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Pourquoi trois mois de suspension pour la hurdleuse Solène Ndama pour du cannabis

Solène Ndama a reçu une suspension de trois mois, après un contrôle positif au cannabis survenu en mai lors du Championnat de France des clubs Elite 1. Le résultat de la compétition n’est pas modifié pour son club du Stade Bordelais Athlétisme. La sanction est courte en accord avec les règles mondiales de l’anti-dopage en raison d’un statut particulier du cannabis, interdit seulement en compétition depuis 2021.

Ces dernières années, les suspensions d’athlètes français ont été principalement prononcées pour des irrégularités sur les règles de localisation et non pas pour des contrôles positifs à des produits interdits. C’est ainsi que successivement Amaury Golitin, Mouhamadou Fall, Mehdi Frère, Wilfried Happio ont été sanctionnés pour des durées variant entre 18 mois et 4 ans selon le contexte.

Cette fois, c’est bel et bien un contrôle positif qui provoque une suspension pour la hurdleuse Solene Ndama. Mais le cas est plutôt light puisqu’il se conclut avec seulement 3 mois d’arrêt forcé. Car c’est du cannabis qui a été retrouvé dans l’échantillon prélevé sur Solene Ndama le 18 mai 2025 durant le Championnat de France des clubs Elite 1, à Franconville, où elle évoluait sous les couleurs du Stade Bordelais Athlétisme.

Trois mois d’arrêt, à quoi ça sert ?

Trois mois de suspension entre le 16 octobre 2025 et le 16 janvier 2026, à une période de l’année plutôt creuse en compétitions, cela ne devrait pas beaucoup perturber la carrière de Solène Ndama. Ces deux dernières saisons, elle n’avait disputé aucune épreuve en salle avant la mi-janvier. Ce n’est donc pas vraiment une sanction… Toutefois, dans la réalité, Solène Ndama n’a pas repris la compétition depuis la mi-mai, date de son contrôle positif. On peut dire qu’elle s’est ainsi « auto-suspendue ». Aucune suspension provisoire n’est prononcée dans les cas de cannabis.

A noter également que le résultat des Interclubs ne sera pas modifié pour le Stade Bordelais Athlétisme après cette suspension de Solène Ndama. Ce ne sont en effet que ses résultats individuels qui sont annulés, et pas le résultat collectif qui est remis en cause. A savoir la 2ème place du Stade Bordelais Athlétisme derrière l’Entente Franconville et devant l’EA Cergy Pontoise, avec 67570 points contre 65139 points. Et cela même si les 14’’45 de la hurdleuse ont rapporté 962 points à son club. Ceci en application des règles de l’antidopage où une sanction pour ce motif du cannabis n’impacte pas les résultats de l’équipe.

Pourquoi seulement trois mois de suspension ?

Les règles du code mondial anti-dopage sont très claires et ont été parfaitement respectées par l’AFLD. C’est en effet depuis le 1er janvier 2021 que les donnes ont été radicalement modifiées dans les cas de contrôles positifs à la cocaïne ou au cannabis. Avec seulement 3 mois de suspension au lieu de 4 ans pour la cocaïne et de 2 ans pour le cannabis.

A condition que le sportif démontre qu’il a sniffé ou fumé en-dehors de la compétition, et que sa performance n’a pas bénéficié de ces produits… Force est d’admettre que le chrono de la mi-mai apparaissait effectivement bien éloigné du niveau de la hurdleuse : 14’’45 pour un record à 12’’77 dans sa meilleure année en 2018, et encore 13’’36 en 2024.

Soit un niveau de Nationale 4 alors que l’ancienne heptathlonienne reconvertie en hurdleuse pointait à la fin janvier en Internationale B à l’issue de son 60 mètres en salle (8’’21).

Pourquoi le cannabis est-il encore considéré comme dopant ?

C’est l’éternelle question qui revient à chaque fois qu’un athlète reçoit une suspension pour ce produit. L’agence Mondiale anti-dopage l’a maintenu sur la liste lors de la mise à jour effectuée en 2023. Comme le compte rendu publié sur le site de l’AMA le rappelle, un travail important d’analyse effectué par un groupe d’experts indépendants de neuf pays, issus de 13 spécialités différentes (pharmacologie, abus de substances, hématologie…). Avec l’objectif de vérifier si les critères étaient remplis pour l’inscription sur la liste, à savoir deux critères sur trois : un potentiel d’amélioration de la performance sportive, un risque pour la santé du sportif, une violation de l’esprit.

Pour bâtir leur opinion, les experts ont consulté toutes les publications scientifiques et médicales existantes liées au TCH mais ils se sont aussi appuyés sur des témoignages de sportifs utilisateurs ou ex-utilisateurs. Une méthode solide qui a permis ensuite de présenter un dossier exhaustif sur le THC dans le cadre sportif à quatre experts spécialisés en pharmacologie, toxicologie, psychiatrie et propriétés comportementales du THC.

Avec à la clef, une conclusion forte qui confirme que la consommation de cannabis demeure contraire à l’esprit du sport. Tout en rappelant que le cannabis n’est interdit qu’en compétition et seulement lorsque sa concentration urinaire dépasse le seuil de 150 ng/ml. C’est beaucoup à considérer qu’antérieurement le seuil était de 15 ng/ml. En conclusion pour l’AMA, un contrôle positif au cannabis en compétition ne peut apparaître que chez un sportif à consommation fréquente.

Le cannabis, un anti-douleur efficace

Lors de la réforme du statut du cannabis, pour tomber à 3 mois de suspension au lieu de deux ans, de nombreuses voix s’étaient élevées pour protester sur ce laxisme. En estimant que l’impact du cannabis demeure réel en compétition. Ainsi Pierre Sallet, responsable du programme anti-dopage Quartz, s’était indigné qu’on considère qu’une drogue qui diminue la douleur soit considérée comme sans impact sur la performance…

Egalement Jean Pierre De Mondenard, grand pourfendeur du dopage, ne dissimule pas son irritation à voir le THC bénéficier d’un statut bien trop favorable puisque comme il l’a souvent répété, il agit sur le système nerveux et à ce titre, joue un véritable rôle d’aide face au stress de la compétition.

Sha’Carri Richardson, un mois de suspension, mais interdiction de JO

Le débat autour du statut du cannabis avait été particulièrement virulent dans le cas de Sha’Carri Richardson. La sprinteuse américaine, ultra favorite pour les Jeux Olympiques de Tokyo 2021, avait vu la porte des Jeux se fermer in extremis devant elle. Elle venait de remporter le 100 mètres des fameux Trials US en 10’’86, mais son résultat était annulé après la découverte du cannabis dans son échantillon.

Pourtant la jeune athlète n’avait pris qu’un simple mois de suspension. Grâce à la mansuétude de l’USADA, l’agence anti-dopage américaine, qui avait réduit les 3 mois en 1 parce que Sha’Carri avait accepté de suivre un stage contre les addictions, et en se laissant également convaincre qu’elle avait utilisé le cannabis car en proie à une détresse psychologique consécutive au décès de sa grand-mère.

  • Analyse : Odile Baudrier
  • Photo : D.R.