Le rapport McLaren était très attendu, et il n’a pas déçu… Le travail du Canadien et de son équipe révèle les énormes fraudes mises au point par le gouvernement russe pour éviter que leurs sportifs soient contrôlés positifs. Transformations des résultats, magouilles sur les échantillons, les méthodes pullulaient pour que le décompte de médailles dans les grands évènements augmente. Comme pour le Mondial de Moscou en 2013.

 

MOSCOU STADE

DPM – le signe était inconnu jusqu’à la publication du rapport de la commission d’enquête sur les agissements de la Russie à Sochi, dirigée par Richard McLaren. Le juriste canadien l’a inventé pour décrire une méthode de dopage très particulière, la « Disappearing Positive Methodology ».

Depuis 2010, la DPM était l’arme secrète de la Russie dans sa conquête de médailles. Comme le révèle l’enquête menée par Richard McLaren et son équipe, elle s’appuyait sur Uyri Nagornykh, député ministre des sports, nommé spécialement par Vladimir Poutine. Avec une mission très spéciale : couvrir ou non tous les cas de contrôles positifs apparus lors des analyses effectuées par le laboratoire anti-dopage de Moscou. Celui-ci avait reçu une consigne très simple : chaque cas positif était communiqué à Nagornykh, à charge pour lui de décider de son sort : « SAVE » ou « QUARANTINE ». « SAVE » signifiait modifier le rapport destiné à l’agence mondiale Anti-Dopage, pour transformer ce cas en négatif…

Lors des évènements organisés en Russie, comme les JO de Sochi, ou le Mondial d’Athlétisme de Moscou, ce système de fraude devenait très sophistiqué pour protéger tous les sportifs russes. Ceux-ci  déposaient en amont des JO et du Mondial de Moscou des échantillons d’urine « propre ». Comprenez d’une urine recueillie avant qu’ils débutent leur cure de produits dopants. Ces flacons demeuraient en attente, et dans le cas d’un contrôle anti-dopage durant la compétition, ils étaient échangés contre les échantillons prélevés sur site, ceux-là étant « salis » par les produits absorbés.

50% d’échantillons positifs transformés en négatifs

Un jeu d’enfants à en croire les informations parues dans le rapport de la Commission d’Enquête, qui s’orchestrait avec l’aide des Services Secrets Russes (FSB). C’est ainsi l’équipe de Richard McLaren a pu constituer une base de 577 athlètes positifs, dans laquelle 50% des cas avaient été déclarés « Save », et donc annulés… Par contre, durant le Mondial de Moscou 2013, 88% des échantillons positifs provenant d’athlètes étrangers ont été classés « Quarantine » et donc notifiés aux instances anti-dopage mondiales…

Cette fraude à grande échelle concernait de très nombreux sports, une trentaine, et y compris les sportifs handisports ( !) mais l’athlétisme pointe en tête, avec 139 athlètes dont les cas positifs ont disparu par un coup de baguette magique.

Au Mondial de Moscou, 8 athlètes positifs dissimulés

Ont été concernés en particulier les JO de Londres, avec 46 sportifs aux échantillons positifs se transformant en négatif. Les Jeux Universitaires Mondiaux de l’été 2013, avec 17 cas modifiés. Puis le Mondial de Moscou 2013, pour lequel 8 athlètes ont été protégés (certains se sont retrouvés ensuite suspendus pour d’autres cas de dopage).

A la fin du Mondial 2013, le laboratoire de Moscou a procédé au grand nettoyage, avec de l’urine propre mise à la place de l’urine « sale », pour prévenir le cas où les échantillons seraient par la suite examinés par un autre laboratoire.

Un système dont tous les détails dévoilés par Richard McLaren confirme une gestion étatique qui fait froid dans le dos. Mais quelles seront vraiment les conséquences de ce rapport ? L’Agence Mondiale Anti Dopage appelle à un boycott complet de la Russie aux JO de Rio, tous sports confondus. Thomas Bach, le patron du CIO, s’insurge sur ces révélations et consulte son bureau directeur. Vladimir Poutine, lui, accuse une interférence politique dans le sport et prédit une explosion du mouvement olympique…

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photo : Gilles Bertrand