Seule et unique, Sifan Hassan

Seule et unique, Sifan Hassan

Et une confirmation de plus de l’immense talent de Sifan Hassan. La hollandaise d’origine éthiopienne remporte à Prague le titre sur 1500 mètres après un cavalier seul unique.

 

Doubler la mise, Sifan Hassan n’a pas les mains moites pour assurer des doublés osés.

prague 1500 fem HassanL’an passé, la néerlandaise, après avoir été sacrée championne d’Europe du 1500 mètres à Zurich, tente de conquérir le titre sur 5000. Un gros pavé, dépassant largement la largeur de l’assiette. La jeune Sifan cale, après l’or sur 1500, rétrograde d’une marche, seulement médaillée d’argent, à une bouchée de la suédoise Meraf Batah qui l’emporte.

La qualif sur 3000 vendredi en soirée, la finale du 3000 le samedi ainsi que les séries du 15 samedi et la finale dimanche jour du seigneur, Sifan avait choisi le grand menu pour ces Europe en salle. Deux distances, quatre courses, deux finales, la jeune femme voulait sortir les grands couteaux. Un pari très osé pour celle qui domine le 1500 mètres mondial depuis l’an passé, aussi bien en plein air (3’57»00 au meeting Areva) qu’en salle (4’00»46 cet hiver). Elle s’est ravisée, peur de se couper ou de l’overdose. La sagesse l’a emporté.

Originaire d’Ethiopie, échouée en plat pays en 2008 à l’âge de 15 ans, avec un statut de réfugiée, celle-ci s’affirme seulement en 2013 lorsqu’elle remporte à Belgrade le titre de championne d’Europe de cross chez les espoirs, trois semaines après avoir été naturalisée. Après cinq années d’incertitude et d’instabilité, elle reprend le contact avec la course à pied. Premières foulées sur la route et en cross, c’est un talent pur. Elle est faite pour courir. L’Agence Global Sport Management de Jos Hermens lui met le grappin dessus.

Un destin se construit et se façonne, Hermens a du métier. Tout comme Honoré Hoedt qui fut autrefois le coach de Bram Som, il prend lui aussi la destinée de cet oiseau volant, perle rare pour cet entraîneur reconnu pour l’ensemble des plans de relance et de détection qu’il a créés pour redonner de l’ambition au  demi fond néerlandais.

prague 1500 fem hassan ecran2014, c’est la confirmation pour cette boulimique de compétitions comme s’il s’agissait à seulement 22 ans de rattraper une bout de jeunesse perdue. 20 courses  de février à septembre, une seule grosse tôle, le 5000 de Monaco où elle ne prend que la dixième place alors qu’au printemps elle réalise 14’59»23. Pour le reste, c’est succès sur succès avec au total, 15 podiums et 9 victoires.

Alors que sur 800 mètres, le jeune Thijmen Kupers saisit sa chance comme un gamin au bras long dans un manège à choper le pompon, du orange flotte à nouveau dans les cieux de cette Arena. Sifan Hassan s’est fait la malle dès les premiers cents mètres. Le trou se creuse, immense comme la plage de Ergmond Aam See. Un coup d’œil au chrono qui défile, l’allure n’est pas si rapide que cela, sa marge de sécurité lui permet ce luxe dans une course qui ressemble à une simple séance SPE15 qu’elle exécute en 4’09»04.

Sifan Hassan appartient à cette diaspora de coureurs africains exilés sur le continent européen. Des parcours multiples, des déchirures parfois sanglantes, des choix économiques, pour enrichir ses équipes nationales de plus en plus métissées pour des Europe de plus en plus compétitives et ouvertes sur le monde.

> Texte et photos Gilles Bertrand