C’est un pavé dans la mare que le site Francs Jeux a jeté en révélant que l’Arabie Saoudite souhaitait postuler aux Jeux Olympiques pour accueillir seulement les épreuves masculines alors que son voisin, le Bahreïn, serait le cadre des épreuves féminines.

 

Sarah Attar, sur la piste des JO de Londres, 1ère femme saoudienne autorisée à disputer les JO.

Sarah Attar, sur la piste des JO de Londres, 1ère femme saoudienne autorisée à disputer les JO.

Alain Mercier, le créateur et rédacteur de FrancsJeux, un site dédié à l’actualité francophone du sport international, a recueilli un très joli scoop. Le journaliste, passionné d’athlétisme, a provoqué un beau tollé après la publication de son interview du prince Fahad J. A. Al-Saud, le conseiller du président du Comité Olympique d’Arabie Saoudite.

Questionné sur la possibilité d’accueillir les Jeux Olympiques, celui-ci a en effet évoqué la possibilité de s’associer avec le Bahreïn, ce dernier accueillant les épreuves pour les femmes alors que l’Arabie Saoudite se limiterait aux épreuves pour les hommes.

Car le Conseiller Al Saud l’avoue tout de go à FrancsJeux, la société saoudienne demeure très conservatrice sur le plan de la place de la femme dans le sport, et en particulier une femme ne peut porter une tenue de sport en public ou pratiquer le sport en compétition.

Cette possibilité d’éclater les JO sur deux pays résulte d’une nouvelle disposition prise par le CIO en fin d’année 2014, afin d’ouvrir plus de possibilités aux pays candidats.

L’idée de ces JO séparés en deux pour satisfaire aux règles très strictes appliquées aux femmes dans ce pays hyper rétrograde a de suite soulevé une forte hostilité, y compris du président du CIO, l’Allemand Thomas Bach.

Pour les JO de Londres en 2012, il avait fallu la menace d’un bannissement de la part du CIO pour obtenir que des femmes saoudiennes soient présentes. Et ce n’est que quelques jours avant le début des JO que l’Arabie Saoudite cédait pour annoncer deux femmes dans sa délégation, Sarah Attar engagée sur 800 mètres et la judoka Wojdan Shaherkani.

Sarah Attar, saoudienne et également américaine

Deux femmes seulement, mais cela suffisait à clamer à tout va que cela marquait la volonté du pays de prendre en compte le sport au féminin…

A Londres, dans les séries du 800 mètres, Sarah Attar courait dans la dernière série, la 6ème, et elle en sera l’attraction pour le public. Beaucoup plus que la Kenyane Janeth Jepkosgei, la vice-championne olympique. Mais les spectateurs ne s’intéressent qu’à cette jeune femme, à la tenue peu conformiste, un long voile blanc sur la tête, un tee-shirt vert aux manches longues, un pantalon noir.

Sur la piste, Sarah fait de la figuration. Elle boucle ses deux tours de piste en 2’44’’, sous les hourras du public qui adore ce qu’elle symbolise, l’accès des femmes à l’olympisme.

En réalité, nous avions découvert à la fin de cette épreuve que le Comité Olympique d’Arabie Saoudite ne l’avait pas choisie au hasard pour cette mission très spéciale. Car Sarah était en fait étudiante à l’Université Pepperdine de Los Angeles, et elle bénéficiait d’une double nationalité, saoudienne et américaine.

Cela lui permettait d’assumer avec brio cette situation. Et en particulier de réduire de manière sibylline ses réponses à la meute de journalises qui l’attendaient à sa sortie de piste, en répétant inlassablement et avec le sourire : « Je veux dire que je suis heureuse d’être là ! »

Cette démonstration s’était bel et bien réduite à une simple mise en scène. Elle n’avait rien changé à la politique discriminatoire menée par le gouvernement saoudien à l’encontre des femmes dans tous les domaines, et y compris celui du sport, comme l’a dénoncé l’association Human Rights Watch, et comme le reconnaît sans détour le Conseiller du Président du Comité Olympique dans l’interview confiée à FrancsJeux. Même s’il constatait que cette discrimination altérait les possibilités pour l’Arabie Saoudite d’accueillir de grands évènements sportifs.

> Texte : Odile Baudrier

> Photo : Gilles Bertrand