Paul Tergat pourrait assurer l'intérim à la tête de la fédération kenyane

Paul Tergat pourrait assurer l’intérim à la tête de la fédération kenyane

 

Avec la multiplication des scandales liés au dopage, l’Etat kenyan a tranché et a décidé de faire le ménage au sein de la fédération. Son président Iasaiah Kiplagat a été poussé à la porte après 22 ans de règne. Paul Tergat est pressenti pour diriger l’intérim.

 
Sa tête n’a pas été mise à prix mais son sort est scellé, Isaiah Kiplagat le président de la Fédération Kenyane d’Athlétisme va devoir enfin céder son fauteuil dans lequel il se croyait roi.

Il y avait urgence à purger une fédération jugée à la fois corrompue sur le plan financier et irresponsable face à la montée du dopage. Et c’est le secrétaire d’Etat au sport, Hassan Wario qui est finalement monté au front pour avoir la peau d’un président jugé responsable d’une situation en totale déliquescence.

La course à pied au Kenya est une raison d’Etat. C’est également une « industrie » florissante qui soutient l’économie kenyane notamment dans le triangle d’or Nyahururu – Eldoret – Nakuru où les investissements des athlètes pèsent le développement local. A ce double titre, il y avait donc nécessité urgente d’intervenir et de frapper au plus haut des instances de la fédération. Ainsi Isaiah Kiplagat enfoncé et accroché à son trône depuis 23 ans, il était entré en fonction en 1992, a laissé les clefs d’une institution qui a bien besoin de grandes réformes pour effacer ce qui a été ressenti au Kenya comme un véritable affront et un déshonneur national.
Isaiah Kiplagat était dans les murs plus exactement depuis 1975, année où il obtient son premier poste alors qu’il n’a que 31 ans. Puis les portes s’ouvriront les unes après les autres pour le conduire à la présidence. Fin d’année 2014, il avait annoncé son intention de briguer le poste de vice président de l’IAAF alors qu’il occupait depuis 1999 un siège au conseil de la Fédération Internationale. Ainsi en moins de deux semaines, l’IAAF perd deux de ses pontes après la mise au placard du président de la fédération russe Valentin Balakhnichev pour les mêmes raisons que Kiplagat, avoir fermé les yeux et cautionné implicitement des pratiques dopantes.

Longtemps le Kenya fut à l’abri des pratiques dopantes. Des rumeurs non vérifiées ont certes circulé sur certains européens qui furent les premiers à croire dans le potentiel des coureurs kenyans sur toutes les distances du demi fond au marathon. Mais la théorie du gamin qui se forge une endurance hors du commun en allant à l’école en courant ou au cul des vaches et des chevreaux participa avec un certain angélisme à construire l’image d’un sport sain et naturel.

Laissant le champ libre à tous les physios mafieux trafiquants d’oxygènes, de globules et d’hormones de croissance

La dope est arrivée il y a peu. Il y a moins de 10 ans lorsque des écuries de marathoniens se constituent pour écumer le marché des épreuves internationales s’ouvrant à tous les continents, de la Chine au Brésil, des pays du Golfe à Singapour. Ainsi la gangrène s’infiltre, pervertissant un système pourtant salué comme modèle de détection.

Les premiers cas de dopage tombent. La fédération reste muette, à peine embarrassée. Puis certains records deviennent douteux et la méfiance s’installe. De nouveaux cas apparaissent et le ciel s’obscurcie jusqu’à ce reportage de la TV allemande lève le voile sur un mal profond provoquant un séisme. Les premières interrogations sur le niveau de lutte anti dopage tombent, les premiers éléments d’analyse sont formels : la lutte anti dopage au Kenya y est pratiquement inexistante, laissant le champ libre à tous les physios mafieux trafiquants d’oxygènes, de globules et d’hormones de croissance.

On pousse l’échafaud sur la place du village, les jours d’Isaiah Kiplagat sont comptés. C’est finalement le contrôle positif à l’EPO sanctionnant Rita Jeptoo qui décide le Secrétaire d’Etat au Sport à réagir. Il était présent à Boston lorsque la marathonienne franchit la ligne en levant les bras vers le ciel en avril 2014, une victoire le gonflant de bonheur et de fierté. Quelques mois plus tard, c’est le déshonneur qui l’envahit. Et sous la pression des anciens olympiens tels Paul Tergat ou Wilfred Bungei, il ordonne la démission du président dinosaure et de celles de 14 délégués régionaux sur les 16 que compte la fédération.

Un nouveau directoire sera nommé. Mais avant cela, un intérim sera nécessaire pour panser les plaies. Pour présider celui-ci, Paul Tergat, le quintuple champion du monde de cross reconverti en business man, a été pressenti. La presse kenyane le présente déjà comme l’homme providentiel avec à ses côtés, une garde rapprochée constituée d’hommes et de femmes ambassadeurs du sport et de l’Etat kenyan tels que Moses Tanui, Douglas Wakiihuri, Tegla Lorupe. Le chantier est vaste d’autant plus que le Kenya a sur les bras un vaste chantier, celui d’organiser en 2017 les championnats du monde cadets à Nairobi. Le temps presse.

> Texte et photo Gilles Bertrand