« Philippe Dupont, c’est le bouclier de Makhloufi »

12 décembre 2015

makhloufi

Dans un entretien accordé à la presse algérienne, Philippe Dupont a pris la défense de son athlète Taoufik Maklhoufi qu’il entraîne depuis le début de cette année. Cet article a provoqué la colère des autorités sportives locales qui ont bien du mal à contrôler la carrière du champion olympique du 1500 qui n’a toujours pas rejoint le groupe Dupont pour conduire sa préparation olympique.

 

Maklhoufi le mal aimé ??? Maklhoufi l’ingérable ??? Makhloufi l’enfant gâté ??? Comme une course en boucle qui ne s’arrête jamais, la réputation de Taoufik Makhloufi s’écrit un doigt trempé dans le cambouis.

« Je suis vraiment inquiet pour Makhloufi », c’est le titre d’un article publié le 10 décembre à Alger par le quotidien Liberté. Une page grand format, grand écran, pour recueillir les complaintes de Philippe Dupont, l’entraîneur du champion olympique du 1500 sacré à Londres. Des questions pertinentes, des réponses longues recueillies par le journaliste Samir Lamari qui ne s’attendait sans doute pas à soulever ainsi une petite tempête diplomatique.

Taoufik en manque d’amour, en manque de reconnaissance et de considération, en manque de soutien de son pays, l’Algérie qui bouderait l’enfant terrible de Souk Ahras, l’athlète mal ou peu encadré par sa fédération, le champion empêtré dans des tracas administratifs. Les propos de Philippe Dupont mué en attaché de presse ont déclenché la colère des autorités sportives et consulaires algériennes.

Contacté à Alger, le président du comité olympique, Mustapha Berraf, ancien député au Parlement, s’est empressé de nous répondre pour témoigner de sa colère : « Nous respectons le fait que Monsieur Philippe Dupont soit l’entraîneur de Taoufik Makhloufi payé par la fédération algérienne, mais là où le bât blesse, c’est qu’en qualité d’entraîneur, il n’a pas à critiquer les institutions publiques. Il met directement en cause un pays tiers alors que nous avons des relations privilégiées avec la France. Nous, nous travaillons en toute transparence, si Monsieur Dupont voulait connaître la vérité, il n’avait qu’à téléphoner comme vous vous le faites maintenant. Nous ne sommes qu’en même pas le rempart de Varsovie ».

Les deux hommes, Mustapha Berraf et Taoufik Maklhoufi se sont rencontrés il y a cinq jours pour tenter d’apaiser une situation conflictuelle et délétère. A la fois pour éteindre la colère d’un athlète en demande excessive de soutien financier illimité mais aussi et surtout pour espérer lui remettre le pied à l’étrier.

Car Taoufik Makhloufi n’a toujours pas repris l’entraînement de haut niveau. Une situation guère différente de l’an passé lorsqu’il était aux Etats Unis, déjà en conflit avec sa fédération pour de basses questions financières. L’histoire se répète.

Depuis 40 jours, le coureur de 15 mène bonne vie, logé au Sheraton du club des Pins à Alger. La facture, jusqu’à peu, c’est la fédération qui réglait la note de frais. Les fonds épuisés, aujourd’hui c’est le comité olympique qui a pris le relais, le carnet de chèques à la main. Une base d’entraînement VIP pour celui qui ne s’entraînerait que par de simples footings dans la forêt de Bouchaoui.

Alors, retard dans sa préparation ? Manque de motivation à reprendre le haut niveau ? Ou bien mode d’entraînement très particulier lors des cycles hivernaux que l’on retrouve désormais annualisé dans les programmes de certains coureurs de demi-fond allégeant curieusement toute la partie intensive ?

A Alger, Taoufik Makhloufi n’a pas créé le lien affectif qui pouvait l’unir au peuple algérien. Le manque de résultats depuis sa médaille d’or olympique l’explique en partie. Mais ses jérémiades permanentes sur des aspects financiers irritent en tout point dans une Algérie en souffrance. Désormais, l’athlète doit justifier tous ses frais engagés. Mustapha Berraf, le président du Comité Olympique, le confirme : « Il a beaucoup d’avantages, tous les avantages possibles de la part de l’Etat ».

Ainsi selon nos sources, le champion olympique cadeauté en biens immobiliers lors de son sacre londonien, toucherait un salaire de cadre évalué à 1000 euros mensuels de  la part de la Sonatrach, une rétribution de 1400 euros mensuelle sur des fonds ministériels de la MJS un contrat évalué à 120 000 euros annuel avec l’opérateur Mobilis sans oublier un pool de partenaires privés et ses primes de meeting.

A 10 mois des J.O. la presse algérienne se fait à nouveau l’écho de la désinvolture du « champion » dans la conduite de sa carrière internationale. Sans pitié, ni complaisance : « Des retards dans l’obtention de son visa pour la France ?» A Alger, personne ne croit en cette mauvaise excuse, même Mustapha Berraf de le confirmer : « Son dossier a été traité dans les meilleurs délais propres aux demandes formulées par les personnalités ». A Alger, un correspondant anonyme d’ajouter : « Dupont, c’est le bouclier de Makhloufi. Monsieur Dupont ne peut pas être agent double. Ce sont toujours les mêmes problèmes, les mêmes histoires avec les mêmes excuses inventées de toutes pièces. Moi, je crois qu’il ne croit plus en lui et qu’il prépare sa chute. Nous Algériens, nous sommes habitués aux médailles d’or».

> Texte et photo : Gilles Bertrand