Marie José Pérec

Marie José Pérec

 

Marie José Pérec souhaite voir les records du monde supprimés en raison des soupçons de dopage qui les entourent. En particulier celui du 400 m de Marita Koch, qu’elle pointe du doigt ostensiblement. Pourtant la triple championne olympique a évolué plusieurs mois sous la houlette de Wolfgang Meier, le coach est-allemand de Marita Koch, lors de sa préparation pour les JO 2000.

 

« Maintenant je crois qu’il est possible de courir le record du monde sans dopage ». Les propos de Marie José Pérec sont clairs. La Française les tient en mai 2000. Elle est alors installée à Röstock, la ville de Marita Koch, l’une des athlètes phares de l’Allemagne de l’est, Marie José Pérec y a rejoint Wolfgang Meier, l’entraîneur et mari de la sprinteuse est-allemande, l’homme qui l’a amenée au record du monde de 47’’60.

En janvier 2000, la décision de Marie José Pérec de s’exiler à Röstock avait créé un énorme choc. Le monde de l’athlétisme avait eu bien du mal à comprendre son choix de s’associer avec un entraîneur à la réputation ternie par les révélations suivant la chute du Mur de Berlin, confirmant une utilisation étatique du dopage. Et surtout personne n’avait oublié les propos vindicatifs de l’athlète juste après son premier titre olympique en 1992. Elle déclarait alors dans l’Équipe :  » Le record de Marita Koch est suspect. Ce temps est invraisemblable. Le record du Monde, c’est moi qui le détiens. Depuis trois ans, depuis que les contrôles anti-dopage systématiques ont été mis en place, personne n’a fait mon temps. » Et elle avait encore parachevé : « Mon record à moi est propre. Pour moi, c’est le meilleur chrono de l’histoire. Les chronos d’avant n’existent pas.  »

Annuler les 47’’60 de Koch – valider ses 48’’25 comme Record du Monde

Ce jeudi 4 février 2016, Marie José Pérec a enfourché à nouveau ce credo. Elle profite de la conférence de presse du meeting féminin d’Eaubonne pour y proférer une opinion sans concession sur le thème de la remise à zéro des records du monde. La triple championne olympique assène à l’AFP : « «Sur certains de ces records, on a des preuves (de dopage). Quand on a invité il y a deux-trois ans Marita Koch (à Monaco pour le gala de l’IAAF, en fait en novembre 2014), c’est quelque chose qui m’a vraiment choqué. » Un choc qu’on a du mal à comprendre pour une athlète qui avait choisi de s’installer dans le fief de Marita Koch, et d’évoluer sous la houlette de son mari et entraîneur…

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La première rencontre des deux femmes remontait à décembre 1992, orchestrée par le journaliste Gérard Schaller de l’Equipe, et immortalisée par la couverture du numéro 569 de l’Equipe Magazine, où elles évoluent dans le Parc de Vanves en footing côte à côte. Le long article publié alors dévoile leurs riches échanges, où Marita Koch explicite dans les détails sa carrière, ses méthodes d’entraînement, avant que Marie José Pérec ne la questionne très directement sur ses doutes : « Je voudrais juste que tu me dises si j’ai eu raison, si toi tu peux m’affirmer que tes 47’’60 sont propres. » Et Marita Koch de lui rétorquer : « Je peux t’assurer que je n’ai jamais pris de produits interdits. »

De la Californie à la Mer Baltique

Sept ans plus tard, cette rencontre pèse très lourd. Fin 1999, Marie José Pérec est en plein questionnement sur sa collaboration avec l’Américain John Smith qu’elle a rejoint pour les JO de 1996, auréolés par son doublé 200-400. La Française ne s’estime plus suffisamment soutenue par le coach, et de cette journée passée aux côtés de Marita Koch et Wolfgang Meier, l’idée d’un exil émerge pour se transformer en alternative à un come back en Californie.

Marie José Pérec met le cap sur la Mer Baltique, et s’y épanouit, comme en témoigne le journaliste Luc le Vaillant de Libération, auquel elle vante l’originalité de l’entraînement à la sauce Meier. Et c’est dans ce contexte, en mai 2000, auprès d’un journaliste de l’IAAF, qu’elle s’exprime alors sur sa conviction d’un record « propre », et son regret de ne pas s’être installée plus tôt à Röstock.

Mais en septembre 2000, la belle histoire se dérègle, Pérec fuit Sydney et les Jeux Olympiques, où elle escomptait un 3ème titre sur 400 mètres. Wolfgang Meier révèlera plus tard, début 2001, sa certitude qu’elle avait cette nouvelle médaille d’or à sa portée, l’estimant capable de courir en 48’’87, largement sous le chrono de 49’’11 réalisés par Cathy Freeman pour l’emporter.

Aujourd’hui quinze ans plus tard, Marie José Pérec ne pense plus qu’à réécrire l’histoire et à gommer ces quelques mois passés dans le « Kochodrome », la salle couverte qu’elle a arpentée de sa superbe foulée scrutée par l’œil de Wolfgang Meier, auquel elle avait rendu hommage avant les JO en soulignant : « Il a fait courir une femme en moins de 48 secondes, et cela, c’est une vraie référence.  »

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photos : Gilles Bertrand

 

 

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