La Chine vivra une année athlétique 2015 très dense, avec le Championnat du Monde de cross de Guiyang fin mars, et le Championnat du Monde cet été à Pékin. Avec l’espoir de meilleures performances de ses athlètes, désormais placés sous la houlette du coach italien Renato Canova.

 

Bai Xue, championne du monde du marathon en 2009, l'une des rares performances sur cette distance pour ce pays

Bai Xue, championne du monde du marathon en 2009, l’une des rares performances sur cette distance pour ce pays

A 70 ans, Renato Canova n’a rien perdu de son enthousiasme légendaire et de son goût pour l’entraînement des athlètes de haut niveau. Pourtant c’est probablement son expérience actuelle qui pourrait se révéler la plus difficile de sa vie pour le coach italien. En acceptant l’offre de la Fédération Chinoise d’Athlétisme de superviser le secteur du demi-fond et du demi-fond long du pays, ce vieux briscard s’est attaqué à un sérieux challenge.

En Chine, l’athlétisme n’est toujours qu’un fantôme, encore à la traîne des autres sports. Quelques chiffres dévoilent l’étendue du problème. Aux Jeux Olympiques de Londres, les sportifs chinois ramènent 88 médailles, 2ème nation sur l’échiquier mondial, et les athlètes ne comptent que 4 médailles, 3 de bronze et 1 en or. Aux JO de Pékin, le total était de 100 médailles, 1ère nation, et seulement 2 en bronze pour les athlètes.

Au dernier mondial de Moscou, la Chine pointe à une très modeste 22ème place, avec 4 médailles (1 argent – 3 bronze). Et les donnes ne sont pas différentes pour le Mondial de cross, avec une seule performance notable, elle remonte à 2006, et il s’agissait de la 18ème place de Bao Guiying sur la course senior femmes.

Le cas chinois paraît désespéré, mais la CAA (la Fédération Chinoise) ne peut envisager de se résigner à cette insignifiance athlétique, et elle a su trouver une oreille attentive auprès de Renato Canova.

Pas de détection organisée en Chine

Celui-ci aurait pourtant eu toutes les raisons de fuir les sollicitations de la CAA, mais il a préféré les accepter pour une raison qu’il évoque de manière très noble : « J’ai trouvé des personnes avec des valeurs humaines très élevées, une très haute éducation, et du respect. » Ce serait donc par humanisme qu’il aurait répondu positivement, même s’il admet aussi que ce nouveau défi à un âge aussi avancé l’excite particulièrement. Et l’on peut aussi penser que les contreparties financières allouées justifient son engagement.

Et le terme de défi est un euphémisme à considérer la situation qu’il a découverte à son arrivée en Chine. La logique voudrait qu’avec 1.4 milliards d’habitants, la Chine abrite probablement quelque part de vrais talents pour courir en demi-fond, et sur le marathon. Mais l’entraîneur a quelque peu déchanté en découvrant l’organisation du sport dans ce géant.

Comme il l’a expliqué à Sarah Barker de l’IAAF, les clubs n’existent pas, les équipes d’universités non plus, et la course à pied ne fait pas partie de la culture chinoise. A sa déconvenue, il a pu constater qu’une province de 50 millions d’habitants ne produit pas plus de 50 athlètes, toutes disciplines confondues.

Il se retrouve ainsi dans une situation aux antipodes de celles connues au Kenya, où il a officié avec les meilleurs coureurs depuis le début des années 90, et où les talents pullulent tellement qu’un simple groupe d’entraînement regroupe 50 personnes de très haut niveau !

Renato Canova pointe aussi du doigt la priorité donnée par les entraîneurs locaux pour les National Games, une compétition majeure en Chine, avec des incitations financières distribuées par leurs provinces aux coachs et athlètes, d’où par ricochet, un moindre intérêt pour les compétitions internationales.

Et de souligner également combien le manque de routes utilisables pour les entraînements se révèle un handicap pour la préparation des marathoniens et autres spécialistes du demi-fond long, parfois contraints de tourner en rond sur le stade pour avaler des kilomètres.

Un entraînement réservé aux femmes

Alors, quel pourra être l’effet de l’implication de Renato Canova ? L’avenir le dira, la collaboration avec la CAA court jusqu’à Rio 2016. Mais déjà, les résultats des mois à venir donneront le ton.

Pour les apprécier, il faudra se tourner exclusivement vers les athlètes féminines, qu’il épaule au quotidien, la CAA ayant évalué qu’il était quasiment impossible de contrer les Africains dans le demi-fond long et marathon.

On retrouvera ainsi au Mondial de cross les meilleures athlètes qu’il a préparées durant un long stage en Ethiopie, dans le centre d’entraînement de Kenenisa Bekele.

Car Renato Canova ne se consacre pas exclusivement au coaching des Chinoises. Il est depuis quelques mois également le conseiller spécial de Bekele, et il le demeure pour les meilleurs marathoniens kenyans. Avec les coureurs des hauts plateaux, l’Italien s’est approprié 6 records du monde, 42 médailles dans un Mondial, 8 médailles aux JO, et se targue de 9 marathoniens sous les 2h05’04’’…

Comment un tel amoureux de performances pourrait-il abandonner une nation aussi prolifique…

 Texte : Odile Baudrier

 Photo : Gilles Bertrand

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