A Pékin, Pierre Ambroise Bosse sera le leader d'une toute petite équipe de France demi-fond

A Pékin, Pierre Ambroise Bosse sera le leader d’une toute petite équipe de France demi-fond

Avec seulement 3 qualifiés à ce jour pour le Mondial de Pékin, Yoann Kowal, Pierre Ambroise Bosse et Renelle Lamote, le demi-fond français n’a jamais été aussi peu représenté à un Mondial.  Radioscopie à un mois des championnats du Monde.

 

Dans la foulée des France Elite, avec 19 hommes, 9 femmes, la DTN a livré une  première mouture de ce que sera la prochaine équipe de France qui du 22 au 30 août disputera les championnats du monde à Pékin.

Dans cette liste, le demi-fond est noyé avec pour l’heure, seulement trois athlètes qui ont réussi les minima pour Pékin, Pierre Ambroise Bosse et Renelle Lamote sur 800 mètres et Yoann Kowal sur le steeple.

Et à deux semaines de la date limite qualificative fixée au 29 juillet, il est peu probable que cette liste s’allonge. Car aujourd’hui qui peut encore réussir :

. 1’44’’99 – 2’00’’20 sur 800 m

. 3’34’’50 – 4’04’’50 sur 1500 m

. 13’15’’00 – 15’15’’00 sur 5000 m

.  27’40’’00 – 31’40’’00 sur 10 000 m

. 8’19’’00 – 9’36’’00 sur le 3000 m steeple

Seul Mourad Amdouni sur 1500 avec 3’35’’17 réalisés au meeting Areva peut encore chasser avec réalisme dans les eaux des minima (NDLR : à Monaco, Mourad Amdouni a réalisé les minima). C’est beaucoup plus compliqué pour Samir Dahmani et Sofiane Selmouni. Alors que pour les deux steepleuses de Tallinn, Maeva Danois, médaillée d’argent, record de France à la clef avec 9’40’’89, et Emma Oudiou, ainsi que pour Liv Westphal en or sur 5000 mètres en Estonie, ce Mondial arrive trop tôt dans leur carrière prometteuse.

Sauf bonnes surprises, avec seulement 3 athlètes retenus, la France pourrait donc aligner, en demi-fond, la plus petite délégation depuis la création de ce Mondial en 1983 à Helsinki.

En 14 championnats, le nombre de qualifiés du 800 au 10 000 a toujours été très variable avec une moyenne de 10 par Mondial, sans vraie logique, sans réelle constance. Le plus bas fut enregistré en 1993 à Stuttgart avec seulement 6 athlètes (B. Bitzner, F. Fates, R. Murcia, M. Essaid, A. Sergent, T. Brusseau) pour grimper à 15, le record,  pour le Mondial de Séville en 1999, soit 10 hommes et 5 femmes, dont 3 coureurs sur le 15 (N. Bosch, K. Chekhemani, D. Maazouzi) et autant sur le steeple (B. Tahri, G. Pencréach, V. Le Dauphin).

Avec le bilan mondial annuel, le nombre de qualifiés à cette rencontre planétaire reste un baromètre crédible pour mesurer le niveau de performance d’une discipline.

Avec seulement 3 qualifiés à ce jour, en 2015, le demi-fond français a pris un trou d’air. Analyse distance par distance :

 

800 mètres :

Renelle Lamote leader 800 femmes

Renelle Lamote leader 800 femmes

Pierre Ambroise Bosse est le leader qu’il manquait au 800. Mais cela ne suffit pas à booster une distance où les minima ont toujours été difficiles à réaliser. Pour preuve, en 14 championnats, seuls 19 français se sont qualifiés sur cette distance dont 14 hommes et seulement 5 femmes.

Autant chez les hommes que chez les femmes, la France a toujours composé avec ce déficit récurant.

Se qualifier pour un Mondial, la règle est simple, elle est sans appel : une seule garantie, courir sous les 1’45’’ pour les hommes et sous les 2’ chez femmes. Or seuls 6 français ont couru sous ces barrières symboliques au bilan tous temps (Bosse, Baala, Marajo, Collard, Lacasse, Aissat) et 11 femmes dont Renelle Lamote, 1’59’’39 cette année et tout récemment couronnée d’or à Tallinn chez les espoirs.

Autant dire que la marge de manoeuvre est très faible.

Un espoir cependant chez les femmes, avec dans le sillage de Renelle Lamote, la présence des 2 « Américaines » , Claudia Saunders (2’00 »63)  et Justine Fedronic (2’00 »41 en 2013, blessée cette année). La bataille olympique s’annonce passionnante.

 

1500 mètres :

Un Yoann Kowal qui décide de migrer vers le steeple et un Florian Carvalho ralenti par les blessures, et c’est tout le 1500 qui plonge alors que depuis 2009, la France alignait une équipe complète chez les hommes avec bien sûr un grand leader, Mehdi Baala, six fois sélectionné entre 2001 et 2011 .

Et le France 2015 qui s’est couru à Villeneuve d’Ascq, «en chien de faïence » n’est pas là pour rassurer. Florian Carvalho absent (il s’est d’ores et déjà fixé comme objectif les Europe de cross qui auront lieu en France), et c’est tout le 1500 qui s’enrhume. Mourad Amdouni veut se prouver qu’il est un coureur de 15. A 6 dixièmes des minima, il peut ouvrir une brèche (NDLR : c’est fait, Mourad Amdouni a réalisé les minima à Monaco) Les Cantero, Denissel, Dahmani ont-ils les moyens de suivre ? Quant à Alexis Miellet et Quentin Tison, ils doivent viser juste pour 2017.

Chez les féminines, le bilan actuel est plus que critique avec aucune athlète sous les 4’15’’, un océan sépare les françaises du niveau mondial. Avec 4’18’’50, on attend beaucoup de Cassandre Beaugrand, la championne de France de cross. Encore junior, la triathlète se donnera-t-elle les moyens de percer en demi-fond ?

 

5000 (3000) – 10 000 mètres :

Sur 5000 et 10000, le constat est connu, c’est le néant, autant chez les hommes que chez les femmes. La grande époque Sergent – Ohier – Murcia (Tokyo 1991) semble appartenir à la préhistoire.

Depuis 2001, le 5000 masculin est en crise avec un seul sélectionné lors de ces 6 derniers Mondiaux, Mourad Amdouni à Berlin en 2009.

Sur 10 000, le constat est identique. Les Français ont quitté le navire depuis longtemps. Les minima  sont à des années lumière du niveau actuel. En 22 ans, seuls 13 athlètes se sont qualifiés à un Mondial, 5 hommes et 8 femmes dont Christelle Daunay en 2011 et 2013.  Ismael Sghyr est le dernier Français à avoir couru une finale du 10 000 m dans un Mondial, à Paris en 2003.

Dans ce noir obscur, un rayon d’espérance chez les femmes, et ceci sur les 2 distances, avec Clémence Calvin bien entendu mais aussi avec Liv Westphal étincelante à Tallinn pour remporter le titre chez les espoirs. Sans oublier Sophie Duarte qui n’a peut être pas dit son dernier mot sur le tartan. 2016, l’année de la renaissance ?

 

3000 mètres steeple :

Dans l’histoire de ce Mondial, la France peut s’enorgueillir d’avoir réussi à aligner 8 fois une équipe complète, preuve de la compétitivité du 3000 mètres steeple homme, soit un total de 13 kowal acoureurs. Avec une mention spéciale pour Bouabdellah Tahri, 7 fois sélectionné.

Mais cette année, c’est le grand plongeon. Avec un Mahiedine Mekhissi en convalescence, la discipline pourtant phare marque le pas. A Pékin, Yoann Kowal sera le seul représentant français. Et derrière, la relève a du mal à émerger au dessus de la rivière. Le récent championnat de France en est la preuve. Noureddine Smail, après sa grave blessure, a du mal à revenir à son meilleur niveau et pour l’espoir Djilali Bedrani, 8ème à Tallinn, 8’40’’6 cette année, le Mondial reste encore une utopie même si le jeune steepler affiche une belle détermination.

Chez les féminines, on attend encore la digne successeur de Sophie Duarte qui rappelons le avait émergé en 2007 à Osaka en terminant 5ème de la finale. La finale des Europe espoirs a mis en évidence Maeva Danois (9’40’’89) et Emma Oudiou (9’44’’74). Toutes les 2 sont dans la bonne aspiration et peuvent même rêver de participer aux J.O. l’an prochain.

 

> Texte et photos : Gilles Bertrand