Double championne du monde en 2011 sur 5000 m et 10 000 m, Vivian Cheruiyot a choisi le cross pour son retour sur le plan international avec l’espoir de courir le prochain Mondial.

 
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« Nawashukuru wote walio nipongeza na kunitia moyo », c’est dans sa langue maternelle que Vivian Cheruiyot s’exprime sur son compte Facebook fin d’année 2013 pour « remercier tous ceux qui l’ont encouragée ».

Cela sonne comme l’annonce d’une fin de carrière avec entre parenthèses, quelques mots polis pour dire merci à tous ceux et celles qui anonymes se sont massés dans les tribunes des Nyayo et Kasarany Stadium de Nairobi pour encourager cette petite puce du demi fond kenyan.

Vivian Cheruiyot me l’avait annoncé en février 2002 lors du National de cross alors qu’elle attendait sous un soleil de plomb pour rentrer dans une tente faisant office de contrôle anti dopage : « Je veux faire une pause pour avoir un enfant ». Un an après sa dernière compétition disputée à Rieti en 2012, le bébé prénommé Allan, naît finalement en octobre 2014, tout mignon. De grands yeux ronds bien éveillés, dès ses trois mois, avec son joli bonnet à rayures bleus.

Tous les noms d’insectes volants peuvent servir à décrire ce tout petit bout de femme qui dès l’âge de 15 ans, disputait son premier Mondial de cross à Marrakech en 1998. Libellule, moustique, puceron… !? C’est au choix pour désigner cette gamine pas plus haute qu’une gousse de vanille détectée dans le Keiyo District. Une trentaine de kilos toute mouillée, des épaules fines et rondes, mais assez solides pour recevoir durant quinze ans, autant d’honneur, autant d’accolades et de médailles dont cinq médailles d’or à des championnats du monde, un doublé historique, 5000 – 10 000 mètres réalisés à Daegu en 2011 et deux médailles argent et bronze l’année suivante à Londres.

Libellule, abeille, guêpe, puce ou puceron

Après deux années entre parenthèses, Vivian Cheruiyot a donc repris le métier. Il lui tardait. Celui de coureur professionnel, méticuleuse, besogneuse et déterminée. Les premières foulées en juin 2014 sont alourdies, elle n’a plus le coup de griffe qu’on lui connaît. Dans son survêtement bleu, Vivian dissimule mal les kilos superflus, les mauvaises langues parlent de 30 kilos pris pendant la grossesse. Une situation transitoire. Elle court le plus souvent seule, de longues sorties nature au programme. Elle retrouve la piste, seulement fin octobre avec son groupe sur une cendrée poussiéreuse où Vivian rejoue ses gammes. Arrive enfin le premier cross, première compétition à Eldoret où elle termine quatrième. Sur le site RunblogRun, la jeune maman se confie et explique une telle orientation pour une reprise, le cross comme base essentielle pour revenir aussi forte sur la piste. Avec un espoir, se qualifier pour le Mondial qui aura lieu cette année en Chine. Elle compte deux titres de championne du monde, à Villamoura en 2000 chez les juniors puis à Punta Umbria en 2011.

On lui connaît un caractère trempé dans l’acier qui se dissimule dextrement derrière cette petite frimousse ronde au regard toujours intimidé, effarouché. Un regard qui se métamorphose lorsqu’il s’agit de doser et juger ses adversaires, pour mieux les dominer. Vivian est de retour, sortie de sa ruche, à la fois guêpe et abeille. Pour le meilleur des miels. Comme celui que l’on achète sur la route d’Eldama Ravine conduisant à Eldoret, onctueux, puissant et riche en énergie.

> Texte et photographiques : Gilles Bertrand