Un grand désespoir submerge Laureline Gaussens depuis l’annonce de sa suspension pour deux ans par la FFA suite à un contrôle positif effectué fin mai à l’arrivée des 47 km de l’Ultra Trail de Côte d’Or. Elle a accepté de répondre à nos questions, pour expliquer qu’elle ne comprend pas la présence de morphine dans ses urines. Elle a fait appel de sa décision, en s’appuyant sur une explication qu’elle ne veut pas révéler jusqu’à ce que son appel soit examiné.

 

Laureline Gaussens, suspendue par la FFA

 

J’ai donné mon point de vue sur ce qui s’était passé sur mon compte Facebook. Après, je l’ai bloqué. On m’a beaucoup fait mal, beaucoup blessé. Mon point de vue est que je suis innocente. J’ai fait appel de la décision. J’ai sûrement trouvé pourquoi. J’attends de voir comment se passe l’appel. J’espère juste avoir des excuses par rapport à tout ce qui a pu se dire. Tout ce que les mauvaises langues ont pu dire sur moi.

  • Quelle est votre explication ? Sur quelles bases avez-vous fait appel ?

Je ne peux pas donner l’explication car pour l’instant, je n’ai aucune certitude. Pour l’instant, j’attends d’avoir tous les éléments du médecin que j’ai contacté.

  • Est-ce lié à un problème d’utilisation de codéine ?

Non, pas du tout. Non, pas avec des médicaments. Le problème est que moi, je prends zéro médicament. C’est ce que j’ai expliqué à la première commission. J’ai fait beaucoup de lettres, beaucoup d’explications. Maintenant savoir d’où ça vient ? Même moi, je ne savais pas et je pense maintenant avoir l’explication. En attendant la commission d’appel, (je ne sais pas encore la date), j’en ai fait part à mon avocat qui pense c’est un bon élément. J’en ai parlé au médecin de la FFA à Grenoble qui m’a dit que c’était une bonne piste d’explication. C’est juste que je suis brisée par tout ça. Et que je trouve que la sanction qu’on m’a donnée est énorme. Il y a des gens qui ont été relaxés pour beaucoup, et moi, on me donne 2 ans, on m’enlève des courses. On me retire des victoires que je suis vraiment allée chercher, je m’entraîne 25 heures par semaine. C’est vraiment difficile !

  • Aviez-vous pris un avocat dès le début de la procédure ?

Non. Je n’ai pas pu me prendre à la première commission. C’était le 19 août. Je travaillais. Personne ne pouvait me remplacer à mon travail, car il y avait beaucoup de monde en vacances. J’ai appelé la FFA, j’ai demandé si c’était grave si je n’étais pas présente. J’ai demandé aussi à l’AFLD. Et les deux m’ont bien dit que ce n’était pas grave. J’ai donné une attestation de mon employeur. Mais j’ai l’impression qu’on m’a aussi sanctionnée car j’étais absente. C’est vrai que c’est compliqué, je ne sais pas trop comment me positionner par rapport à ça.

  • Maintenant, vous avez pris un avocat pour faire un appel. Est-ce cet avocat qui vous a conseillé de trouver une explication ?

Moi, ça fait 1 mois et demi que je ne dors pas. C’est moi qui ait voulu prendre un avocat car je veux absolument me sortir de cette histoire et que ça ne me suive pas dans le sens où je n’ai rien fait. Si j’avais pris du Doliprane Codéiné, je l’aurais dit à la première commission. J’aurais dit Voilà, j’ai pris ça, je ne savais pas. Mais moi, je ne prends aucun médicament. Je n’ai jamais été médicamentée pour rien. J’ai envoyé mon dossier médical, ils voient très bien qu’il n’y a aucune ordonnance sur ce cas-là. Je veux essayer de me battre car je souffre trop, tout simplement.

  • On a trouvé de la morphine dans votre urine. Comment votre médecin l’explique-t-il ?

Il y a des traces de codéine et des traces de morphine. Simplement, la codéine quand elle est dégradée, elle produit de la morphine, même si ce sont des molécules différentes. Il y a des présences de morphine, car ça se dégrade comme ça.

  • Mais vous n’aviez pas pris de codéine non plus ?

Non. Je n’ai rien pris. L’explication que j’ai est à mon insu. Je n’étais pas au courant, je ne le savais pas. Et ça ne dépend pas de moi.

  • Cela veut dire que quelqu’un vous aurait donné quelque chose ?????

Non, pas du tout. Si vous voulez, je ne peux pas véhiculer l’information, ce n’est pas encore sûr. Ce n’est pas que j’ai honte de donner l’explication, mais tant que je n’ai pas eu l’appel, je ne peux pas me permettre de mettre en avant des données d’explications, si ce n’est pas vérifié.

  • Où en est votre dossier maintenant ?

J’ai fait appel. Cela peut prendre deux mois au niveau de la FFA. J’attends les dates. Après, dès que l’appel sera passé, je pourrai vous donner plus d’explications.

  • Dans la délibération de la FFA, il est mentionné le fait que vous avez progressé cette année.

C’est faux. L’année dernière et l’année d’avant, j’ai toujours bien réussi mes courses, j’ai toujours été bien placée au scratch. Cette année, j’ai fait des premières places, mais il n’y avait pas non plus l’élite. J’étais bien placée au scratch, c’est vrai, mais rien de très différent de l’année précédente. J’étais toujours bien placée au scratch, et sur le podium féminines. Aux Templiers, j’ai terminé 6ème, j’étais bien placée au niveau du général aussi. Je suis dégoûtée par rapport à tout ça !

  • Quelle est votre profession ?

Je suis prof de fitness. (Les sanglots couvrent sa voix).

  • Cette situation pose problème au travail ?

Non, pas au travail, car les gens me connaissent. Ils me voient tous les jours partir 2 heures, ils savent. Le souci est pour moi, car je me sens salie. Tous les matins, je me lève avec ça, et courir m’a aidée à vaincre beaucoup de choses dans ma vie. Et qu’aujourd’hui, c’est très difficile d’être suivie comme ça. Les gens ont dit des choses horribles. Je ne méritais pas ça. Déjà, j’avais décidé de me retirer du monde médiatique, je voulais juste que ça reste un plaisir, sans pression. C’est la décision que j’avais prise cette année, avant d’arriver sur un niveau plus important. Et finalement, cela m’arrive dessus, et ce n’est pas à moi que ça devait arriver !

  • Avez-vous le sentiment de vous être mal défendue ?

Non. La première commission, je n’avais pas d’éléments explicatifs. Effectivement, j’aurais peut-être dû être présente, mais je ne pouvais pas lâcher mon travail. Et on m’avait expliqué que ça ne reste que de la codéine. Cela n’a jamais été un facteur performance. A aucun moment, ça n’a fait gagner personne. Cette année, j’ai gagné plusieurs courses, on remet ça en cause, et pourtant, ce n’est pas grâce à ça que j’ai pu gagner quoi que ce soit. J’ai dit au médecin de la FFA que je suis prête à faire toutes les analyses que vous voulez, urinaires, sanguines.

Interview réalisée par Odile Baudrier

 

LES PRECEDENTS CAS DE DOPAGE A LA MORPHINE

Il existe des précédents en matière de présence de morphine dans les urines de sportifs. Les cas concernent des joueurs de rugby et de basket. Ainsi en 2013, le Gallois Eifton Lewis Roberts, qui évolue au RC Toulon, est contrôlé avec de la morphine et de la cathine, et dans le même match, son coéquipier Steffon Armitage, international anglais, connaît le même sort.

Dans les deux cas, sont incriminés des médicaments à base de codéine, en l’occurrence un Dafalgan codéiné pour Steffon Armitage. Comme pour le basketteur Rodrige Tetaianuari’i, contrôlé positif avec de la morphine, en 2011, après qu’il ait ingéré du « Codoliprane » contenant également de la codéïne (et donc la sanction avait été annulée par la suite par le TAS).

Tous les éléments disponibles sur de tels cas convergent autour d’une seule cause possible : la prise de codéine, qui peut se dégrader en morphine. Mais la prise de morphine est également possible.

Selon Pierre Sallet, expert anti-dopage, lors d’un contrôle, la codéine est en théorie dosée afin d’identifier l’origine de la prise. Dans le cas de Laureline Gaussens, si cette option n’a pas été retenue par le laboratoire d’analyse, il reste seulement la prise de morphine que l’on retrouve en France dans 26 médicaments. La notion de seuil permet d’identifier une prise « ancienne » hors compétition par exemple, d’une prise récente durant la compétition. Mais Laureline Gaussens soutient n’avoir pris aucun médicament. Si elle avait un motif autre à présenter, celui-ci aurait pu être exposé durant la procédure. Ce qu’elle n’a pas fait. Est-ce la piste qu’elle veut maintenant présenter lors de son appel pour justifier ce taux élevé de morphine ????