L’américaine Magda Boulet vient d’ouvrir une brèche. Pour la première fois, une pistarde convertie au trail remporte une épreuve majeure sur 100 miles. Ce week end, elle s’impose lors de la Western States Endurance Run, la course doyenne du trail running.

Imaginer le scénario suivant, Sophie Duarte, championne de France de cross, championne d’Europe de cross, recordman de France du 3000 mètres steeple,  remporter les Templiers puis l’UTMB ?

Ce scénario pas si utopiste que cela s’est déroulé ce week end dans les montagnes de la Sierra Nevada Californienne  avec en tête d’affiche Magdalena Boulet.

L’américaine est la première « olympienne » à remporter aux Etats Unis la Western States Endurance Run, ultra trail mythique disputé entre Squaw Valley et Auburn en Californie considérée comme l’épreuve ayant donné naissance au trail running.

La joie de Magdalena Boulet en 2010 lors du Mondial de cross

La joie de Magdalena Boulet en 2010 lors du Mondial de cross

Cette victoire est symbolique car c’est la première fois dans l’histoire fraîche du trail running qu’un  « pur » athlé débarque dans cet univers pour s’imposer avec talent, charisme et charme. Une porte ouverte par laquelle une génération de coureurs pourrait bien mettre le pied puis l’épaule pour franchir ce rubicon menant à une communauté de plus en plus médiatique et marketée.

Jusqu’alors marginalisée aux Etats Unis, cette discipline athlétique pourrait connaître ainsi la même destinée que le marathon

Ce n’est pas sans rappeler les heures de gloire du marathon renaissant des années 80 lorsque les préjugés sautent pour donner naissance à une véritable économie du running.

Magdalena Boulet possède en effet un back ground de pure athlète avec une carte de visite honorable.  15’14’’25 sur 5000 et 31’48’’58 sur 10 000 en 2011, deux médailles de bronze avec l’équipe américaine de cross au Mondial en 2010 puis en 2011 où elle se classe 20ème puis 18ème. Ces performances en demi fond long lui laissent espérer le meilleur sur marathon. En 2008, elle se classe seconde lors des trials pour les J.O. de Pékin où seule ombre au tableau, elle abandonnera. En 2011, elle porte son record à 2h 26’22’’ en prenant la seconde place du marathon de Rotterdam.

En 2012, c’est justement sur marathon qu’elle décide de chausser des crampons. Recalée lors des sélections qui ont lieu cette année là à Houston, elle décide de jeter un œil en direction du trail. Première course, une seconde place lors des 50 miles de San Francisco organisés à deux pas de son domicile. Puis le public français la découvre à l’occasion des Templiers (organisée par l’équipe de SPE15) où elle se classe troisième, handicapée principalement par la technicité des sentiers.

Mais le métier rentre pour arriver à cette victoire retentissante sur un 100 miles surchauffés en 19h 05’21’’, une distance qu’elle a su gérer et apprivoiser malgré son passé de pistarde qui peut selon les cas se révéler être un handicap.

Magdalena Boulet a donc ouvert une brèche. Un vrai courant d’air où de nombreux pistards devraient mettre leur nez pour sentir le bon vent du trail, un marché actif, lucratif et médiatique

Jusqu’alors marginalisée aux Etats Unis, cette discipline athlétique pourrait connaître ainsi la même destinée que le marathon et devenir une pratique à part entière de l’athlétisme. Une nouvelle ère s’ouvre, les hiérarchies vont jouer les chassés croisés. Entre piste, cross et trail, un seul pas sera à franchir.

> Texte et photo Gilles Bertrand