Même si certains des meilleurs marathoniens est-africains seront au départ du prochain marathon de New York, l’accent sera mis cette année sur la participation d’une élite pro-américaine que les organisateurs cherchent à valoriser. Un virage dans la communication d’un marathon qui n’a plus rien à prouver sur le plan international.

 

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Imaginez un Marathon de Paris axant toute sa communication « Elite » sur les marathoniens français hommes et femmes. Attention pas seulement sur une Christelle Daunay qui, jusqu’à cette année olympique, pouvait seule drainer de l’attention médiatique sur ses frêles épaules. Mais sur une Elite consistante, présente sans sourciller au départ sur les Champs Elysées.
Bon, ne rêvons pas et ne blâmons pas les organisateurs, René Auguin le responsable du plateau Elite serait bien en peine de monter une telle opération médiatico-sportive dont le but premier serait de valoriser le marathon français.

Car au terme de cette olympiade et après la mise en place d’un plan de secours pour sauver cette discipline, le marathon français est dans le rouge dur et aucun indicateur ne peut laisser escompter à terme des jours meilleurs si ce n’est l’espérance de voir émerger un Hassan Chahdi au niveau européen. Le bilan actuel se mesure simplement par trois indicateurs : un seul qualifié (Christelle Daunay) aux J.O. de Rio, aucune femme sous les 2h 30’ (Aline Camboulives (2h 37’58’’ leader du bilan 2016), aucun marathonien homme sous les 2h 10’ (seulement 8 classés au bilan 2016 entre 2h 15’ et 2h 20’, Timothée Bommier leader avec 2h 15’38’’).
Bref l’idée même de valoriser l’élite française au regard de ce niveau de performance n’est que pure utopie.

116.000 dollars pour le plateau US

Ce qui n’est pas possible en France l’est aux Etats Unis. Pour preuve l’engagement fort du Marathon de New York à s’engager pour la valorisation des athlètes professionnels américains.

Lors de la conférence de presse présentant l’édition 2016 prévue le 6 novembre prochain, les organisateurs représentés par Peter Ciaccia, le responsable des évènements au sein du New York Road Runners Club, n’ont mis l’accent que sur la participation du top 10 hommes et femmes américains. Pour cela, ils ont mis la main à la poche pour financer l’attractivité et réunir ainsi « le plateau le plus excitant que nous ayons jamais eu » dixit le boss du marathon des 5 boroughs soit la somme globale de 116 000 dollars US en primes d’arrivée avec 25 000 – 15 000 et 10 000 pour le top 3 réservées aux citoyens américains (et ne pouvant être éligibles pour courir internationalement pour un autre pays).

Kim Conley et Molly Huddle font leurs débuts à NYC

Pourtant à y regarder de plus près, le plateau annoncé autant hommes que femmes n’est pas aussi « exciting » que le prétend le CEO du marathon. Certes chez les masculins, Dathan Ritzenheim mène la danse avec son temps de 2h 07’47’’ mais derrière, ça ne suit pas au même niveau avec des temps d’engagement allant de 2h 10’57’’ pour Ryan Vail à 2h 20’11’’ dont 5 coureurs à plus de 2h 15’.

Mais qu’importe c’est bien l’intention qui compte, relayée par les effets d’annonce. Car la stratégie de communication du Marathon de New York est parfaitement rôdée. Au-delà de la présence de ces 20 marathoniens nationaux, le NYRRC a également investi sur la présence de Kim Conley et de Molly Huddle qui, toutes les deux, feront leur début sur cette distance après avoir disputé les J.O. de Rio, la première nommée sur 5000, la seconde sur 10 000. Ce choix féminin n’est pas fortuit, il s’aligne sur les bases d’un marché running désormais dominé par les femmes.

Pour ce New York cuvée 2016, Kim Conley et Molly Huddle seront donc les maîtres de chaix d’un marathon à la fibre patriotique. Molly Huddle la détentrice du record US sur 5000 avec 14’42’’64 (6ème aux J.O. de Rio et 4ème à Pékin en 2015) sera également ambassadrice d’un projet de collecte de fonds destiné à financer des programmes running pour les enfants.

La force des organisateurs américains est bien là, créer l’évènement dans l’évènement, ce que ne sait pas faire l’épreuve parisienne. Certes 803 000 dollars US seront distribués avec au départ l’habituelle noria de coureurs est-africains, mais à quarante huit heures des élections présidentielles désignant le successeur de Barack Obama à la Maison Blanche, c’est bien un marathon aux aspects patriotiques qui devrait mettre en transe Big Apple. The show is go one.

Texte et photo Gilles Bertrand

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