Le dernier recours intenté par l’Américaine Shelby Houlihan lui est demeuré défavorable, la Cour Suprême Suisse a conservé la sanction de quatre ans prononcée par l’Athletics Integrity Unit, après un contrôle positif à la nandrolone. L’athlète, détentrice des records américains du 1500 m et du 5000 m, a toujours plaidé son innocence, et rejoint le camp des pourfendeurs du système de l’anti-dopage, l’accusant de résultats faux et de non fiabilité…  

La dernière chance de Shelby Houlihan de voir sa suspension réduite ou annulée vient de s’évanouir avec la décision de la Cour Suprême Suisse de lui maintenir sa sanction de quatre années, qui s’achèvera en 2025. La spécialiste du 1500 m et du 5000 m aura alors 31 ans.

Shelby Houlihan a annoncé elle-même cette information via son compte Instagram, qu’elle alimentait depuis plusieurs mois avec des news sur sa vie «d’après », l’entraînement qu’elle conservait, dans l’espoir de pouvoir renouer rapidement avec la compétition. Elle avait ainsi largement communiqué en février sur ses chronos de 4’03’’15 sur 1500 mètres, et 14’47’’ sur 5000 mètres, réalisés seule, et qui témoignaient de sa forme.

Visiblement, elle poursuivait son entraînement au sein du groupe de son coach, Jerry Schumacher, qui avait compté parmi ses plus forts soutiens lorsque son cas de dopage avait été révélé au grand jour, après plusieurs mois de mensonges de la part de l’entraîneur, comme de l’athlète, qui soutenaient qu’elle était absente des compétitions pour des raisons de blessures.

Une présence sur la piste quelque peu dérangeante pour les puristes de l’anti-dopage, tant il est clairement établi dans les décisions de suspensions que l’accès aux stades leur est interdit. Mais Shelby Houlihan et Jerry Schumacher jouaient sur les subtilités, soutenant que les pistes utilisées étaient privées et lui demeuraient donc accessibles.

Ce point témoignait d’une attitude globale très laxiste de la communauté de l’athlétisme US envers Shelby Houlihan, apparue dès le début de l’affaire, avec des athlètes comme Shahane Flanagan, Mark Centrowitz, Courtney Frerichs, soutenant l’idée de son innocence. En début d’année 2022, ils avaient été plusieurs athlètes de renom à apparaître en soutien de son crowdfunding lancé sur « GoFundMe », pour financer ses coûts d’avocats. Et le site Let’s Run, toujours très prompt à s’offusquer des cas de dopage, était apparu, lui aussi, très incrédule face à la mise en cause de cette athlète chérie de l’Amérique.

Le spécialiste Ross Tucker confirme que la contamination accidentelle est quasiment impossible

Ce printemps, Let’s Run avait même financé une analyse du « cas » Houlihan par le sud-Africain, Ross Tucker, réputé pour ses connaissances en physiologie du sport, et grand pourfendeur du dopage et de la tricherie en sport. Et les conclusions de Ross Tucker avaient été sans appel : une contamination accidentelle apparaissait quasiment impossible, compte tenu des taux très élevés de nandrolone constatés lors du contrôle de décembre 2020. Il se situait ainsi en contrepoint avec le scénario très compliqué présenté par les conseils de Shelby Houlihan, soutenant que la nandrolone lui avait été transmise dans un burrito de porc non castré.  

Malgré cette nouvelle étude à charge contre elle, Shelby Houlihan n’a conservé qu’une seule ligne de conduite, celle de son innocence, et a poursuivi son entraînement en vue d’une reprise proche. Avec tout de même un gros chaos, celui du départ de Gabriella DeBues-Stafford, du groupe d’entraînement de Jerry Schumacher. La jeune Canadienne, 5ème aux JO de Tokyo sur 1500 m, avait préféré quitter le Bowerman Track Club, soucieuse d’éviter tout risque d’être associée avec une athlète suspendue pour dopage.

Car contrairement aux affirmations des « Pro » Houlihan, la situation n’était pas si limpide qu’ils voulaient le faire croire, et un athlète pourrait être mis en cause par l’Athletics Integrity Unit, pour cette proximité avec un athlète interdit.

Là encore, Shelby Houlihan avait préféré jouer sur la surprise d’avoir ainsi posé difficulté à de Gabriella DeBues-Stafford, en soutenant avoir pris toutes précautions pour éviter d’être sur la piste en même temps que d’autres athlètes. Une explication pour le moins fantaisiste, car qui peut le vérifier, en-dehors d’elle-même et de son coach, à l’honnêteté visiblement peu fiable….

Une longue parenthèse s’ouvre maintenant pour Shelby Houlihan, qu’elle aborde dans le déni complet de ce contrôle positif. Au contraire, elle préfère attaquer de manière frontale le système anti-dopage, en écrivant : « Je pense qu’il y a des loupés dans le système anti-dopage, dont les pratiques non fiables débouchent sur des résultats injustes. Je crois que c’est cassé. Je crois qu’il y d’autres athlètes innocents qui ont été, et qui continueront à être affectés par ce système. » Un credo de la non fiabilité du système de l’anti-dopage enfourché régulièrement, à travers le monde entier, par des sportifs dopés, avides de se présenter en victimes de leurs dérives.

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photo : D.R.