressions ne se révèlent pas toutes linéaires, parfois tronquées par les blessures ou les aléas des carrières.

La Guadeloupe, son île adorée

Wilhem Belocian s’est construit un cadre de vie solide, au cœur de sa Guadeloupe natale, au milieu d’un groupe fort de 15 à 20 athlètes, tantôt au stade du CREPS des Abymes, tantôt sur la piste de Lamentin.

A l’automne dernier, le jeune athlète avait bien envisagé de quitter son île pour l’INSEP et le groupe d’Olivier Valleys, mais le projet a été abandonné pour le moment. Même s’il m’explique : « Pour les études, ce sera obligatoire de venir en métropole ». L’étudiant en 2ème année de STAPS continue donc à évoluer sous la houlette de ses deux coachs, Rico Vaitilingon et Ketty Cham.

Un trio original dans lequel il se fond visiblement avec bonheur. Pour évoquer son parcours ou ses projets, Wilhem utilise le « ON » au lieu d’un simple « JE ». Il rit quand je lui fais remarquer qu’il parle pour un trio !

Cela convient bien à ce jeune homme timide qui reconnaît que la pression après son record du monde juniors a monté d’un cran. Un signe parmi d’autres de tous les espoirs pesant sur lui, l’IAAF lui a consacré ce printemps l’un de ses magazines vidéos, « IAAF Inside Athletics » avec comme interviewer Ato Boldon.

La transition juniors-seniors est parfaite

En évoquant la pression, le Champion du Monde du 200 mètres sait de quoi il parle, il a été le premier athlète phare de Trinidad et Tobago, et soumis aux fortes attentes de ses compatriotes. Mais Wilhem Belocian veut prendre les choses avec philosophie, et en évoquant son passage chez les seniors, il soulignait : « Si les performances arrivent de suite, ce sera OK. Mais si ça ne vient pas, ça viendra avec le temps. »

Ses premières sorties ont très vite donné le ton. Baie Mahault, Saint Martin, Port of Spain, la transition s’est révélée réussie. La course de Marseille représentait beaucoup d’importance pour lui. Première tentative en métropole, cinq jours seulement après son arrivée de Guadeloupe. L’adaptation est visiblement bonne, et il sourit en expliquant : « On est habitués. Ca fait partie du jeu ! »

Les marques sont bien prises, il reste à peaufiner à Montreuil, Hérouville, au Meeting Areva, et surtout au France Elite. Il sait que les places sur le podium y seront très chères…

Texte : Odile Baudrier
Photo : Gilles Bertrand

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