Mounir Acherki a grandi au pied de ces tours du quartier Europe

Mounir Acherki a grandi au pied de ces tours du quartier Europe

Le cas Mounir Acherki présente une grande originalité. L’athlète de Colmar n’a subi aucun contrôle positif. Mais il a fait l’objet d’une procédure judiciaire auprès du Tribunal Correctionnel, suite à la plainte déposée contre lui par une athlète de son ex-club, le CAC 10.
Pour spe15.fr, nous sommes partis à Colmar sur les traces de Mounir Acherki, pour mieux comprendre cette affaire étonnante, où l’athlète avoue sans détour son dopage effectué dans le but de valoriser le CAC 10, club qu’il avait créé avec l’ambition de sortir les jeunes de leur quartier…

 

Jeudi 19 novembre. Dans les ruelles de la vieille ville de Colmar, on s’active à embellir ce petit bijou architectural, pour le magnifique marché de Noël que la préfecture vient juste d’autoriser. Magasins, restaurants, hôtels rivalisent de décors originaux que des milliers de visiteurs découvriront dès le lendemain sur les superbes maisons en colombages, et le long de la fameuse « Venise Verte ».

Il suffit de passer la voie ferrée vers l’Ouest, et l’on voit Colmar la prospère s’évader. On dépasse sur la droite les anciennes casernes Capitaine Dreyfus reconverties en bureaux, sur la gauche le vieil hôpital Pasteur, et le quartier Europe s’étale, ses immenses tours s’encastrant les unes derrières les autres, symbole d’une banlieue très populaire. Face à la Mosquée, on effectue un crochet vers la droite, et on découvre le Stade Nautique, la Patinoire, et le Stade de l’Europe, fief de l’athlétisme colmarien depuis plus de 50 ans.

 

JEAN PIERRE HOERNER, avec Mounir Acherki, le chaud et le froid

Une arène en travaux, où les athlètes, avant d’attaquer leur séance, se changent dans une tribune balayée par un vent humide. Jean-Pierre Hoerner ne tarde pas à apparaître. Le Président du Pays Colmar AC est rarement absent un soir d’entraînement. La passion chevillée au corps depuis plus de 50 ans dans le monde de l’athlétisme, athlète d’abord, puis dirigeant du club local, et depuis près de 20 ans d’un regroupement issu de l’association des six structures des environs.

Cet ancien prof d’EPS au lycée Bartholdi en a vu passer des générations d’athlètes dans ce petit écrin qu’il a vu bâtir dans cette zone alors inhabitée. Mounir Acherki en fait partie, et Jean-Pierre Hoerner n’élude pas nos questions sur le parcours de celui appelé à comparaître le lendemain au Tribunal Correctionnel de Colmar pour répondre sur les faits de détention de produits dopants et d’usurpation d’identité.

Il égrène tranquillement ses souvenirs sur celui qu’il a connu gamin, de même que son frère, coureur de semi-marathon, licencié au club de 2004 à 2011. Il se rappelle ainsi les polémiques autour du montant des primes versées selon les performances aux athlètes du club, avec Mounir acceptant mal que Jérôme Haeffler , champion de France de javelot, touche une somme plus élevée que lui, en argumentant que personne ne pratique le javelot alors que la discipline du 1500 mètres est bien plus répandue… Dans un club ne fonctionnant qu’avec des bénévoles dévoués, capables de passer leurs soirées sur le stade à longueur d’année et par tous les temps, il se souvient également des tensions créées lorsque Mounir Acherki demande un emploi salarié.

Jean-Pierre Hoerner en est convaincu, le club a fait son maximum pour accompagner le jeune athlète, et il se souvient encore du choc vécu à l’annonce du départ de Mounir Acherki pour l’ASPTT Nancy : « Un vendredi soir, il me présente un coureur de 800 mètres souhaitant intégrer le club. Trois jours plus tard, on m’annonce qu’il a changé de club. J’ai cru à une plaisanterie ! »

Malgré sa déception à voir s’envoler un fleuron du club, capable de ramener de jolis points pour le rendez-vous des interclubs, Jean-Pierre Hoerner entend les arguments de son ex-licencié : « Il m’a expliqué qu’ils étaient champions de France du 4 fois 800 m, qu’il avait l’ambition de faire quelque chose là-bas et qu’il reviendrait chez nous dans 2-3 ans. »

La création du CAC 10, et les relations deviennent tendues

Les relations demeurent cordiales, jusqu’au moment où Jean-Pierre Hoerner découvre l’existence du CAC 10, un club d’athlétisme créé par Mounir Acherki et un ami très proche, Salah Saber, autre jeune talent du club, en lien avec le Collectif Belgrade, une association de quartier située à proximité. Les tensions s’accroissent à mesure que le CAC 10 s’étoffe, même si les chiffres demeurent timides, avec une vingtaine de licenciés. Mais les dissensions s’amplifient avec le refus du duo de s’affilier au Pays Colmar AC.

Au point que ces deux dernières années, les deux Présidents ne s’adressent plus la parole sur ce stade de l’Europe qu’ils partagent au quotidien. Jean-Pierre Hoerner le souligne, c’est sur son insistance que la Mairie aurait accepté un accès en open pour les quatre clubs locaux, le PCA, le Colmar Marathon, le CAC 10 et le triathlon. Même si le Président de l’Office Municipal des Sports interrogé par mes soins admettra qu’il a fallu un certain temps avant que les athlètes du CAC 10 puissent s’entraîner sur ce stade.

Des relations glaciales que Jean-Pierre Hoerner rompt après le chrono de 29’10’’ que Mounir Acherki réalise lors de la Prom’Classic à Nice début janvier 2015 : « Je l’ai félicité et il a accepté. » Même si ce vieux briscard de l’athlétisme souligne : « J’ai été très surpris. Moi, je m’occupe plus de la vitesse et des jeunes. Mais je sais que beaucoup se sont questionnés. Moi, je n’ai pas pensé au dopage, il était doué. A Nancy, il avait changé d’entraîneur, souvent les athlètes changent pour progresser.»

Pourtant, la problématique d’un dopage lui apparaît avec acuité quelques mois plus tard à la faveur d’un contrôle inopiné diligenté par l’AFLD au Stade de l’Europe. Jean-Pierre Hoerner est formel : « C’était un contrôle ciblé. Le médecin avait un nom, celui de Mounir. Mais il était parti, il avait dit qu’il voulait courir en dehors du stade. » A peu près dans les mêmes périodes, le Président de la Ligue d’Alsace, un ami de plus de 40 ans, lui évoque quelques problèmes du côté d’Acherki, et il apprend que Salah Saber, l’autre co-dirigeant du CAC 10, exige d’Acherki qu’il ne se présente plus sur le stade pour entraîner et courir. Nous découvrons le lendemain à l’audience du Tribunal Correctionnel que cette décision fait suite aux aveux par Mounir Acherki de son usage d’EPO quelques semaines plus tôt à ses deux amis, Salah Saber et Vanessa Ouar, provoquant ensuite le dépôt d’une plainte par cette dernière.

A l’annonce de ce dopage, Jean-Pierre Hoerner l’avoue, il ne comprend pas, et cet ancien enseignant ne peut envisager qu’une seule explication : « Un problème de reconnaissance. » Avant de souligner : « C’est dommage, il aurait pu être reconnu comme coach. Car je le répète, c’est un très bon entraîneur, il s’occupait très bien de ses athlètes. Ainsi, il a fait un travail humain exceptionnel avec Maëlle Dietrich, pendant sa période de blessure. » La mutation de cette vice-championne de France du 1500 mètres cadettes, du club du Pays Colmar AC, vers le CAC 10, a suscité des tensions fortes entre les deux clubs, et l’entraîneur Michel Baumann livre crânement le fond de sa pensée sur Mounir Acherki : « Je ne suis pas d’accord de dire qu’il est un bon éducateur. En fait, il a pris des athlètes à nous, formés par Jean Paul Bertolazzi. Je ne suis pas du tout sûr de sa méthode. Il veut aller trop vite. Maëlle Dietrich s’est ainsi retrouvée avec une fracture de fatigue. Mais je reconnais tout de même qu’il se donnait du mal pour ses athlètes, qu’il mouillait sa chemise. »

Jean-Paul Bertolazzi, formel : Acherki ne valait pas moins de 3’47 »

Au pied des tribunes, bien campé sur le bord de la piste, Jean-Paul Bertolazzi ne cille pas, même si la pluie tombe drue sur son chapeau de cuir bien enfoncé sur ses oreilles. L’entraîneur n’en a cure, endurci par 35 ans passés à entraîner, le soir après son travail de cadre chez Peugeot, et maintenant en parallèle de sa retraite. Cet ancien a vu défiler dans cette arène de Colmar des générations de gamins, mais il se rappelle parfaitement de Mounir Acherki, qu’il affirme avoir entraîné entre 15 et 18 ans. Et son jugement est clair et précis : « Non, il n’avait pas de talent. Mais c’était un bosseur. Il travaillait. Il était vraiment dur au mal. En cadet, il était déjà bien, il courait en 3’54’’, puis il est descendu à 3’51’’ avec moi. Ensuite, il a été son propre entraîneur. » Pourquoi cette séparation ? « Il avait pris la grosse tête. Moi, je suis sévère. Si on ne suit plus les consignes, on arrête l’entraînement. »

Alors, quel regard ce technicien a-t-il porté sur le chrono de 3’42’’ 39 réalisés par son ex-protégé en mai 2014 ? Jean-Paul Bertolazzi assène sans détour : « Pour moi, ce n’était pas normal. On ne descend pas les secondes comme ça. » Et d’affirmer haut et fort : « Il ne pouvait pas courir sous les 3’47’’. » Et le chrono de 29’10’’ le heurte également : « C’était impossible ! »

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GUILLAUME ZEKRI, l’athlète devenu gendarme du dopage

Le point de vue n’est guère différent chez Guillaume Zekri. Nous le rencontrons le lendemain, dans le couloir du Tribunal Correctionnel. Son physique détonne dans ce cadre, avec sa tenue sport, sa tignasse toute frisée et son regard pétillant. Guillaume Zekri est venu assister en curieux au procès de celui qu’il a contribué à amener dans cette enceinte. Ce jeune trentenaire compte parmi les délégués régionaux de l’AFLD, et il accepte d’évoquer cette affaire qui lui tient à cœur. Parce que ce spécialiste du 400 m haies de niveau national, a longtemps été licencié au club de Pays Colmar. Après ses études en STAPS, il officie maintenant comme entraîneur sprint-haies au Pôle Espoirs de Strasbourg, en parallèle de sa fonction à l’AFLD.

A Colmar, le hurdler a ainsi côtoyé Mounir Acherki, qu’il décide de placer sous surveillance, dans des conditions qu’il nous explicite : «On le surveillait depuis quelques années, 2 ou 3 ans. Ce n’est pas une performance en particulier qui avait attiré notre attention. Je suivais ses résultats depuis 2-3 ans. Même avant qu’il fasse ses 3’42’’, on le suivait. Ce n’était pas à cause de rumeurs, car on est vigilant sur les rumeurs, cela vient souvent de jalousies. Mais il y a les performances, il y a aussi les attitudes qu’on observe à l’entraînement. Quand on a l’œil d’un entraîneur, sans prendre les chronos, on voit les attitudes d’athlètes sur le stade, ça paraît facile, ça va très vite, on est alertés. Il y avait aussi certaines fréquentations.»

Guillaume Zekri a utilisé toute sa science de l’entraînement pour disséquer les résultats de Mounir Acherki, et tient d’abord à souligner à quel point il adhère à l’idée que l’entraînement peut amener des améliorations de performances : « Je suis coach. Bien sûr que je peux croire que les perfs progressent avec l’entraînement. On s’entraîne pour ça. Des choses peuvent évoluer et permettre des progrès. Mais Mounir n’avait plus 22 ans quand il a explosé ses chronos. »

Il balaie également l’argument avancé par Mounir Acherki pour justifier son chrono de 3’42’’ de mai 2014, puis ses 29’10’’ de janvier 2015, en arguant du changement d’entraîneur de Jean Paul Bertolozzi à Frédéric Fabiani à Nancy : « On aurait pu y croire, car ce sont deux systèmes très différents d’entraînement. Mais il n’est pas passé directement de l’un à l’autre. Il a été entraîné par Isabelle Logeart à Strasbourg, en même temps que Saber Salah. Je le voyais sur le stade. Et on peut dire qu’à son âge, il avait déjà optimisé plein de paramètres de l’entraînement. Alors 3’42’’ à 33 ans, c’était douteux, et encore plus ses 29’10’’. »

Une surveillance basée sur les performances, les attitudes, les fréquentations

Guillaume Zekri l’affirme, cette suspicion incite à des contrôles anti-dopage à l’encontre de Mounir Acherki, il n’en connaît pas exactement le nombre. Aucun contrôle positif n’apparaît. Pourquoi ? Il nous explique que certains contrôles programmés n’ont pu être effectués, faute de trouver Mounir Acherki, comme au Stade de l’Europe ce printemps, et que d’autres contrôles sont revenus négatifs : « C’est le problème des dosages. L’AFLD applique les règles fixées.» Pour lui, Mounir Acherki utilisait des micro-doses d’EPO empêchant la détection.

L’affaire va s’emballer à la faveur d’une réunion en janvier 2015 d’une commission de plusieurs intervenants actifs dans le domaine de l’anti-dopage. Guillaume Zekri y apprend que les douanes ont intercepté en janvier 2014 un paquet contenant 10 ampoules d’EPO en provenance de Thaïlande. C’est la confirmation de la véracité de ses soupçons que lui apporte cette information, il peut alors constituer un dossier à charge auprès du Procureur de la République, en complément de la plainte déposée un peu plus tard par Vanessa Ouar.

En ce vendredi matin du 20 novembre, dans le grand hall du tribunal, Mounir Acherki et Guillaume Zekri se sont retrouvés, et ont échangé quelques mots. C’est la première fois depuis longtemps que les deux hommes sont face à face, et le jeune homme révèle leur dialogue : «Il m’a avoué qu’il est stressé, et intimidé. Il est inquiet de ce qui l’attend. Il m’a dit qu’il avait eu au téléphone le directeur des contrôles, qui lui a demandé s’il avait des noms, des gens, sur lesquels il voulait collaborer, et il a dit que non, qu’il avait fait son truc tout seul. A moi, il ne m’a rien dit directement pour m’accuser d’avoir suivi l’affaire, et dénoncé les faits. »

Malgré tout, on sent Guillaume Zekri troublé par la grande tension émanant de Mounir Acherki : «Il est touché. Ce qui me fait le plus mal, c’est que les sportifs soient dans ces situations. Alors qu’il devrait le savoir : il récolte ce qu’il a semé. Il n’était pas dans l’ignorance et d’ailleurs, il le dit lui-même. La plupart des sportifs ne s’imaginent pas des affaires judiciaires. Ils pensent qu’ils seront sanctionnés, qu’ils ne pourront plus courir pendant quelques temps. Mais se dire qu’on passe au tribunal, alors qu’on n’est pas un brigand, qu’on ne l’a pas été dans toute sa vie, c’est difficile. »

Un fossé entre les deux clubs

Guillaume Zekri en prend d’autant plus la mesure que le parcours de Mounir Acherki lui est familier, il a ainsi suivi la dégradation des relations avec les dirigeants du Pays Colmar, puis la création de son club, mené avec Saber Salah : « Je connais bien Jean-Pierre Hoerner, il a été mon prof d’EPS au Lycée, le président de mon club, et je travaille encore avec lui pour le montage du plateau du meeting de Colmar. Il y avait un vrai fossé entre les dirigeants de Colmar et les deux jeunes. Ils avaient une vision différente des choses. Pour moi, ce n’était que des détails sans importance, mais cela provoquait des disputes entre eux. »

A la question sur la rumeur distillée dans Colmar d’un club bâti dans un esprit de communautarisme, Guillaume Zekri rétorque : « Au début, le club n’a pas été créé dans une optique communautariste. Bien sûr, cela pouvait être vu comme ça, par de simples clichés. Mais ils ne se plaçaient pas dans cette optique, ils voulaient avoir leur propre structure, pour travailler avec les gens du quartier.»

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SABER SALAH, l’homme invisible

Un projet fomenté par Mounir Acherki et son ami Saber Salah, que Guillaume Zekri connaît parfaitement pour avoir partagé les bancs de la Faculté de STAPS à Strasbourg. Saber Salah a été un surdoué de l’athlétisme, en Equipe de France pour le Championnat d’Europe de cross dès la catégorie junior, champion de France junior du 1500 mètres, pointé dans le top 15 au France de cross junior. Et Guillaume Zekri de confier combien son parcours le surprend   : « C’était aussi un très bon élève. Il est parti 1 ou 2 ans aux Etats-Unis, il y a couru en NCAA, il y a obtenu un MBA en management. Il a eu des propositions de travail là-bas. Mais il est revenu à Colmar pour intégrer le Collectif Belgrade, une association de quartier. Déjà en 2ème année de STAPS, je me souviens qu’il parlait d’agir pour son quartier. Et je comprends que Saber soit très déçu aujourd’hui. C’était son ami, et l’image qu’il voulait donner n’était pas celle-là. Et puis dans le quartier, les gens discutent et le regardent en disant qu’il n’a pas couvert son pote. »

Saber Salah s’est épanché dans la presse locale sur les soupçons de dopage qu’il aurait conçus dès le début 2015 à l’encontre de son ami, qui aurait alors nié avec vigueur. A l’annonce de la garde à vue de Mounir Acherki, fin septembre, Fabien Rouschop, journaliste sportif pour le quotidien l’Alsace, a relayé ces propos au grand mécontentement de Saber Salah, arguant qu’il les aurait tenus en « off », ne souhaitant pas qu’ils deviennent publics.

Le Collectif Belgrade, au service du quartier

En cette veille de procès, Saber Salah ne veut plus parler. A nos demandes de rendez-vous, il répond par un SMS, en refusant de s’exprimer « car cette histoire est douloureuse pour toutes les parties prenantes. Certains propos ont été mal exprimés, relayés ou interprétés. Je vous prie de bien vouloir faire le moins de commentaires supplémentaires par respect et pudeur. » Il consent à quelques mots au téléphone, où il répète à l’envie cette ligne de conduite, en affirmant ainsi : « Il faut arrêter d’en parler. Ce n’est pas un criminel, ou un terroriste. »
Saber Salah se terre au 12ème étage de sa tour de la rue Belgrade. La porte du très modeste local du Collectif Belgrade, où il exercerait une fonction d’animateur rémunéré par la Mairie de Colmar dans le cadre des actions sur les quartiers Ouest, demeure close. Saber Salah refuse à nouveau notre demande de rencontre par un curieux SMS : « Non, j’ai été clair pourtant, je ne souhaite pas m’exprimer. Vous êtes à la limite du harcèlement. »

Une animosité étonnante de la part de ce protagoniste d’une affaire terriblement troublante, mais qu’on comprend mieux quelques heures plus tard à la lecture de l’acte d’accusation par le Président du Tribunal Correctionnel : Saber Salah avait reçu dès fin avril-début mai les aveux de son ami d’alors sur son utilisation d’EPO, mais il n’a nullement relayé ces infos ni dans la presse, ni de manière plus officielle.

Quartier de l'Europe, rue de Belgrade, siège du CAC 10

Quartier de l’Europe, rue de Belgrade, siège du CAC 10

 

La FFA, une grande absente

En finale, Vanessa Ouar sera la seule à se porter partie civile dans le procès de Mounir Acherki. Paradoxalement, le monde du sport apparaît totalement absent de cette enceinte, la FFA ne s’étant pas associée à cette procédure. Michel Marle, Monsieur « Dopage » à la FFA, me l’avoue d’ailleurs sans détour : « Nous n’avons découvert cette affaire qu’il y a une dizaine de jours. Le dossier a traîné. On en a discuté avec le Président, il a évoqué de se porter partie civile, mais c’était trop tard. »

Une méthode que la FFA avait pourtant expérimentée dans le passé, avec l’affaire Fodil Dehiba, où elle s’était portée partie civile. Elle avait reçu un euro de dommages-intérêts, en parallèle de la condamnation à cinq mois fermes du mari de Hind Dehiba, pour avoir été trouvé en possession d’hormone de croissance.

Pourquoi un scénario aussi différent pour Mounir Acherki ? Michel Marle de rétorquer : « Oui, la FFA peut encore se porter partie civile. Mais sur ce dossier, on n’a rien fait. Ce n’est pas une volonté. On est très exigeant. On est la Fédération qui porte le plus d’attention au problème du dopage. »

L’affaire Acherki a fait les gorges chaudes du monde de l’athlétisme, mais à la FFA, on n’a reçu aucune information de la justice. C’est ainsi que Michel Marle apprend de ma bouche la condamnation prononcée à l’encontre de Mounir Acherki et se récrie : « 4 mois avec sursis, ce n’est pas grand-chose ! »

Michel Marle détaille la procédure disciplinaire à suivre, aucun dossier n’étant encore constitué à la FFA. Le premier préalable sera celui de s’assurer de la possession ou non d’une licence par Mounir Acherki, et la réponse étant négative, le dossier sera transmis à l’AFLD, la FFA n’étant plus compétente.

Et cela même si les aveux de Mounir Acherki valident son dopage dès le printemps 2014, à une date où il était encore licencié à la FFA : « On ne peut plus agir sur cette période-là. Même si les faits sont avérés à cette époque. Actuellement, il n’est plus connu de la FFA s’il n’est pas licencié, et on ne peut plus prononcer de décision. Il y aurait le risque d’un recours de sa part auprès du Tribunal Administratif. »

Et Michel Marle l’admet avec un peu de gêne : « Oui, actuellement, Acherki pourrait courir s’il le souhaitait.. »

Texte : Odile Baudrier
Photos: Gilles Bertrand

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