L’anti dopage américain s’illustre de piètre manière ces derniers mois. Après le « cas » Richardson, où la sanction a été critiquée jusqu’au Président Biden, l’affaire de Shelby Houliban a laissé apparaître une contestation de moult athlètes et journalistes sportifs, sceptiques de son dopage à la nandrolone. Mais le rapport publié par le Tribunal Arbitral du Sport torpille toutes les contre-vérités distillées par la double recordwoman américaine. Au même moment, il apparaît que l’agence anti-dopage américaine a autorisé un athlète du Kenya à poursuivre sa carrière depuis fin 2014, date de son contrôle positif, également à la nandrolone. Entre sceptiques et incompétences, le dopage a de beaux jours devant lui… Et pas seulement aux Etats-Unis !

Un raz de marée de soutiens. Shelby Houliban a bénéficié de la « prime » nationaliste. Celle qui ne remet pas en cause les performances des athlètes de son propre pays et qui autorise à douter des athlètes du reste du monde… La double recordwoman américaine (1500 et 5000 m) peut se targuer d’avoir acquis à sa cause athlètes et journalistes sportifs américains, totalement enclins à accepter sa très douteuse explication sur l’origine de son contrôle positif à la nandrolone. Un burrito de porc l’aurait contaminé. Et ses défenseurs d’y aller de leurs raisonnements alambiqués pour justifier qu’elle aurait donc été dopée à son insu.

Mais en ce début du mois de septembre, un rapport de 44 pages a torpillé toutes ces idioties construites pour l’excuser. Celui rédigé par le Tribunal Arbitral du Sport, pour justifier sa décision de maintenir la suspension imposée par l’Athletics Integrity Unit. Ce gros document, très technique et complexe à comprendre, laisse apparaître une seule vérité : il est très improbable qu’un burrito de porc ait pu provoquer un tel contrôle positif.

Car les analyses effectuées démontrent que les taux de nandrolone trouvés dans l’urine de Shelby Houlihan se révèlent 2 à 3 fois plus importants que s’ils étaient consécutifs à la consommation d’une viande contaminée. Et les explications avancées par l’équipe des avocats de Shelby Houlihan, qui soutient qu’elle aurait reçu par erreur du porc au lieu de bœuf, et que ce porc aurait été issu d’une bête non castrée, n’ont nullement convaincu les juges du TAS, qui estiment au contraire que force est d’admettre qu’elle a été incapable de démontrer que cette violation des règles anti-dopage n’était pas intentionnelle.  

Patatras pour tous les soutiens de l’athlète, qui se sont faits très très discrets face à ces éléments très concluants sur la tricherie de la demi-fondeuse, qui ébranle l’ensemble de son groupe du Bowerman TC, puisque ses partenaires d’entraînement n’ont pas hésité à témoigner en sa faveur, comme , pas plus que les témoignages de ses partenaires d’entraînement, comme Mark Centrowitz, Shalane Flanagan, Lindsey Frerichs, Courtney Frerichs, sacrée vice-championne olympique à Tokyo cet été.

Dans tout ce débat autour de ce contrôle, l’USADA, l’agence anti-dopage américaine, a souvent été pointée du doigt tant elle a fait pour sa part preuve de mansuétude pour d’autres sportifs US confrontés à la même situation. Mais cette fois, c’est l’Athletics Integrity Unit qui a mené la danse, pour éviter que l’affaire se retrouve enterrée.


Autorisé à courir pendant sept ans avant d’être suspendu !!

Hasard des calendriers, ou pas, quelques jours plus tard, l’USADA se retrouve à nouveau dans l’œil du cyclone, cette fois, pour un contrôle positif dissimulé depuis près de 7 ans ! Oui, c’est bien en décembre 2014, à la veille du marathon de Sacramento, que le Kenyan Eliud Ngetich avait été détecté positif, lui aussi à la nandrolone. Mais ce n’est qu’au mois d’août 2021 qu’une suspension lui a été signifiée, une année seulement au lieu de deux.

Ceci parce qu’il a accepté de collaborer avec l’anti-dopage américain, pour fournir des informations. Des infos en or ?? Sans doute puisqu’il a été autorisé à continuer à courir sur le sol américain. Car ce Kenyan de 28 ans n’a en réalité été suspendu que quatre mois seulement, d’avril à juillet 2015. Depuis cette date, il a eu carte blanche pour poursuivre sa carrière, il a ainsi disputé 61 compétitions, de la piste au marathon en passant par le semi et le 10 km, incluant 20 victoires, y compris sur marathon.

Pourquoi un tel laxisme ? Secret défense. C’est la seule réponse possible. Et cette dissimulation n’est pas à l’honneur de l’anti-dopage. Qu’il soit américain ou pas.

Texte : Odile Baudrier