Gilles Garcia, et une partie des athlètes de son groupe demi-fond

Gilles Garcia, et une partie des athlètes de son groupe demi-fond

Gilles Garcia chapeaute à Montpellier un groupe de talentueux demi-fondeurs, parmi lesquels Leo Morgana, Nasredine Khatir, Florian Lespinasse… rassemblés au sein d’un centre de formation régional. Ce passionné d’athlétisme y distille une méthode rodée, entre St Etienne et Fontainebleau, et les titres de champions de France suivent.

 

Pour simplifier, on pourrait découper la vie de Gilles Garcia par décades. La première s’étale entre 1980 et 1990, il est alors athlète. La deuxième l’amène à la fin des années 2000, elle s’orchestre autour de sa fonction d’entraîneur à Fontainebleau. La troisième débute en 2001, il s’est installé à Montpellier, il y enseigne au CREPS. La quatrième s’ancre autour du MAM, le club rassembleur de Montpellier, mis sur pied en 2010 et sur la création du centre de Formation Régional.

Pratiquement un demi-siècle décliné autour d’une seule passion : l’athlétisme. Gilles y est tombé tout jeune, à St Etienne, sa ville natale, et dès junior, il s’illustre, avec une sélection au Mondial de cross. Quelques années plus tard, il finira 5ème au France sur 3000 m steeple, avec un record à 8’42’’. Il évolue alors sous les couleurs de Firminy ACO, et sous la houlette de Camille Viale. L’entraîneur référent de l’époque, (prématurément décédé par la suite) inspirera Gilles, qui avoue : « Il y a un lien entre mon vécu et mon expérience actuelle. » Et ce lien s’appuie sur un élément fort : le groupe. Un concept bâti en son temps par Camille Viale, le jeune Gilles a ainsi évolué au milieu des Clouvel, Collard, Padel, Villeton, Louison, athlètes phares dans ces années-là, tout ce petit monde s’entraînant au quotidien ensemble.

Un leitmotiv que Gilles Garcia a repris à son compte maintenant qu’il chapeaute « son » groupe, celui du Centre de Formation de Montpellier. Et à tous ses protégés, il distille le même message : « Votre progression passe par le groupe. » C’est ainsi que coureurs de 800 mètres, comme Léo Morgana, Nasredine Khatir, de 400 mètres, comme Anouar Baraka, ou de 5000 mètres, comme Aissa Boucheliga ou de 1500 mètres, comme Clémentine Chamot ou Manon Pareau, se retrouvent côte à côte dans les séances, pour se tirer tour à tour au gré des sensations des uns et des autres.

Entre St Etienne et Montpellier, l’ex athlète devenu professeur d’EPS a eu le temps de rôder sa méthode, sans jamais s’éloigner de ses bases, par exemple, l’importance du travail en côtes. Un aspect qu’il tient d’une autre référence, Pierre Lévisse, et il aime à rappeler comme celui-ci utilisait la fameuse côte des Gardes pour évaluer son état de forme hivernal.

C’est du côté de Fontainebleau qu’il a bâti sa première vraie expérience de l’entraînement, il devient entraîneur du club local et du pôle espoir, amorçant ainsi la relève du couple Verzier, maître d’œuvre alors de ces structures. Avec lui, un autre débutant, Thierry Choffin, qu’on retrouve également 20 ans plus tard patron d’un groupe demi-fond très performant. Les deux copains de l’époque reproduisent le schéma défini par le couple Verzier, les filles d’un côté, coachées par Gilles Garcia, les garçons de l’autre managés par Thierry Choffin. Et dans chaque groupe, un enfant Garcia, toute la famille étant piquée par le même virus. C’est ainsi qu’au Championnat de France de cross 1997, on retrouve Céline, 2ème chez les cadettes, le fils Michel, et Sylvie, la maman ! L’année suivante, Céline marchera sur les traces de son père, en équipe de France junior pour le Mondial de Marrakech. Et son équipe de filles devienne aussi championne de France de cross par équipes à Carhaix en 2000.

La rencontre avec Richard Descoux

Début 2000, le couple Garcia quitte la région parisienne et met le cap sur Montpellier, pour des raisons familiales. Le prof d’EPS est nommé au Creps, en charge de la formation des éducateurs-sportifs, et un très heureux hasard fait qu’il s’y retrouve propulsé aux côtés de Richard Descoux, alors nommé directeur du CREPS. L’ex-entraîneur toulousain émerge juste de son mandat de Directeur Technique National à la FFA, qu’il a achevé dans la douleur après l’échec des Jeux Olympiques de Sydney.

Ces deux experts dressent un bilan simple de la situation de l’athlétisme à Montpellier : « C’était très compliqué. Il y avait beaucoup de clubs rivaux. » Et de conclure à la nécessité de réunir tous ces clubs dans une même entité. Ce sera le MAM « Montpellier Athlétisme Méditerranée » qui est enfin créé en 2010 : « On a mis du temps ! » Ce gros mastodonte rassemble le MUC, le Montpellier Athlétisme, et tous les petits clubs de la région figurant encore en sous-sections.

Gilles Garcia ne s’arrête pas là et utilise son acquis du Pôle Espoir de Fontainebleau, pour s’attaquer à la création d’un centre de formation, financé par le Conseil Régional, offrant l’avantage de conditions de préparation privilégiées, entre les kinés, les médecins, la préparatrice mentale, plusieurs stages annuels, l’utilisation libre des infrastructures du CREPS, et les conventions passées avec IUT ou Universités pour aménager les durées d’études.

De gros talents de Montpellier

La réussite sera vite au rendez-vous de l’expérience, et Gilles, qui assume la coordination et l’entraînement du groupe demi-fond, souligne : « On a eu de la chance ! » Celle d’accueillir de gros talents, comme Leo Morgana, Nasredine Khadir, Florian Lespinasse, tous les trois de Montpellier. Et il confie : « On est tombés sur une génération exceptionnelle. Pourquoi ? Je ne peux pas l’expliquer… » Le coach a le triomphe modeste, et veut oublier que l’ambiance créée n’est pas pour rien dans l’investissement des jeunes athlètes, qu’il a su attirer dans cette pratique, et conserver au fil du temps.

Dès la 2ème année du centre, ses protégés confirment et alignent les titres, Léo Morgana, champion de France junior, Nasredine Khadir, champion de France cadet, Lucas Muller, 3ème sur 1500 mètres. Cette saison 2012 marque un virage, la réussite attire d’autres athlètes, comme Clémentine Chamot, venue d’Annecy, Manon Parea, de Fontainebleau, ou encore Florian Lespinasse, devenu ensuite champion de France junior du 800 mètres en 2014.

Trois années plus tard, le groupe compte une quinzaine de membres, le job de Gilles Garcia ne se limite pas à de simples conseils d’entraînement. Il souligne : « Mon rôle est de créer une bonne dynamique entre eux. » Avec l’écueil de driver au quotidien des athlètes devenant ensuite adversaires sur la piste, et il avoue : « J’ai eu peur de problèmes entre Léo et Nasredine. Mais même s’ils ne se font pas de cadeaux, ils arrivent à bien le gérer. »

Sur un plan technique, il s’est aussi attaqué à un véritable challenge : bâtir un entraînement individualisé et programmer le plus de sorties possibles en commun, ou au minimum aux mêmes endroits. Démonstration de cette dynamique avec la séance de côtes au programme de cette journée, car il l’admet : « Ce n’est pas ce qu’ils préfèrent ! » Et de leur répéter les consignes : rester le plus possible ensemble, comme il leur recommande pour les footings, l’union sacrée éclatant seulement lors des séances spécifiques où chacun évolue à son rythme propre. Fidèle en cela à son leitmotiv qu’il conserve à travers les années : « A l’entraînement, on donne le meilleur, chacun apporte à l’autre. »

Avec les différences de niveaux et les contraintes d’emplois du temps, un sous-groupe s’est formé, avec Leo Morgana, Nasredine Khatir, Anouar Baraka et Bastien Perez, tous les quatre du même âge et étudiants, en STAPS ou IUT. Leurs distances de compétition ne sont pas les mêmes, mais peu importe pour le coach, qui souligne : « C’est important d’être ensemble. Camille Viale l’avait compris. Philippe Collard courait sur 800 m et moi, sur steeple, mais cela nous a fait beaucoup évoluer. »

Et les performances de ses protégés confirment que cette alchimie collective, socle inamovible de la méthode Garcia, fonctionne parfaitement.

 

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photo : Gilles Bertrand