Les cétones comptent toujours parmi les produits fétiches des cyclistes et des marathoniens. L’équipe Quickstep vient de signer un partenariat avec KetoneAid, l’un des producteurs de cette substance très décriée par les adeptes du sport propre. Aux Etats-Unis, c’est la marque britannique DeltaG, précurseuse de ce produit, qui sponsorise la marathonienne Sara Hall, et d’autres athlètes de piste. En quoi l’utilisation des cétones est-elle contestable ?

L’actualité du Tour de France a débuté dans le tumulte, avec les perquisitions sur les membres de l’équipe Bahrein Victorious. Une grosse opération coordonnée par Europol avec l’OCLAESP, sur des requêtes du Parquet de Marseille, et qui a impliqué plusieurs polices européennes, au Danemark, en Belgique, Espagne, Croatie, Italie, Pologne et Slovénie.

C’est du vent, soutient l’équipe Bahrein Victorious, qui affirme que la police n’a rien découvert durant ces perquisitions. Mais Europol n’a pas tardé à publier le chiffre effarant de 479 comprimés saisis rien qu’en Slovénie…

Ce gros coup médiatique n’a pas manqué de réjouir Antoine Vayer, l’infatigable pourfendeur du dopage dans le cyclisme, qui attaque son suivi quotidien du Tour de France sur le site « Chronowatts », où il analyse chaque jour les performances en watts et présente ses prédictions sur les résultats.

Mais dans cette forte actualité, Antoine Vayer n’a pas manqué de pointer l’information sur la signature d’un partenariat entre l’équipe Quickstep et « KetoneAid », producteurs de cétones. Parce que comme il le rappelait avec son célèbre franc parler : « Cette substance est refusée par beaucoup. C’est non éthique, et traduit la volonté de trouver dans un produit mixture une démarche dopante ».

Les cétones, le troisième carburant

Ce n’est pas la première fois que le Breton manifeste son hostilité à l’utilisation de cétones. Dès 2019, dans « Le Monde », il intervenait sur ce thème, et en 2020, il développait son argumentaire dans un long article publié sur « Chronowatts », alors qu’il venait d’être approché par la marque américaine « KetoneAid », pour tester ces produits.

Pour lui, comme pour beaucoup de partisans d’un sport propre, les cétones se placent dans la catégorie des produits de la « zone grise », certes non interdits par les règlements anti-dopage, mais utilisés dans l’optique d’améliorer les performances. Comme l’explique Antoine Vayer : « Il s’agit d’un troisième carburant utilisable par le cerveau, le cœur et les muscles, principalement quand le corps n’a plus de réserves ailleurs. »

Un produit qui bafoue l’éthique sportive

L’éthique sportive est-elle ainsi bafouée ? Sans aucun doute, soutenait le Docteur Claire Condemine Piron, qui avait étudié en détails les cétones lorsqu’elle dirigeait l’Antenne Médicale de Prévention du Dopage du Languedoc Roussillon. C’est dès 2015 que ce médecin de référence dans l’anti-dopage avait consacré à ces produits un long dossier intitulé : « Les cétones, un nouveau produit dopant ? ». Elle s’appuyait alors sur les premières boissons aux cétones fabriquées en Angleterre par l’équipe du professeur Kieran Clarke, de l’université d’Oxford, et diffusées sous le nom de « DeltaG », à un prix très élevé (2300 euros le litre).

Et sa conclusion était déjà sans appel : l’apport de corps cétoniques avec la boisson Delta G est susceptible d’améliorer la performance sportive (jusqu’à 2%) – les corps cétoniques peuvent être toxiques à haute dose – la commercialisation à prix très élevé la réserve à des consommateurs très aisés, ce qui est contraire à l’esprit sportif. Or le Code Mondial Anti dopage exige sur ces trois critères, deux soient remplis pour que le produit soit considéré comme substance dopante. C’est visiblement le cas !

Las, sept ans plus tard, les choses n’ont pas bougé d’un iota, les cétones n’ont pas été intégrés dans la liste des interdits.

Delta G s’exhibe sur Instagram

Au contraire même, leur diffusion ne s’effectue plus seulement en toute discrétion. Elle est loin l’époque des Jeux Olympiques de 2012, où une poignée de membres de l’équipe nationale de Grande Bretagne s’était vue proposer « sous le manteau » cette boisson expérimentale dans le cadre d’une opération secrète menée pour leur permettre de booster leurs performances et d’augmenter le nombre de médailles obtenues par le Royaume Uni, qui terminera d’ailleurs au 3ème rang mondial pour ces JO.

Désormais, la marque britannique Delta G s’affiche ainsi sur Instagram, avec un message clair : « la mission de Delta G est d’améliorer : les performances des athlètes – les fonctions cognitives – la santé mentale ». Et son marketing s’appuie sur des partenariats avec de nombreux sportifs qu’on retrouve la bouteille de Delta G à la main. Comme la marathonienne américaine Sara Hall, qui enchaîne depuis deux ans les performances sur semi et marathon, qui n’hésite pas à expliquer l’utiliser pour mieux récupérer, en insistant sur le côté « naturel » des cétones. C’est oublier un peu vite que Delta G, comme KetonesAid sont des produits complètement synthétiques.

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photos : D.R.