Le couperet est tombé pour Robert Young. Un rapport de 100 pages démontre que les accusations de tricherie formulées à l’encontre du Britannique lors de sa traversée des Etats-Unis de juin dernier étaient bel et bien fondées…C’est un véritable mythe qui s’écroule, l’homme était une icône en Angleterre, avec son parcours incroyable d’ex-enfant battu, devenu boulimique du marathon, affirmant avoir enchaîné 370 marathons et ultra dans l’année 2014, et il avait remporté la TransAmérica en 2015. Mais la révélation de son énorme duperie pourrait bien amener à une remise en cause de toutes ces performances….

 

Robert Young

Robert Young

 

Un rapport de 100 pages établi à la demande de « Skins Australie », sponsor de Robert Young durant son épopée débutée fin mai. Et confié à deux experts, le Professeur Roger Pielke Jr, de l’Université de Colorado, et le Professeur Ross Tucker, de l’Université de Free State en Afrique du Sud.

Ces deux scientifiques n’ont pas pris ce travail à la légère, même si les premières observations effectuées en juin dernier par la communauté des ultra-runners donnaient déjà une tendance sur la tricherie menée par Robert Young durant cette traversée.

Les doutes avaient mûri très rapidement après son début, alimentés au départ par l’observation de la silhouette très enveloppée de Robert Young, peu en corrélation avec les exigences de l’ultra, puis amplifiés après que Asher Delmott ait tenté de le trouver en pleine nuit à Lebo dans le Kansas pour l’accompagner de quelques foulées. Mais force était d’admettre au jeune homme que Robert Young n’était visiblement plus sur le bitume à courir, et très certainement installé dans le camping car censé le suivre, évoluant à une vitesse très lente pour que les chronos continuent à tourner….

Une véritable farce, c’est bien ce qu’a mené Robert Young entre le 14 mai et le 17 juin 2016, jour où il décide de stopper sa traversée, officiellement pour des problèmes de blessures. Après sa mise en cause par Asher Delmott, Robert Young et son équipe avaient constamment nié la moindre tricherie. Toutefois, dès que des ultra runners américains regroupés dans la « Team Geezer » l’avaient rejoint sur le bitume, ses allures avaient considérablement chuté, et il n’était plus capable d’évoluer aux rythmes constatés dans le premier mois de son périple.

Robert Young, enfant battu, et boulimique de marathons

Depuis cette date, le Britannique demeure dans le déni total, n’ayant jamais admis la moindre tricherie, et toujours soutenu par ses fans britanniques, totalement subjugués par le personnage. Robert Young avait conquis le grand public par son histoire, démarrée dans le très glauque avec les sévices d’un père violent, jusqu’à une sorte de « révélation » venue du running, qui l’avait propulsé en boulimique de courses à pied, et un homme généreux, utilisant cette capacité à courir pour épauler des actions humanitaires en faveur des enfants victimes de violences.

YOUNG ONE YEAR

Le rapport produit pour « Skins » ne laisse pourtant place à aucun doute. Et sa conclusion est implacable : « A partir de l’accident de Camping Car survenu au Nevada, Rob a emmagasiné beaucoup de miles qu’il n’était pas physiquement capable de courir. Les données de sa montre « Tom Tom » indiquent que beaucoup de ces miles ont été couverts dans un véhicule et non à pied… »

Des foulées longues de 45 mètres

Pour aboutir à cette conclusion, les deux experts ont en particulier analysé en détails les foulées effectuées par Robert Young. Et leurs chiffres se révèlent implacables : 82 foulées dépassent les 2 mètres, qui sont la distance maximale réaliste pour un coureur, et leur décompte recense même 18 foulées de plus de 40 m – 14 entre 20 et 40 m – 14 entre 10 et 20 m – 19 entre 5 et 10 m.

Autant d’éléments prouvant cette triche que Robert Young n’aurait pas effectuée dès le début de sa traversée, mais après qu’un accident soit survenu à son camping car dans le Nevada. Les analystes démontrent aussi que certaines sections courues ont été effacées des données enregistrées, tout comme certaines informations. Probablement afin de dissimuler ses pratiques douteuses…

Robert Young nie complètement

Pourtant, interrogé par leurs soins le 17 août 2016 pour qu’il fournisse des explications, Robert Young nie totalement leurs allégations, se réfugie derrière des erreurs techniques dans la manipulation de sa montre et GPS, et il affirme au contraire n’avoir jamais été dans un véhicule sauf lors de ses arrêts « officiels »…

Un déni complet que vient torpiller ce rapport amenant le patron australien de « Skins » à stopper son partenariat avec Robert Young. Mais il est certain que des problèmes bien plus graves attendent Robert Young, coupable de mystification. Jusqu’où s’est-elle étendue ? D’autres enquêtes pourraient torpiller toute l’histoire du Britannique…

 

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photo : D.R.