Le Tribunal Arbitral du Sport demeure l’ultime espoir pour les athlètes russes de pouvoir participer aux JO de Rio, après que l’IAAF ait refoulé les 68 demandes reçues. Un refus conspué de manière virulente par Yelena Isinbayeva, pointant du doigt l’incompétence de l’IAAF. La perchiste sait que Rio 2016 représente sa dernière occasion de disputer les JO. En 2013, elle avait pourtant annoncé sa retraite après le Mondial de Moscou.

 

Yelena Isinbayeva, sous le maillot de la Russie à Rio ??

Yelena Isinbayeva, sous le maillot de la Russie à Rio ??

Février 2013. Yelena Isinbayeva remporte le titre national russe, et profite de l’occasion pour annoncer qu’elle prendra sa retraite après le Mondial de Moscou. Pour un repos bien mérité après une carrière prolixe riche de deux titres de championne olympique et 28 records du monde, avec le record actuel à 5.06 mètres.

15 Août 2013. Deux jours plus tôt, Yelena Isinbayeva est devenue une nouvelle fois championne du monde, son 3ème titre. La perchiste n’est plus si sûre que son avenir sportif s’est achevé ici devant son public russe et dans le stade de ses débuts, et à la question de sa présence ou non à Rio, elle assène que sa priorité est de devenir mère et qu’elle décidera par la suite.

20 octobre 2015. Yelena Isinbayeva annonce avec emphase sur le site de l’IAAF son retour sur les sautoirs. Son futur est planifié dans les moindres détails, avec une come back en compétition prévu pour le 6 février 2016 à Volgograd, et avec en ligne de mire, les JO de Rio 2016.

Novembre 2015. Les choses dérapent avec les éléments dévoilant l’usage étatique du dopage en Russie, et la suspension de la Russie par l’IAAF. Yelena Isinbayeva n’est plus la patronne…

Une décision injuste

8 décembre 2015. Yelena Isinbayeva demeure optimiste et sûre d’elle : la Russie sera présente aux JO de Rio. Elle n’hésite pas à qualifier la décision de l’IAAF de « injuste, infondée, malhonnête ». Le ton est donné. La perchiste demeure le petit « soldat » de son gouvernement qu’elle a toujours été. Comme lorsqu’en août 2013, elle affiche publiquement son soutien à la loi anti-gay adoptée par la Russie, et à l’origine de l’idée de boycott des JO de Sotchi, en rappelant que «La relation entre les personnes est du domaine privée, elle n’a pas à être exhibée en public. Ce n’est pas respectable dans notre pays. Cette loi doit être suivie par tout le monde », et revendiquant même la différence russe : « Nous sommes différents de l’Europe. Nous sommes la Russie. Nous demandons aux gens d’être respectueux de notre pays. Les relations se font entre les hommes et les femmes, cela vient de l’histoire, ce sont les relations traditionnelles. »

17 Juin 2016. La suspension de la Russie a été maintenue par l’IAAF. Yelena Isinbayeva rentre en guerre. Elle menace d’appeler recours au nom des droits de l’homme, assénant à l’agence Tass : « C’est une violation de mes droits humains ».

10 juillet 2016. La décision de l’IAAF est tombée. Avec le refus de réintégrer dans l’équipe de Russie les 68 athlètes qui ont sollicité un « repêchage » individuel, à l’exception de Darya Klishina, la sauteuse en longueur installée en Floride depuis trois ans. Elena Isinbayeva ne décolère plus et auprès de l’agence Tass, livre un jugement sévère sur l’IAAF : « La décision de l’IAAF est rien. Un grand rien, qui pue ».

Elle veut demeurer optimiste dans l’attente du jugement du Tribunal Arbitral du Sport, saisi par le Comité Olympique Russe et 68 athlètes, en quête d’une décision plus juste à leur égard. Ils pourront compter sur le soutien de Mike Morgan, un avocat londonien devenu la bête noire du TAS à Lausanne. Il compte à son actif deux réussites, contre l’IAAF, avec l’annulation du retrait de la médaille de Tatyana Andrianova conquise au Mondial 2005, et de la suspension à vie du lanceur de marteau de Biélorussie, Vadim Devyatovskiy.

21 juillet 2016. Le verdict du TAS tombera, deux jours après que les experts aient été entendus. Elena Isinbayeva saura alors si elle disputera ses troisièmes Jeux Olympiques.

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photo : Gilles Bertrand