Teddy Tamgho et Patricia Girard, coaches au triple saut

22 février 2015

Le concours du triple saut accueillait deux jeunes talents, Rouguy Diallo et Sokhna Galle, entraînées tous les deux par des coaches au nom prestigieux, Teddy Tamgho et Patricia Girard.

 

Pour ce premier jour de championnat, les tribunes du Stadium Pellez se garnissent tranquillement, et dans l’espace VIP, tout le gratin de l’athlétisme actuel et passé se regroupe.
La bonne humeur est de mise. Tout ce petit monde est content de se revoir.  Les Diagana débarquent tous les cinq et s’installent à côté de la famille Baala. Ca bavarde et ça rit.

Rouguy Diallo, brillante tripleuse, conseillée par Teddy Tamgho

Rouguy Diallo, brillante tripleuse, conseillée par Teddy Tamgho

Tout en bas, dans la deuxième rangée, le visage de Patricia Girard est plus crispé. L’ancienne hurdleuse surveille avec application sa protégée, Sokhna Galle, dont elle espère beaucoup sur le triple saut. Un peu plus haut, un autre visage attentif ne quitte pas le sautoir des yeux. Teddy Tamgho se concentre sur son élève, Rouguy Diallo, qu’il conseille à Boulouris. L’athlète lui-même n’est pas en lice, sous le coup d’une suspension anti-dopage jusqu’en mars 2015.

Lorsque je l’interroge à la fin du concours, il apparaît d’abord sur la défensive. Cette affaire de contrôles manqués l’irrite, il a plaidé sa bonne foi et des problèmes avec le système de localisation obligatoire, et n’a plus qu’une envie maintenant, reprendre la compétition dès que possible. Ce sera donc en avril aux Drake Relays aux Etats-Unis.

Mais Teddy Tamgho s’enthousiasme pour évoquer Rouguy Diallo, qu’il conseille depuis septembre 2013. Un gros talent qu’il avait remarqué dès cadette, et à laquelle il avait proposé de l’accompagner après son premier championnat du monde juniors disputé à seulement 17 ans.

Cet expert n’avait pas manqué de distinguer l’énorme potentiel de cette jeune fille, et immédiatement après son titre mondial de Moscou, la collaboration a débuté à Boulouris, avec également Laurence Bily, qui conseille Rouguy Diallo sur la partie course, comme elle le fait pour Teddy Tamgho depuis quelques années, et pour le sauteur,  les aspects préparation physique et sauts.

Pourquoi cet engagement auprès de Rouguy, ainsi que du hurdler Darien Garfield ? « Je n’ai que 2 athlètes, ça me suffit. J’ai toujours voulu être coach. J’ai passé mon diplôme. Maintenant le DTN voudrait que je prépare le Professorat de Sport. »

Teddy Tamgho et Laurence Bily, un duo de choc pour Rouguy Diallo

Alors, est-il facile d’entraîner tout en s’entraînant soi-même ? Teddy balaie cette question, et souligne : « Il suffit d’organiser le temps. Je fais sa séance, et ensuite je fais la mienne. » Le problème ne se situe pas là, avoue-t-il : « L’entraînement c’est facile. Mais le plus difficile est sur le plan psychologique, de trouver les bons mots pour l’aider. Dans les concours, parfois, ça marche, parfois non. C’est le jeu. Sinon, on saurait le résultat à l’avance ! »

Et aujourd’hui, Teddy n’est pas spécialement satisfait de la performance de son élève, pourtant à la 3ème place du concours, avec 13.59 mètres, alors qu’elle n’a que tout juste 20 ans. Un résultat pas tout à fait du standing de Rouguy Diallo, sacré championne du monde junior l’été dernier, et auteur de 14.20 mètres, record de France junior.

Teddy Tamgho essaie d’être philosophe : « Il y a des hauts et des bas. C’est la vie du sport ! » Un peu plus loin, assise sur les gradins, le ravissant visage de Rouguy Diallo affiche une mine piteuse. Elle n’est pas la moins déçue des deux, et ne le dissimule pas : « Je ne suis pas contente. J’en avais dans les jambes. J’ai mal géré mon concours. J’ai manqué d’intelligence ! »

Le boss a visiblement contaminé l’élève ! Alors justement, comment Rouguy peut-elle qualifier son entraîneur ? Elle cherche ses mots avant d’expliquer : « Teddy m’en demande plus car il voit en moi mon potentiel. Il me fait gagner des années ! Mais c’est plus dur… »

Mais Rouguy ne rechigne pas. Au contraire. Elle sait ce qu’elle doit au duo Tamgho-Bily : « Ils m’évitent beaucoup de pièges car ils sont passés par là. Ils ont plein de ressenti. Ils ont plus d’expérience. » Et cette élève en Ecole de commerce anglo-saxonne à Sophia Antiopolis l’avoue, elle espère rester à leurs côtés le plus longtemps possible…

Sorkhna Galle sous la houlette de Patricia Girard

Ce concours clermontois accueillait un autre grand talent du triple français, Sokhna Galle, 20 ans également, et distinguée à 15 ans seulement par sa victoire aux Jeux Olympiques de la Jeunesse, puis à 16 ans au Championnat du Monde cadets de Lille.

Mais depuis ce rendez-vous lillois en 2011, la jeune sauteuse avait quasiment disparu des stades, pour donner la priorité à ses études de médecine. Patricia Girard l’a accueillie à sa reprise en septembre dernier, dans son groupe d’entraînement fort de 18 athlètes.

L’ancienne hurdleuse n’est pas tout à fait tombée dans la fonction de coach par hasard. C’est dès 1987-1988 qu’elle avait engrangé ses diplômes de BE1 et BE2 : « C’est Jacques Piasenta mon entraîneur de l’époque qui m’avait poussée à les passer. »

Un entraîneur auquel elle reconnaît devoir une fière chandelle au même titre qu’à François Pepin, qui l’intègre à son groupe en 1992 à son retour après sa suspension pour dopage : « J’ai failli arrêter après ma suspension. François m’a reprise en main, il m’a donné une éducation, il m’a assagie. »

C’est un peu ce qu’elle perpétue avec les athlètes qu’elle coache maintenant, car elle l’avoue : « J’essaie d’inculquer la même rigueur qu’on m’a donnée. Ils sont tous sérieux, ils s’investissent bien. Mais le travail est plus éducatif que sportif. J’essaie de mettre en place de la rigueur. La nouvelle génération en a besoin. »

Malgré ses diplômes anciens, Patricia n’envisageait nullement de devenir entraîneur, pensant plutôt à donner la priorité à sa vie de famille après la naissance de son fils en 2007. Mais des athlètes l’ont sollicitée et c’est ainsi qu’elle est tombée dans cette marmite du coaching il y a 4 ans et demi.

Patricia Girard, reconnaissante à Jacques Piasenta et François Pépin

Avec parmi ses premiers élèves, Pascal Martinot Lagarde, talentueux hurdler, qui a conquis ses premières médailles avec elle, avant de claquer la porte : « Nous gardons de bonnes relations. Mais cette nouvelle génération n’est pas dans la construction. Moi, je suis restée 15 ans avec le même entraîneur. Actuellement, ils croient que c’est bien de changer tous les deux ans ! Mais c’est une perte de temps. »

Elle conserve dans son groupe d’autres talents des haies, Cindy Billault, blessée cet hiver, et Reina Flor Okori. Et d’autres jeunes athlètes, comme la tripleuse Sokhna Galle, avec laquelle elle doit tout reconstruire après de long arrêt, ou encore Toumany Coulibaly, en lice sur le 400 mètres à Aubière et qui a récemment fait parler de lui pour des problèmes de délinquance.

Patricia Girard en est la première consternée, mais souligne : « Il vient d’un quartier très difficile de Villiers sur Seine. Je l’entraîne depuis 2 ans et demi.  On parle souvent, je lui explique que l’athlétisme peut être une chance. Mais un coach ne peut pas contrôler tous les éléments extérieurs qui pèsent beaucoup sur ces jeunes. Je ne sais pas ce qu’il fait en-dehors du stade. »

Aujourd’hui sur la piste d’Aubière, pour sa série de 400 mètres, Toumany Coulibaly a déçu son entraîneur, il n’a pas suivi ses consignes, et s’est trop emballé. Patricia n’est pas satisfaite, mais elle se reprend très vite pour insister : « J’attends qu’ils se lâchent, qu’ils donnent leur maximum. C’est le seul objectif ! »

Texte : Odile Baudrier

Photos : Gilles Bertrand