La suspension pour dopage de Kennedy Lagat Kipyego suscite des remous au sein du club de l’ASPTT Annecy, où il a été licencié pendant quelques mois, amené par un autre licencié du club. Le Président du club affirme ne pas le connaître, et n’avoir pu refuser d’enregistrer la licence de ce Kenyan, autour duquel plane un deuxième mystère, avec la confusion de ses performances avec un autre athlète, Kennedy KipyeKo, qui a couru le semi de Nice, et la Stramilano…, mais n’est pas le vainqueur du marathon d’Annecy.

 

photo pour dopage 2

 

L’annonce de la suspension pour 4 ans de Kennedy Lagat Kipyego a plombé l’ambiance de rentrée au club de l’ASPTT Annecy, dans lequel le coureur kenyan a évolué durant quelques mois. C’est sous leurs couleurs qu’il a remporté le marathon d’Annecy mi-avril avec 2h12’. Et le Président du club, Dominique Vouliot, ne dissimule pas une certaine exaspération, et réfute toute responsabilité concernant le problème de l’adresse du coureur, qui n’a pas permis la distribution des courriers recommandés transmis par la FFA pour l’informer de son contrôle et de sa suspension.

Pour Dominique Vouliot, les choses sont parfaitement en ordre. A la prise de sa licence en décembre 2015, l’adresse de Kipyego était exacte, mais il aurait quitté ce logement immédiatement après le marathon d’Annecy. Et Dominique Vouliot souligne : « Oui, l’adresse était bonne. Il habitait à 5 minutes de chez moi ! »

Un inconnu à l’ASPTT Annecy

Malgré cette proximité, il affirme qu’il ne connaissait pas Kennedy Lagat Kipyego, qu’il prétend n’avoir jamais vu…. Et il explique : « Il a transmis un dossier pour sa licence en décembre. Tout était complet, le certificat médical, le chèque, le formulaire… Nous l’avons enregistré. Nous n’avons pas le droit de refuser un coureur qui veut se licencier. »

Comment ce jeune Kenyan a-t-il pu se retrouver au sein du club de l’ASPTT Annecy ? Dominique Vouliot évoque des intermédiaires, qui incitent ces coureurs à jeter leur dévolu sur un club pour y évoluer quelques mois, effectuer quelques compétitions et repartir. Et il faut un peu plus insister pour qu’il explique : « Un athlète marocain du club s’est mis en tête de constituer à Annecy un groupe d’athlètes d’élite. Il a voulu faire rentrer ce Kenyan ».

Bouchaib Kninech, athlète licencié depuis plus de 10 ans à l’ASPTT Annecy, serait l’homme à l’origine de ces recrutements, qui avaient en fait débuté il y a deux ans par un autre Kenyan. Mais Dominique Vouliot l’affirme fort : « Je n’étais pas d’accord. J’étais sûr qu’on aurait des problèmes avec ces gars-là. » Et dans ces problèmes, il intégrait justement l’éventualité d’un problème de dopage.

Kennedy Lagat Kipgeyo avait remporté le départemental de cross

Dominique Vouliot s’énerve un tantinet lorsque je marque ma surprise devant la situation de cet homme mystère : «Il y en a bien d’autres des coureurs licenciés qu’on ne voit jamais. Il a fait une seule course, le marathon d’Annecy. » Et le président Vouliot n’a pas assisté à cette victoire sur le marathon organisé par l’Annecy Haute Savoie Athlétisme, autre club local.

Kennedy Lagat KipeyGo

Kennedy Lagat KipeyGo

Cependant la fiche FFA de Kipyego indique d’autres compétitions, et en particulier le départemental de cross qu’il a remporté en janvier 2016, sur leque Dominique Vouliot feint la surprise. Quant aux épreuves courues à la fin d’année 2015, alors qu’il vient juste de se licencier, (corridas de Betheney, Magne, ), Dominique Vouliot affirme n’en avoir pas connaissance : « Oui, c’est possible, mais moi, je parle des compétitions faites dans le coin »

Mais justement, quelles compétitions a vraiment couru Kennedy Lagat Kipyego ? Les choses ne sont pas très claires, en raison de la confusion de ses performances avec celles de Kennedy KipyeKo. Les deux noms se différencient par un G et un K. Et pour le coureur licencié à Annecy par l’ajout de Lagat en 2ème nom. Le problème est que les informations recensées sur les différentes bases de données, de l’IAAF, comme de « All Athletics » mélangent les résultats des deux athlètes. Sur l’IAAF, le coureur KipyeKo n’est même pas connu…

Des performances emmêlées

La confusion a d’ailleurs amené Yann Radreau, responsable du plateau Elite pour « Le Lion », à réagir à publication de notre premier article, en indiquant que Kennedy Kipyeko, qu’il a invité pour la prochaine édition du Lion, n’est pas l’homme dopé d’Annecy.

Le manager Yannick Perroteau, grand connaisseur des athlètes du Kenya, a aussi apporté divers éléments démontrant que deux hommes évoluent sous une identité quasi-identique, et on peut penser que le Kipyego licencié à Annecy a tenté de « dupliquer » celle du « vrai » Kipyeko, pour créer une confusion, qui lui est finalement bénéfique en lui attribuant des performances qui ne sont pas les siennes.

Les documents d’identité dévoilent bien deux visages différents, l’un est né le 15 décembre 1991 à Mt Elgon, l’autre le 12 décembre 1990 à Marakwet. Et les performances sportives des deux athlètes se révèlent quasi identiques, avec toujours un petit décalage de quelques minutes ou secondes.

En deux ans, les donnes se sont tellement entremêlées qu’il n’est pas facile de savoir qui a fait quoi… Après analyse fine, il apparaît que KipyeKo, athlète managé par l’Italien Gianni Di Madonna, n’est pas le vainqueur du marathon d’Annecy, mais est bien celui qui a disputé plusieurs fois le semi marathon de Nice, et aussi couru à Marseille-Cassis, aux 15 km du Puy, et à la Stramilano avec un record sur semi à 1h00’39’’. Mais il  n’est pas possible de savoir s’il est celui qui a réalisé 2h18’ sur marathon à San Sebastien en novembre dernier.

Kennedy KipyeKo (au centre à l'arrivée du semi de Nice) est souvent confondu avec Kennedy Lagat KipyeGo

Kennedy KipyeKo (au centre à l’arrivée du semi de Nice) est souvent confondu avec Kennedy Lagat KipyeGo

Quant à KipeyGo, le coureur licencié à l’ASPTT Annecy, il a bel et bien remporté le marathon d’Annecy, en avril dernier. Il aurait aussi disputé celui de Montpellier en 2014, avec un chrono de 2h23’. Est-il celui qui a couru à Marvejols Mende cet été ? La performance lui est bien imputée sur le site de la FFA.

Autant d’éléments témoignant d’une multiplication de mensonges qui interpellent. D’autres zones d’ombre demeurent, sur le parcours exact de ce jeune Kenyan l’amenant à intégrer ce tout petit club d’Annecy, qui ne compte que 90 licenciés, pratiquant dans une ambiance bon enfant trails et courses de montagne.

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photo : D.R.