Baptiste Mischler au France de cross 2016

Baptiste Mischler au France de cross 2016

 

Depuis 50 ans, le club alsacien Unitas Brumath s’affirme comme club détecteur de talents en milieu scolaire avec 42 titres nationaux conquis pour la plus part chez les jeunes catégories. Des succès en partie liés à un homme, Hubert Steinmetz qui fut aux commandes de ce club pendant 50 ans. Aujourd’hui, le club évolue sur de nouvelles bases mais garde cette identité. Pour preuve les 22 qualifiés au France de cross et des espoirs dont Baptiste Mischler, vice champion d’Europe juniors sur 1500 l’an passé.

 

« Les fleurs, elles se penchent, elles se courbent, elles sont sensibles ». Hubert Steinmetz a deux passions, les fleurs et l’entraînement. Il ose une comparaison : « L’athlète, les fleurs, les deux il faut s’en occuper pour réussir. Les fleurs, ça me calme, avec elles, je ne me suis jamais ennuyé. Avec les athlètes, j’ai une patience plus limitée ».

Sa passion pour les fleurs, Hubert Steinmetz sait exactement la dater, 1969, l’année où la ferme familiale remporte le premier prix national des fermes fleuries. Il avait alors 27 ans. La ferme Wolf à Mommenheim, spécialisée dans le tabac, quelques vaches aussi, il se souvient : « Ma mère travaillait dur car nous étions six enfants. C’est elle qui trayait les vaches, mais elle n’oubliait jamais de mettre des fleurs aux fenêtres. Nous avions une grande porte cochère, vous savez, parfois, on était obligé de couper les fleurs pour que les charrettes puissent passer ». Aujourd’hui, à 74 ans, Hubert Steinmetz se laisse toujours gentiment dévorer par sa passion. Sa collection de fuchsias est unique, 150 variétés différentes chauffées à 6° dans une immense serre, son jardin privé. Il les appelle « les demoiselles en jupon ».

Les fleurs sont donc le jardin privé de cet entraîneur alsacien qui, au milieu des années soixante dix, se fait un petit nom dans le pré carré de l’athlétisme alsacien. Le journal local titre même « Les demoiselles de Brumath » pour expliquer ces succès inattendus au sein du club local qui ne compte que 6 licenciés lorsque ce prof de collège prend la présidence. Sa méthode est simple : détecter à la source les bonnes graines de cross, dans cet établissement scolaire de Hochfelden comptant 500 têtes blondes. Il explique celle-ci : « Brumath, c’était un chef lieu de canton rural. Les garçons, eux, ils avaient soit le foot, le hand ou le demi fond. Les filles, elles, étaient orientées uniquement vers la course ». Principalement des enfants d’agriculteurs, habitués dès le plus jeune âge au travail de la ferme, le houblon, le tabac, une vie à la campagne dont on a oublié l’extrême rudesse  dans ces plaines d’Alsace « Mes demoiselles, elles étaient costauds du foncier. Pendant les vacances, ça travaillait dur pour payer les études ». Il cite deux noms « Véronique et Martine Rush » et chez les damoiseaux, celui de Jean-Marie Conrath, sélectionné olympique en 1976 sur 5000. Ainsi de 1974 à 1984, l’Unitas Brumath se forge une identité, celle d’un club formateur, un exemple à suivre. Les titres nationaux s’accumulent, 9 uniquement en cross durant cette décennie lumineuse dont 5 pour les juniors filles avec ce score presque parfait au France du Touquet, 2 + 4 + 6. Les « Demoiselles de Brumath » pouvaient chanter sous cette pluie de médailles.

Hubert Steinmetz « L’inconnu dans le sanctuaire »

Christian Montagnac le journaliste de l’Equipe surnomme alors Hubert Steinmetz « L’inconnu dans le sanctuaire » lorsque celui-ci est nommé entraîneur national demi-fond pour l’olympiade Los Angeles sous le mandat du DTN Poczobut. Ce provincial méconnu intrigue mais pour un Poczobut communiste engagé, le personnage est séduisant même s’ils ne partagent pas les mêmes convictions politiques.  C’est l’archétype même du petit prof militant du sport, voué à une cause, creusant son sillon dans le ventre mou du système scolaire. Bilan de ce poste fédéral, la médaille de Joseph Mahmoud sur le steeple, il a l’honnêteté de ne pas se l’attribuer, il souligne simplement en paraphant Guy Noves « pour construire un vrai programme, il faut 8 à 12 années ».

Aujourd’hui encore, cette époque glorieuse fleurit toujours les discours anniversaires, les colloques avec ce côté nostalgique qui nourrit les esprits chagrins. Hubert Steinmetz ne s’en cache pas, s’il faut se raconter, il pose le veston, il ferme la porte de sa serre et  se raconte. Ces heures à déneiger la piste et tracer les couloirs avec des lattes en triangle, ces heures à maudire cette piste en cendrée de 374,5 m qui prend l’eau aux moindres averses « Ah, on me l’a promis pendant 50 ans cette piste ». C’est l’échec de sa carrière comme président de club, entraîneur mais surtout comme élu de la République, 35 ans au conseil municipal de Mommenhein dont deux mandats comme maire. Cela ne ternit pas pour autant ces heures glorieuses comme avec ce 4 x 8 performant, génération 77, un brin rebelle, des jeunes hommes en quête de destin. On retrouve dans ce groupe  Jean Claude Vollmer qui par la suite occupera le même poste fédéral sous le règne Lamblin. Ca frotte, ça pique avec un coach exigeant, d’une extrême rigueur qui siphonne la vie comme un joueur de tuba.  Celui-ci revient dans le présent pour dire : « les enfants d’agriculteurs, aujourd’hui, c’est fini. C’est incroyable comme les générations changent. Ils ont maintenant la clim dans le tracteur, tout est mécanisé ». Il marque un silence et  il ajoute « mais heureusement ». Une nouvelle pause et d’une voix presque guillerette il affirme : « Aujourd’hui, les garçons, c’est 30% les études, 30% les sorties, 30% le sport et ils trouvent encore 30% pour faire les imbéciles ».

Baptiste Mischler n’est pas fils d’agriculteur, ses parents sont profs, la mère est également impliquée dans la vie du club au poste de trésorière. Quant au père, il est investi dans l’organisation des courses de Brumath au profit du Téléthon. Tous les gamins Mischler sont donc au club, Baptiste, mais aussi Timothée, second au Mans chez les cadets qui hésite encore entre foot et athlé et la sœur Julia étudiante en Staps.

Timothée Mischler

Timothée Mischler, second en cadet au Mans

« Lorsque je suis arrivé au club, Julia ma sœur m’avait prévenu. Hubert, il a la réputation de crier, de gronder. Il a un caractère fort. J’en avais la chair de poule au début. Je tremblais de peur ». Baptiste Mischler parle ainsi d’Hubert Steinmetz qui a lâché sa place de président de club à Bertrand Haas en 2011 sans céder pour autant son poste d’entraîneur auprès d’une vingtaine de jeunes. Le vieil ours a toujours la même rigueur, la même exigence, les 50 années passées au bord de cette satanée cendrée n’ont pas modéré les humeurs de l’entraîneur, ça, Baptiste Mischler peut le confirmer. Mais cette méthode qui a en dissuadé plus d’un ne choque pas le jeune espoir alsacien. Il précise « notre relation est bonne car il a vu que j’en voulais ».

Baptiste Mischler, c’est le grand blond de cette équipe de France juniors qui, à Hyères, fut étincelante. Comme un champ de tulipes au printemps, lumineuse et rayonnante, des couleurs intenses, acidulées, de la fraîcheur sur tous les visages. Au soir de ces Europe de cross, Patrick Montel de France 2 après avoir lâché le micro, quittait l’hippodrome varois en disant : « Ils ont quelque chose de bien ces jeunes », une génération déjà baptisée « Palcau » médaillé d’argent à Hyères.

Hubert Steinmetz, lorsqu’à Noël il demande les bulletins scolaires à chacun de ses athlètes, c’est à peine s’il jette un œil à celui de Baptiste. Il a quelque chose de bien ce jeune, c’est un matheux, une grosse tête, BAC S avec mention très bien et depuis cette année en première année à l’INSA de Strasbourg. L’élève brillant analyse avec beaucoup de maturité : «Pour l’instant ça marche, mon projet est bien tracé, bien planifié ». Le projet de réussir études et sport, devenir ingénieur et rêver d’une participation aux J.O. 2020, 2024…Il en a les moyens physiques, un indice pour cela, les 3’47’’22 sur 15, nouveau record d’Alsace cadet établi en 2014 en Chine, un record qui appartenait à un certain Mehdi Baala.

Ses copains lui disent « mais comment tu fais ?» il répond : « faut juste s’organiser »

Baptiste, c’est donc 100% athlé, 100% étude mais aussi et surtout 100 % vie personnelle. Il affirme : « Je ne pense pas qu’au sport, je suis citoyen du monde ». Joueur de guitare, il gratte de tout sur sa Breedlove, investi également dans le caritatif, dans l’associatif, il est parrain de l’association « Franck, un rayon de soleil ». « J’ai dit oui car cela me touche la lutte contre le cancer ». Ses copains lui disent « mais comment tu fais ?» il répond : « faut juste s’organiser. C’est pour cela qu’il est resté vivre dans le cocon familial et auprès de son entraîneur « Je veux rester le plus longtemps avec Hubert. Oui j’ai bien entendu des rumeurs que les clubs de Strasbourg auraient bien aimé me récupérer, mais ils savaient que je suis très attaché à mon entraîneur ».

S’organiser pour réussir ce tronc commun en école d’ingénieur, il hésite par la suite entre mécanique et topographie, s’organiser et réussir les sélections pour les Mondiaux juniors. L’an passé vice champion d’Europe juniors et auteur d’un 3’44’’73, ce Mondial lui semble accessible. Un autre rêve, battre le record d’Alsace junior du 15, il appartient toujours à Fouad Chouki. Hubert Steinmetz parle ainsi de son entraînement : « L’hiver, c’est juste un palier pour développer le foncier. C’est la bouteille qu’on remplit l’hiver. Le but ensuite, c’est de vider cette bouteille lentement jusqu’au championnat du monde ». Le printemps est déjà là, les bourgeons n’ont plus qu’à fleurir. Hubert Steinmetz l’horticulteur, garde l’arrosoir à la main.

> Texte et photos Gilles Bertrand

Baptiste Mischler vise cette année les Mondiaux juniors sur 1500

Baptiste Mischler vise cette année les Mondiaux juniors sur 1500

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