Le journaliste allemand Hajo Seppelt a frappé un grand coup avec son nouveau documentaire diffusé par la chaîne ARD dans lequel il dévoile des images et témoignages chocs sur le dopage en Russie et au Kenya. Mais l’élément le plus grave provient d’une base de données collectant plus de 12.000 échantillons de sang depuis 2001, et démontrant que 16% des échantillons présenteraient des valeurs anormales, et que 1/3 des médailles décernées dans les épreuves d’endurance aux Jeux Olympiques et Mondiaux entre 2001 et 2012 seraient revenues à des athlètes douteux…

La première suspension pour dopage est passée de 2 ans à 4 ans. Est-ce suffisant ?

 

Comme dans tant d’autres domaines, un lanceur d’alerte a sévi dans l’athlétisme. Pour communiquer à Hajo Seppelt des informations très confidentielles, avec la base de données de 12.000 tests sanguins réalisés auprès de 5000 athlètes entre 2001 et 2012, et appartenant à l’IAAF, qui a découvert, semble-t-il, très tardivement ce « détournement ».

En préambule à la diffusion du documentaire, la chaîne allemande ARD et le Sunday Times se sont tournés vers deux experts de l’anti-dopage, Robin Parisotto et Michael Ashenden, qui ont livré après analyse un verdict très lourd sur l’étendue du dopage.

Selon eux, 1/3 des médailles des épreuves d’endurance des Mondiaux et JO entre 2001 et 2012, soit 146 médailles dont 55 en or, ont été remises à des athlètes présentant des tests douteux, et pourtant aucun d’eux n’a été sanctionné.

Pour eux également, les prélèvements de plus plus de 800 athlètes sur les 5000 concernés présentent des anomalies, suggérant l’utilisation très probable de dopage ou au moins, très anormales, soit un taux de 16% ! Le Sunday Times témoigne également que dans certaines finales, les trois médaillés présentent des tests douteux. Mais le quotidien britannique souligne aussi que Mo Farah comme Usain Bolt ne figure pas parmi les athlètes « douteux »…

Ces révélations ont eu l’effet d’une bombe vu leur importance, et les réactions ne se sont pas faites attendre, avec une volonté affichée par exemple de la Fédération Européenne de s’engager contre ce problème.

L’IAAF se retrouve largement pointée du doigt dans cette affaire pour avoir eu à sa disposition de tels échantillons témoignant de pratiques douteuses dans les rangs de ses athlètes. Mais l’instance internationale a visiblement été dépassée par les évènements et s’est contentée d’un très laconique communiqué. Elle y a annonce une réponse plus détaillée à venir, et se contente de pointer du doigt sur le lanceur d’alerte qui a eu l’initiative de remettre cette énorme base de données à la presse…

En parallèle, quelques sujets à caméras cachées démontrent l’étendue des dégâts du dopage en Russie comme au Kenya. Il est avancé le chiffre de 80% de médailles russes revenant à des athlètes au profil douteux, et 18 médailles remises à des athlètes du Kenyan, qui seraient également douteuses…

Une chose est certaine. Les soubresauts de ce nouveau documentaire ne font que débuter, et les surprises ne sont certainement pas terminées…

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photo : Gilles Bertrand
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