Maxime Hueber-Moosbrugger  a un esprit cartésien. Il mène de front triathlon et cross au niveau international, études supérieures et saxophone. De retour lundi dernier d’une Coupe d’Europe de triathlon au Portugal, le médaillé de bronze des France de cross a atterri en Chine aujourd’hui. Lui aussi participera à son premier Mondial et veut avant tout apprendre.

 

Enfant, à partir de 4 ans Maxime accompagne ses parents lors de longues sorties VTT. Egalement, il suit sa mère lorsqu’elle court dans les environs d’Oberlauterbach. Petit galop dans le temps, les années passent, au collège, ce garçon découvre le cross via l’épreuve scolaire, qu’il remporte à partir de la 5e. Ce qui l’encourage à prendre sa première licence.

Maxime Hueber-Moosbrugger très combatif aux Mureaux

Maxime Hueber-Moosbrugger très combatif aux Mureaux

Hamid-El Fatni, l’un des entraîneurs du club a l’œil. Il le remarque et lui demande de courir un 1000 mètres. Surpris par son chrono de 3’02’’, le coach l’encourage à persévérer. Mais en minime, dans la région il trouve plus fort. Notamment un certain Baptiste Mischler, finaliste des JOJ sur 1500 mètres en 2014. Mais cadet il se révèle en remportant les France de cross coup sur coup, 2012 et 2013 et en portant le record de France du 10 km à 30’45’’. L’année suivante, c’est le petit couac du Pontet, il perd une chaussure dans le bourbier et se contente de la 6e place. Zen il admet : « J’ai commis une erreur. Je ne l’avais pas lacée assez. Maintenant je fais attention. Comme quoi on apprend tous les jours » Une étourderie qu’il ne réitère pas aux Mureaux, où il complète le podium derrière Julien Wanders et Fabien Palcau.

Parallèlement, ce jeune alsacien surprend en triathlon, une discipline découverte un peu par hasard reconnaît-il : « En 2011, minime 2 après les France de cross UNSS, où je me classe 3ème, on me propose d’essayer le triathlon. Je courais, je nageais, je faisais du VTT, mais jamais je n’étais monté sur un vélo de route. Malgré tout, cette année-là, je décroche le titre de champion de France de duathlon et celui en triathlon ».

Entre-temps, ce grand gabarit d’1,86 mètres a intégré l’équipe de France junior de cette discipline avec à la clé une 3e place aux Europe et une 16e aux Mondiaux l’an passé.

Au fond à quoi se résume le ressort de la motivation pour ce cannibale jamais rassasié ? Aucun élément métaphysique, ou bucolique ne sont avancés, mais un argument bien concret est mis en avant dans un cri du cœur : « J’ai commencé à me faire vraiment plaisir quand j’ai débuté la compétition. J’apprécie cet état d’esprit et vaincre à l’issue d’une rude confrontation. Et quand les résultats suivent, ça booste »

Cependant, bien qu’ils soient complémentaires, pratiquer ces deux sports à haut niveau place parfois Maxime face à des dilemmes, lorsque les calendriers se télescopent. Pour ne pas surcharger la barque, afin de ne pas sombrer. C’est pourquoi il hésita avant d’accepter cette nouvelle sélection pour le Mondial de cross.  Un compromis fut trouvé avec son entraîneur et la FFA, car en son fort intérieur il ne souhaitait pas passer à côté de cette unique opportunité. Il est affirmatif lorsqu’il déclare : « Refuser une telle sélection, alors que l’on est qualifié, cela ne se fait pas ».

Finalement, il s’est rendu au Portugal pour s’aligner à une Coupe d’Europe de triathlon, sachant qu’une semaine plus tard, enchaîner avec ce grand championnat apparaissait plausible : « Grâce au triathlon, je peux me permettre 18 à 20 heures d’entraînement. Ce qui ne serait pas concevable en course, sauf à ne pas vouloir durer. Concernant l’athlétisme, je me concentre essentiellement sur la qualité. Le foncier, je l’assure en vélo et en natation, des sports portés qui préservent de traumatismes liés au martèlement du macadam. Et cette variété évite de se lasser ».

Je vais échanger avec les athlètes étrangers au sujet des méthodes d’entraînement

Alors comment concilier un tel volume avec un curcus universitaire ? Dès la première, cet adepte de la multiplicité intègre une section sportive du lycée Henri Meck à Molsheim, où les horaires sont adaptés à ces stakhanovistes du sport. Pui, le Bac S en poche, direction Mulhouse où dans un IUT, il prépare un DUT en Génie Electrique et Informatique Industrielle avec une scolarité répartie sur 4 ans au lieu de 2. Un système combinant harmonieusement sport et études permettant même à ce junior de profiter de loisirs. Musicien, le saxophone lui permet de s’évader. Pareil, il ne dédaigne pas les sorties avec des amis « Non sportifs » : précise-t-il, pour s’ouvrir à d’autres univers.

Lucide quant à ses attentes au sujet des Mondiaux de Guiyang, il sait que jouer les premiers rôles face aux Africains risque de s’avérer très compliqué. Malgré tout s’accrocher au rêve d’une médaille par équipe ne s’assimile pas à une mission impossible, au regard de l’homogénéité du collectif et de sa qualité. Et à l’image de Fabien Palcau, ce rendez-vous doit lui permettre de se confronter aux meilleurs Européens. « Cela va être intéressant. Dans ce contexte très relevé tout le monde va se donner à fond et nos adversaires habituels ne pourront pas se permettre de temporiser » : analyse-t-il.

Une expérience unique pour apprendre : « Germanophone et anglophone, je vais échanger avec les athlètes étrangers au sujet des méthodes d’entraînement. Je regarderai les épreuves seniors. Ce qui permettra de comparer leur vitesse et comment ils fonctionnent sur le même parcours. Et jamais je ne me suis déplacé vers l’Est. Donc je vais apprendre en matière de décalage horaire et de récupération dans cette direction ».  Comme quoi tout est bon dans le cross pour « perfer » en triathlon !

> Jérémy Picard avec la rédaction de SPE15 – Photos G.B.