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L’agence mondiale anti-dopage s’est insurgée sur le sujet diffusé par France 2, s’appuyant sur la prise de micro-doses de produits dopants, pour démontrer à la fois l’impact positif sur les performances et l’incapacité du passeport biologique à dévoiler cet usage de produits interdits.

 

La diffusion ce dimanche 3 mai durant « Stade 2 » du sujet réalisé par Pierre Etienne Leonard n’a pas fait que des heureux. La réaction de l’Agence Mondiale anti dopage (AMA-WADA) n’a pas tardé : dès le lundi 4 mai, David Howman, le DG de l’AMA, se fendait d’un communiqué pour dénoncer le lien établi entre la prise de produits dopants et l’absence de toute modification du passeport biologique.

Et David Howman de déclarer : « L’étude ne se conforme pas aux Lignes directrices opérationnelles pour le Passeport biologique de l’Athlète et, par conséquent, son rapport avec le Passeport Biologique est ambigu. »

Il pointe ainsi du doigt sur la démonstration effectuée par Pierre Sallet, responsable de cette étude, qui commente ses propres résultats sur le logiciel du passeport biologique. On y voit ainsi deux courbes, hautes et basses, illustrant les normes définies pour le passeport biologique, et une 3ème courbe, correspondant aux résultats de ses analyses après qu’il ait suivi le protocole défini, à savoir l’absorption de micro-doses d’EPO, hormone de croissance, corticoïdes, et aussi l’autotransfusion. Et Pierre Sallet de démontrer que la courbe ne révèle aucune anormalité. D’où la conclusion que le Passeport biologique d’un athlète dopé par micro-doses n’enregistre pas les actes délictueux.

Cet élément dérange particulièrement l’AMA, qui insiste sur le fait « qu’elle a rendu disponible le logiciel du Passeport (PBA), mais qu’elle n’endosse aucunement les conclusions avancées dans cette étude. Car l’étude ne se conforme pas aux Lignes directrices opérationnelles pour le Passeport biologique de l’Athlète (PBA) et, par conséquent, son rapport avec le PBA est ambigu. »

L’AMA souligne un autre aspect très sérieux : « Avant de commenter une étude, il est d’abord important de s’assurer de la validité de ses conclusions, notamment que celles-ci aient été dûment examinées par des pairs et publiées dans des revues scientifiques. Ce qui n’est pas le cas dans ce reportage. »

Pierre Sallet, précurseur du passeport biologique

Le physiologiste Pierre Sallet a fait de l’anti-dopage le credo d’une vie. En 2007, il est à l’origine de « Athletes for Transparency », un programme visant à créer une banque de données individuelle utilisable pour la détection indirecte du dopage, et soutenu, entres autres, par l’AMA. Il s’inscrit ainsi comme précurseur du futur passeport biologique que l’AMA va créer en 2009, qui suit au fil du temps des biomarqueurs de dopage qui révèlent indirectement les effets du dopage.

L’analyse des passeports biologiques a été à l’origine récemment de plusieurs sanctions pour dopage, comme pour les Russes Yulia Zaripova et Tatyana Chernova, ou encore l’Algérien Hamza Driouch, mis en cause pour des irrégularités dans leurs biomarqueurs. Mais à ce jour, en France, aucun passeport biologique n’a encore été incriminé dans une quelconque procédure de dopage…

Les cobayes humains, une méthode critiquée

L’AMA s’offusque aussi d’un autre aspect du reportage : « L’AMA ne recommande jamais aux sportifs de servir de cobayes au sein d’études qui les inciteraient à prendre des substances visant à améliorer leur performance. »

Le site de référence, PUBMED.com, à l’initiative du National Center for Biotechnology Information, recense à ce jour 27.692 études publiées autour de l’EPO. Avec en particulier une étude réalisée en 2011, très semblable à celle de Pierre Sallet, également effectuée sur ce principe de cobayes humains, auxquels il avait été injecté des micro-doses d’EPO, et là aussi sans aucune conséquence sur le passeport biologique, ne révélant pas ces absorptions. L’étude publiée dans The European Journal of Applied Physiology portait alors sur 10 sportifs.

Il reste que l’utilisation d’humains pour des tests in vivo de médicaments ou pour des expérimentations demeure la règle pour les laboratoires médicaux. Avec une illustration très particulière dans le cadre d’une affaire récente, celle du contrôle anti dopage de Bertrand Moulinet. Le composant FG4592 détecté chez le marcheur avait l’objet d’études cliniques réalisées par la société « FibroGen » s’appuyant sur des malades en dialyse. A l’origine, il faut rappeler que le FG 4592 était destiné au traitement de l’anémie associée à des maladies chroniques du rein. Mais comme d’autres médicaments, celui-ci s’est retrouvé détourné de son objectif initial de soin, pour dériver vers une utilisation frauduleuse.

Alors, même s’il paraît un peu dérangeant de mettre un focus médiatique sur l’inefficacité des méthodes de détection, où se situent vraiment les frontières de l’éthique acceptable dans cette lutte anti dopage ??

Texte : Odile Baudrier
Photo : France 2