A. Meftah à Londres en 2012, une image qui illustre la déroute des marathoniens français lors de cette olympiade

A. Meftah à Londres en 2012, une image qui illustre la déroute des marathoniens français lors de cette olympiade

Le marathon français  est dans l’impasse. En 2012, 4 marathoniens français avaient réussi les minima olympiques alors que cette année, seule Christelle Daunay a rempli les critères de sélection pour les prochains J.O. de Rio. Les raisons d’un tel marasme ? La simple faute à des minima presque impossibles à réaliser ? Tentative d’explication.

 

Pour se qualifier aux J.O. 2016, les critères français étaient les suivants, réussir moins de 2h 11’ chez les hommes et moins de 2h 30’ chez les femmes lors d’un marathon répondant aux normes internationales avec comme date butoir le 24 avril 2016.

Le couperet est donc tombé, Christelle Daunay sera bien la seule française à figurer dans la sélection française, seule à avoir réalisé les minima olympiques lors du marathon de New York en novembre 2015.

La confirmation est faite, ces minima étaient d’une extrême difficulté à réaliser. Au soir de Londres, les bilans 2016 le prouvent de façon flagrante. Chez les hommes, 94 marathoniens ont réussi cette année, une telle performance inférieure à 2h 11’, dont 58 kenyans et 28 éthiopiens mais seulement 2 européens, le suisse Tadesse Abraham ave 2h 06’40’’ et l’anglais Callum Hawkins avec 2h 10’52’’.

Chez les femmes, 90 marathoniennes ont été chronométrées sous les 2h 30’ en 2016, avec 37 éthiopiennes, 22 kenyanes, 12 japonaises mais seulement 5 européennes et 2 américaines.

Les minima olympiques pour les marathoniens français sont quasiment impossibles à réussir dans cette discipline à moins d’en être le leader européen

Cela confirme les conclusions de notre première enquête publiée avant le marathon de Paris, les minima olympiques pour les marathoniens français sont quasiment impossibles à réussir dans cette discipline à moins d’en être le leader européen, c’est le cas de Christelle Daunay, championne d’Europe en titre, sacrée à Zurich en 2014. Cela va dans le sens des statistiques du marathon français, où l’on ne dénombre que 7 femmes et 16 hommes ayant réalisé de telles performances chronométriques (moins de 2h 30’  et moins de 2h 11’). Sur les 16 hommes,  9 venaient du bataillon de la Légion Etrangère alimentant le marathon français au point de l’asphyxier.

La France applique les minima parmi les plus sévères d’Europe. Quelques exemples, en Italie, Ruggero Pertile s’est qualifié à Rome en réalisant 2h 12’17’’, l’allemand Hendrik Pfeiffer a fait tamponner son passeport pour Rio, finisher en 2h 13’09’’ à Dusseldorf en construisant sa course avec ses propres lièvres. L’an passé, la Belgique avait décidé d’assouplir ces minima en les portant à 2h 17’ et 2h 42’ pour remotiver les troupes. Résultat, 6 marathoniens seront du voyage pour le Brésil. En Espagne, grâce à des minima fixés à 2h 12’ et 2h 33’, quatre marathoniens sont eux aussi qualifiés. Pour les Anglais, même traitement de faveur avec des temps fixés à 2h 14’ et 2h 31’. Chez les hommes, trois seront au rendez vous de Rio. Quant à nos voisins helvètes, 5 marathoniens se sont qualifiés avec des minima à 2h 14’ et 2h 40’.

Rappelons enfin qu’aux Etats Unis, ce pays applique deux règles à respecter, finir dans le TOP 3 lors des trials et réussir les minima fixés à 2h 17’.

On ne recense que 4 coureurs sous les 2h 18’ avec Timothée Bommier comme leader en 2h 15’48’’ et chez les femmes 3 marathoniennes sous les 2h 40’

De toute évidence, si le plan marathon français doit se poursuivre une olympiade de plus, le repositionnement des minima olympiques sur des normes « européennes » fera débat dans le cadre d’une réflexion plus globale qui doit s’engager pour tenter de faire émerger une élite performante à l’horizon de 2020.

La mission s’annonce complexe compte tenu d’un état des lieux sinistré du marathon français. En cette année olympique, les chiffres sont accablants. On ne recense que 4 coureurs sous les 2h 18’ avec Timothée Bommier comme leader en 2h 15’48’’ et chez les femmes 3 marathoniennes sous les 2h 40’.

Les raisons d’un tel désarroi :

. une base demi-fond presque inexistante : prenons un seul exemple édifiant, celui de Eliud Kipchoge vainqueur du marathon de Londres en 2h 03’05’’ à 8 secondes du record du monde. Son temps de passage au 10ème km est de 28’37’’. A ce jour, aucun français sur 10 km n’a réussi un tel chrono cette année, la meilleure performance actuelle est de 28’57’’ par Yohan Durand lors de la Prom’Classic. Sur semi-marathon, le bilan est tout aussi pauvre.

. une base demi-fond siphonnée par le triathlon (et d’ici peu par le trail plus médiatique et plus rémunérateur). Les derniers championnats de France de cross le prouvent avec de nombreux podiums jeunes trustés par des triathlètes. Les performances de Vincent Luis au Mans cette année, second derrière Hassan Chahdi et de Cassandre Beaugrand impériale chez les juniors sont eux aussi témoins d’un tel état des lieux.

. un championnat de France marathon tombé dans la désuétude avec depuis plus d’une décade l’absence de l’élite française. Une simple question : à quand des sélections olympiques réunissant toute l’élite française, avec de fortes incitations financières et des minima corrigés ?

. un manque total d’épreuves françaises (route et cross) valorisant l’élite nationale noyée dans une marée de coureurs kenyans et éthiopiens. Dans un tel contexte, la place des meilleurs français est inexistante. La Course Eiffage du Viaduc de Millau qui a monté cette année un plateau réunissant l’élite française ouvre-t-elle une brèche ?

. une sous médiatisation de l’élite français. La dernière retransmission de France 2 lors du Marathon de Paris est édifiante avec un focus réduit à sa plus simple expression sur les meilleurs français alors que le duel Bommier – Malaty pouvait être le feuilleton de ce marathon.

Pour que le marathon français relève la tête, la tâche s’annonce immense. Sur marathon, tout est question de temps, mais une seule olympiade peut-elle suffire à espérer des jours meilleurs ?

> Texte Gilles Bertrand

LES 7 FRANCAISES QUI ONT PARTICIPE AUX J.O. SUR MARATHON : 

. 2016 : Christelle Daunay

. 2012 : Christelle Daunay était qualifiée mais absente sur blessure

. 2008 : Christelle Daunay 20ème en 2h 30’48’’

. 2004 : Corinne Raux 15ème en 2h 35’54’’ et Hafida Gadi 52ème en 2h 50’29’’

. 1996 : Nadia Prasad 56ème en 2h 50’05’’

. 1992 : Maria Lelut Rebelo abandon

. 1988 : Françoise Bonnet 14ème en 2h 32’36’’, Maria Lelut Rebelo 18ème en 2h 33’47’’ et Jocelyne Villeton 19ème en 2h 34’02’’

LES 7 FRANCAISES AYANT REALISE MOINS DE 2h 30’

  1. 2h24’22 – DAUNAY Christelle – 11/04/10 – Paris
  2. 2h28’27 – DALLENBACH Chantal – 07/04/02 – Paris
  3. 2h28’48 – RAUX Corinne – 10/04/05 – Paris
  4. 2h29’04 – REBELO Maria – 21/04/91- Londres (GB)
  5. 2h29’22 – BORNET Sylvie – 14/10/90 – Saint-Paul (USA)
  6. 2h29’48 – PRASAD Nadia – 05/03/95 – Los Angeles (US)
  7. 2h29’58 – DAHMANI Zahia – 08/04/01 – Paris

LES 16 COUREURS FRANÇAIS QUI ONT REUSSI 2h 11’00’’

  1. 2h06’36 – ZWIERZCHIEWSKI Benoit – 06/04/03 – Paris
  2. 2h06’48 – EL HIMER Driss – 06/04/03 – Paris
  3. 2h07’30 – TAMBWE NGOLE Patrick – 12/01/12 – Tiberiade (ISR)
  4. 2h07’55 – OUAADI Mohamed – 05/12/99 – Fukuoka (JPN)
  5. 2h08’33 – KIPROTICH Abraham – 14/04/13 – Daegu (KOR)
  6. 2h09’04 – BEHAR Abdellah – 22/04/01 – Rotterdam (NED)
  7. 2h09’24 – MUNYUTU Simon – 06/04/08 – Paris
  8. 2h09’46 – MEFTAH Abdellatif – 30/10/11 – Francfort (ALL)
  9. 2h10’03 – SOARES Luis – 29/03/92 – Paris
  10. 2h10’08 – ES SRAIDI Larbi – 13/04/09 – Utrecht (NED)
  11. 2h10’10 – LAHSSINI El Hassan – 17/10/04 – Amsterdam (NED)
  12. 2h10’32 – EZZHER Mohamed – 08/04/01 – Paris
  13. 2h10’36 – ZEROUAL Larbi – 16/04/00 – Rotterdam (NED)
  14. 2h10’39 – THEURI James Kibocha- 05/04/09 – Paris
  15. 2h10’49 – BOXBERGER Jacky – 12/05/85 – Paris
  16. 2h10’52 – RAMARD David – 09/04/06 – Paris