La situation du dopage demeure préoccupante au Maroc, avec pour l’année 2021, six athlètes sanctionnés par l’Athletics Integrity Unit, et un total de 30 athlètes actuellement suspendus. Plusieurs d’entre eux sont même des récidivistes, comme Halima Hachlaf, positive pour la seconde fois de sa carrière, et quatre autres athlètes ont reçu 8 ans de suspension. Il s’y ajouterait 16 jeunes athlètes sanctionnés en fin d’année au Maroc, auxquels la Fédération Marocaine aurait interdit de disputer le Mondial junior l’été dernier.

C’est un Marocain qui a reçu la dernière suspension provisoire de l’année 2021 : Aziz Lahbabi a été mis en cause pour des irrégularités de son passeport biologique. Le premier Marocain sanctionné pour ce motif avait été en 2016, Othmane El Goumri (revenu depuis à la compétition), et plus récemment El Mahjoub Dazza. Le marathonien, qui valait 2h05’, n’a pas hésité à aller jusqu’en appel au Tribunal Arbitral Du Sport mais n’a pas eu gain de cause.

Aziz Lahbabi, lui, ne comptait qu’un seul marathon à son actif, en janvier 2021, et bouclé en 2h10’. Peu en relation avec son record de 59’25’’ sur semi, et en théorie pas vraiment propice à attirer l’attention. Mais l’AIU a pourtant visé juste en le soumettant à des contrôles réguliers pour conclure à des anomalies sanguines. Certes, Aziz Lahbabi s’était déjà distingué dans le passé, avec une première suspension en 2011 suite à un contrôle positif à la Methylhexanamine, survenu quelques mois seulement après sa médaille de bronze du Mondial 2010 sur 5000 mètres.

Avec cette suspension, le Maroc confirme sa réputation malheureuse sur le plan dopage. Le cas d’Halima Hachlaf l’avait à nouveau dévoilé. Cette spécialiste du 800 mètres, âgée de 32 ans, a été positive l’année dernière pour la deuxième fois de sa carrière, et a, cette fois, reçu une suspension de 6 ans. La première remontait à 2013, pour une manipulation sanguine, et l’avait exclue des pistes pendant 4 ans. Elle courait alors sous les 2’. Cette fois, elle est sanctionnée pour l’usage de corticoïdes, car reçus sans autorisation médicale et par injection intramusculaire, interdite par les règles.

Halima Hachlaf sort par la petite porte, elle ne courait plus qu’en 2’03’’. Là encore, on ne peut parler de haut niveau. Comme pour Youssef Sbaai, un marathonien de 40 ans, valant 2h09, coincé fin 2020, pour utilisation d’EPO.

Paradoxalement, pour retrouver des athlètes marocains de stature internationale suspendus pour dopage, c’est en fait du côté du Bahrein qu’il faut se tourner. Avec les suspensions prononcées en août 2021, de deux anciens Marocains : El Hassan El Abassi et Sadik Mikhou, évoluant sous les couleurs du Bahrein depuis 2013 et 2015.

Sadik Mikhou avait déjà défrayé la chronique dopage, avec une suspension de 4 ans pour EPO, qui s’était achevée en décembre 2020. Le spécialiste du 1500 mètres avait très vite retrouvé son niveau antérieur (3’33’’) et s’était qualifié pour les Jeux Olympiques de Tokyo. Etonnamment, il se faisait sortir en séries, et cinq jours plus tard, il se retrouvait à nouveau pointé du doigt après l’analyse de son échantillon des JO. Avec cette fois, un motif très étonnant : celui d’avoir reçu une transfusion sanguine, effectuée grâce au sang d’un donneur compatible.

Idem pour son compatriote, El Hassan El Abassi. Le marathonien, qui avait créé une grosse surprise fin 2018 avec un chrono de 2h04’, soit 6 minutes de mieux sur son record, avait réalisé 2h06’ début 2020, pour se qualifier pour les Jeux Olympiques. Il venait à peine de terminer le marathon olympique de Sapporo qu’il recevait la notification de sa suspension provisoire, après que son échantillon prélevé aux JO ait, lui aussi, dévoilé qu’il avait reçu le sang d’un donneur.

Un doublé peu anodin, puisque, selon nos informations, les deux hommes faisaient partie du même groupe d’entraînement au Maroc, avec, également à leurs côtés, Othmane El Goumri.

A noter aussi que les sanctions pour dopage des athlètes marocains résultent fréquemment de contrôles effectués hors compétition, soit par des échantillons positifs, soit à la suite de la « fuite » de l’athlète lors du contrôle. C’est ainsi que sur les 30 suspensions actuellement recensées dans la Base de l’AIU, neuf ont été prononcées sur des tests positifs hors compétition, et deux sur des fuites, comme pour Abdelali Labali, qui avait refusé de se soumettre à un contrôle à Ifrane.

Avec en conséquence une suspension de 8 ans pour le jeune athlète, qui avait déjà été suspendu en 2016 pour des irrégularités sur son passeport biologique, à 23 ans seulement. L’affaire avait fait sensation en France, puisqu’il avait été le vainqueur du Championnat de France de cross court en 2015, sous les couleurs de Neuilly Plaisance. Et il n’avait pas manqué de questions autour de la réalité de sa grande précocité, 3ème du mondial junior sur 1500 mètres, et auteur de 3’35’’95 à 19 ans.

A. Labali cross court les Mureaux 2015
A. Labali vainqueur du cross court aux Mureaux en 2015

Autre signal très négatif sur la situation du dopage au Maroc, l’information publiée en décembre dans la presse marocaine que la Fédération d’athlétisme du Maroc aurait suspendu 16 jeunes athlètes, fermant ainsi la porte du championnat du monde Juniors de cet été à plus de la moitié des juniors. La FRMA n’a pas répondu à mes questions, mais il est certain que la délégation marocaine présente à Nairobi apparaît famélique, avec seulement 9 athlètes présents.

Ce serait donc un signal fort envoyé à l’attention des athlètes marocains, mais dommage tout de même que l’opacité demeure sur cette opération de « nettoyage ».

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photos : D.R.

Décisions Athletics Integrity Unit en 2021

Suspensions provisoires

23/12/21 – Aziz Lahbabi

Décisions prononcées

8/05/21 – Youssef Sbai – 4 ans

29/11/21 – Halima Hachlaf – 6 ans

Sanctions définitives prononcées

21/02/21 – BERRABAH, Yahya – 3 mois

20/05/21 – KACIMI, Marouane – 3 ans

2/06/21 – MABCHOUR, Hamza – 3 ans