Le championnat du Monde de cross a confirmé la prééminence de l’Afrique de l’Est sur cette discipline, avec deux géants dominateurs, l’Ethiopie et le Kenya, qui réalise le doublé chez les seniors, grâce à Agnès Tirop et Geoffroy Kamworor, deux jeunes athlètes qui perpétuent la tradition.

 

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300ème médaille d’or pour le Kenya dans le Championnat du Monde du cross ! L’honneur est revenu à Agnès Tirop, qui ramène le titre mondial féminin pour la 5ème fois dans son pays. La jeune fille n’a que 19 ans, elle évoluait encore chez les juniors au Mondial de cross 2013, elle y avait terminé 2ème.

 

Elle s’inscrit ainsi dans la continuité d’une longue histoire d’amour entre le cross et le Kenya, que les athlètes femmes ont débuté très tardivement. Si le premier titre d’un Kenyan remonte à 1986, avec John Ngugi, il faut patienter jusqu’en 1994 pour voir une athlète briller, avec Helen Chepngeno. Mais cette première apparition ne sera que fugitive, et les choses sérieuses ne débutent vraiment pour le titre individuel que très récemment en 2009, grâce à Florence Kiplagat.

 

Elle ouvre ainsi un boulevard à ses compatriotes, qui damnent enfin le pion à leurs rivales d’Ethiopie, et suivent ainsi une trajectoire digne de leur statut témoigné par leurs nombreuses victoires collectives, conquises à 11 reprises.

 

Sur ce parcours de Guiyang, elles ont démontré que le cross demeurait bien une affaire strictement est-africaine, et dès la mi-course, le spectacle était saisissant, avec les équipes du Kenya et d’Ethiopie au complet caracolant en tête. Douze femmes seules au monde, dans une lutte au couteau menée tambour battant, à 3’15’’ au kilo.

 

Les deux mastodontes se détestent, et les décomptes de médailles des fins de championnats suscitent des hurlements de joie dans le clan vainqueur. A Guiyang, l’Ethiopie mène aux points, avec 11 médailles, incluant 5 en or, alors que le Kenya en totalise 9 médailles, avec 3 en or.

 

L’Ethiopie vainqueur par équipe

Cependant les Ethiopiens font la moue. Le doublé du Kenya leur arrache des grimaces. Les titres seniors sont les plus convoités. La victoire par équipe sauve tout de même l’honneur des athlètes d’Addis Abeba, elle se joue d’un souffle, les deux équipes ex-aequo départagées par leur 4ème homme !

 

Dans sa conquête chinoise c’est dans son propre camp que Geoffroy Kamworor a rencontré la plus forte opposition, avec Bedan Muchiri, supplanté dans les ultimes mètres. Leur précédente confrontation, lors des Trials au Kenya, avait tourné à l’avantage de Muchiri, et Geoffroy Kamworor a livré un finish impressionnant pour éviter le même scénario.

 

Geoffroy Kamworor a beau n’avoir que 22 ans, avoir été sacré champion du monde junior de cross il y a 4 ans, sa carrière se décline maintenant sur la route. Il a été sacré champion du monde de semi-marathon en 2014, et compte déjà à son actif 5 marathons et un chrono de 2h 06’. C’est par dépit qu’il s’est orienté vers le marathon, après la déception d’avoir échoué à obtenir sa qualification sur 5000 mètres pour les JO de Londres, et il se tournait vers le marathon de Berlin, il y prenait la 3ème place.

 

Les Etats-Unis 7ème

Ce Mondial chinois n’a pas dérogé à la règle. Les deux géants, le Kenya et l’Ethiopie, donnent le ton à toute l’Afrique de l’Est. Les Etats-Unis sont la première équipe non-africaine, 7ème. Seulement dira-t-on aux Etats-Unis où tant d’espoirs reposaient sur les épaules des athlètes américains. Mais l’Erythrée, l’Ouganda, la Tanzanie comptent dans les leaders, et le Bahrein s’est maintenant invité au bal, et conquiert la médaille de bronze avec son équipe hétéroclite.

 

Dans deux ans, le Mondial s’installera à Kampala en Ouganda. L’IAAF aura-t-elle trouvé un stratagème d’ici là pour relancer l’intérêt hors Afrique de ce superbe rendez-vous ?

 

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photo : Getty
Agnès Tiprop

Agnès Tiprop