Naser, championne du monde du 400 m, ne sera pas suspendue

23 octobre 2020

La championne du monde du 400 mètres, Salwa Eid Naser, ne sera finalement pas sanctionnée alors qu’elle avait été suspendue provisoirement en juin pour 4 contrôles anti-dopage manqués en 11 mois. Une décision de relaxe qui suscite beaucoup de réactions hostiles, ulcérées de cette injustice. L’Agence Mondiale Anti-Dopage envisage de faire appel.

Une adresse bidon. Pas de téléphone. Un bon avocat. Et au bout du compte, une relaxe malgré quatre contrôles anti-dopage manqués ! La recette apparaît finalement très simple. C’est celle déployée avec succès par Salwa Eid Naser pour se sortir par la grande porte de ces loupés qui auraient dû lui coûter une suspension de deux années.

Cette affaire confirme une nouvelle fois que la technique du l’absence s’avère le plus souvent très avantageuse, évitant la découverte de produits interdits. Car les failles des contrôles se révèlent « juteuses » dans les procédures. Y compris s’il est quasi-certain que ces failles ont été organisées pour justement ouvrir la porte à des problèmes de procédure amenant à la relaxe.

Pour Salwa Eid Naser, un contrôle manqué a été particulièrement décisif pour s’en sortir la tête haute. Celui du 12 avril 2019. Il survient alors qu’elle a déjà été pointée absente le 12 mars 2019 et le 16 mars 2019. Ce troisième contrôle inopiné en un mois en dit long sur les soupçons de l’Athletics Integriy Unit à l’égard de cette sprinteuse du Nigéria devenue citoyenne du Bahrein… Mais ce jour-là, les choses ont dérapé pour lui offrir un drôle de quitus.

Le préleveur embrouillé par les faux numéros de rue

Ce 12 avril 2019, à Riffa au Bahrein, le contrôleur va en effet se retrouver face à une adresse qui n’existe pas ! Le numéro 964 indiquée par Salwa Eid Naser lors de sa localisation auprès de l’AIU apparaît être le numéro 954, et pour finir, c’est au numéro 12 que le contrôleur aurait dû sonner, les autres numéros correspondant à des stockages.

En résumé, un imbroglio complet pour ce contrôleur, avec une adresse qui n’est pas la bonne, une sonnette qui ne marche pas, un méli-mélo de numéros d’appartements et de rue, et comble de tout, aucun numéro de téléphone pour joindre l’athlète !

Un ensemble qui sonne faux, avec ces adresses bidon créées pour embrouiller les préleveurs. Et sans oublier l’histoire que Salwa Eid Naser n’avait plus de téléphone en cette mi-avril 2019 après avoir changé plusieurs fois de numéro. Comment imaginer que cette jeune femme de 22 ans, accro aux réseaux sociaux, ait pu accepter de rester sans téléphone quelques jours ???

Trois loupés en 10 mois, et pourtant pas de sanction

Malgré tout, ces arguments ont porté et ce contrôle n’est plus considéré comme un contrôle raté. Il ne reste ainsi « que » trois loupés en l’espace de 10 mois, entre mars 2019 et janvier 2020. Toutefois, une nouvelle fois, comme pour Christian Coleman, les règles se révèlent très avantageuses pour la jeune Eid Naser : le 12 mars 2019 devient daté du 1er janvier 2019. Et comme le 4ème test a été effectué le 24 janvier 2020, il ne subsiste plus que deux tests manqués. D’où la relaxe prononcée en faveur de Salwa Eid Naser…

Un air de déjà vu et le sentiment d’une sérieuse mascarade. C’est ce qui ressort des réactions publiées à travers le monde entier. L’indignation est à son comble, surtout à considérer que l’Athletics Integrity Unit n’a pas réagi avant le Championnat du Monde de Doha, face aux trois premiers contrôles manqués au printemps 2019.

Un laxisme évident qui a permis à Salwa Eid Naser de remporter le titre de Championne du Monde du 400 mètres, avec un chrono qui a donné des frissons aux observateurs les plus avisés. 48’’14, aucune athlète n’avait couru aussi vite depuis Jarmila Kratochvilova en 1983, et il s’en est fallu de très peu pour que le record du monde (47’’60) soit gommé ce jour-là. Or il n’y a plus de doute que la performance de Marita Koch en 1985 avait été obtenue dans un contexte de dopage étatique généralisé en Allemagne de l’Est…

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photo : D.R.