La Russie en pleine tourmente

21 janvier 2015

Un véritable séisme secoue l’athlétisme avec les révélations sur l’étendue du dopage en Russie, qui menacent jusqu’à l’IAAF.

 
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Un séisme. Le terme n’est pas trop fort pour qualifier le mouvement secouant l’athlétisme russe et mondial. Le documentaire diffusé début décembre par la télévision allemande a révélé au grand jour l’ampleur du dopage en Russie, à travers le témoignage d’un ex-membre du RUSADA, l’agence russe de l’anti-dopage. Mais l’affaire éclabousse aussi l’IAAF, en raison des suspicions de corruption émises à l’encontre de Valentin Balakhnichev, le président de la Fédération Russe et également trésorier de l’IAAF.

L’omerta sur le dopage en Russie a été brutalement brisée par Vitaliy Stepanov. Ce Russe de 32 ans, qui a étudié aux Etats-Unis, a été durant trois ans employé de la RUSADA, l’agence anti dopage russe. Mais au printemps dernier, il se décide à témoigner auprès du journaliste allemand Hajo Seppelt, qui enquête depuis les JO de Sotchi sur ce sujet.

Et c’est une véritable bombe qu’il livre avec des informations sur le recours systématique au dopage pour amener à la performance, sur l’orchestration de ce dopage par l’ensemble des coaches et officiels, et également sur la dissimulation des tests positifs à la demande du Ministère des Sports.
Vitaliy Stepanov n’est pas le seul à témoigner, son épouse, Yuliya Stepanova (ex Rusanova), coureuse de 800 mètres, accuse aussi le système russe, elle-même ayant été suspendue pour avoir ingéré les médicaments prescrits par son entraîneur.

Le duo s’implique de manière forte pour enregistrer et filmer des échanges avec des entraîneurs, conseillant d’absorber de l’EPO ou de l’Oxandrolone, des stéroïdes anabolisants.

D’autres témoignages affluent vers Hajo Seppelt, et à travers cette enquête, plusieurs entraîneurs phare de Russie sont ainsi mis en cause, comme Melnikov, Portugalov, ainsi que des athlètes référents, comme Mariya Savinova, la championne olympique du 800 mètres à Londres.

C’est nauséabond à souhait, révélant aussi la sale affaire de corruption entourant la marathonienne Liliya Shobukhova qui éclabousse le patron de l’athlétisme russe, Valentin Balakhnichev. L’histoire est tellement sordide qu’il ne mettra que quelques jours à présenter sa démission de son poste de trésorier de l’IAAF. Car les langues se délient d’un coup, et de nouvelles révélations tombent, avec des révélations sur des pots de vin encaissés par le fils de Lamine Diack, et sur de possibles contrôles couverts par l’IAAF, là encore moyennant finances.

Deux dossiers sur lesquels l’IAAF mènerait une enquête, sans qu’on en sache beaucoup plus pour le moment. Seuls points tangibles : l’arrêt de la collaboration de l’IAAF avec Papa Massata Diack, et la démission de Gabriel Dolle, le patron de l’anti dopage à l’IAAF, qu’il avait présentée dès le mois de septembre après avoir été entendu par la Commission Ethique de l’IAAF.

3000 contrôles effectués par le WADA

Côté Russie, la réaction est venue du Ministre des Sports, qui sollicitait la venue de l’agence mondiale de l’anti dopage WADA, pour y effectuer des prélèvements. Ce sont 3000 contrôles qui auraient ainsi été effectués et en cours d’analyse.

Valentin Balakhnichev, lui, a conservé ses fonctions de Président de la Fédération et a accueilli sans ciller les nouveaux scandales de ce début 2015. La participation fin décembre à un meeting en salle à Saransk de la marcheuse Yelena Lashmanova, alors qu’elle est actuellement suspendue pour deux ans. Les nouvelles sanctions de trois marcheurs, tous les trois champions olympiques, pour irrégularités de leur passeport biologique.

Autant de confirmations du laisser aller total de la fédération russe, son principal dirigeant n’hésitant pas affirmer qu’il ne lui était pas possible de surveiller tout le monde et de vérifier qu’ils respectent les règles, avant de clamer que le dopage russe serait bientôt éliminé.

On a du mal à le croire à considérer que Valentin Balakhnichev, 66 ans, est présent depuis 50 ans dans l’athlétisme russe, d’abord comme athlète, puis coach, et qu’il préside la fédération depuis près de 25 ans…

> Texte : Odile Baudrier

> Photos : Gilles Bertrand