Hugo Hay - Chia Sardaigne 2016

Hugo Hay

Le Sèvre Bocage Athlétic Club est un club formateur avec une section demi fond qui affiche le sourire. Car depuis deux ans, le SBAC montre le maillot avec Hugo Hay, 7ème aux Europe de cross en Sardaigne et Pierre Proust champion de France de cross chez les cadets en 2016, tous les deux entraînés par Abel Jamain. Portrait de Hugo Hay le leader du groupe.

 

« Je ne sais pas si vous l’avez ressenti comme moi, mais j’ai qu’en même eu l’impression que sur le podium des Europe de cross, c’était bien Hugo qui était à la manœuvre ». Les six crosseux, la main sur le cœur, la médaille à croquer, le bonheur en bandoulière, le V entre les doigts et la Marseillaise en fanfare, Hugo, le second dans cette rangée de médaillés, un selfy pour l’éternité.
Abel Jamain en est convaincu « Hugo est un meneur ». Attention, il ne faut pas se méprendre sur le mot. Meneur comme poseur d’idées, meneur comme traceur, meneur comme facteur de cohésion. L’entraîneur du jeune espoir raconte « vous savez que nos Inters de cross ont été annulés en raison de la tempête. De suite, Hugo a eu seul cette initiative de rassembler une dizaine de gars motivés. Il m’a interpellé « on va faire une sortie tous ensemble sur la voie verte ».

Hugo Hay

Hugo Hay a sonné à la porte du club, le Sèvre Bocage Athlétic Club, en minime. Abel Jamain, ancien prof de français à la retraite et entraîneur au SBAC depuis 28 ans, se souvient encore de la phrase prononcée par le minot détecté chez les scolaires par Martine Brunerie « il est venu me voir pour me demander « Monsieur, je peux m’entraîner dans votre groupe ? » Et vous savez ce qu’il me dit l’année suivante en début de saison « Monsieur, est ce que je peux continuer à m’entraîner avec vous ? ».

Depuis l’arrivée au club du jeune Hugo, l’entraîneur vit un rêve. Il ne s’en cache pas. Il l’explique avec un petit sourire et un grand soupir « aujourd’hui, ce que je vis c’est encore mieux que dans mes rêves ». Le hasard, la providence, un juste retour des choses ? Allez savoir, il n’est pas toujours nécessaire de mettre des mots pour interpréter. Seul l’instant présent compte dans ce groupe demi-fond qui s’est étoffé ces dernières années à tel point que les SBACistes seront une vingtaine qualifiés lors des prochains championnats de France de cross. « La fête annuelle » le temps fort de la saison comme le souligne l’entraîneur qui explique « depuis quelques années, nous louons un grand gîte. On fait notre cuisine. C’est comme une famille. On découvre ainsi les gens. On observe comment ils s’intègrent. Comme l’an passé avec Laurent Bodin, le nouvel entraîneur salarié du club. On l’a vu faire la vaisselle. On s’est dit « ah, il va convenir au club ». C’est révélateur d’un état d’esprit ».

Le groupe s’est donc structuré autour de Hugo Hay mais il s’est également soudé autour de Pierre Proust champion de France de cross l’an passé au Mans chez les cadets. Sans compter l’arrivée d’un autre satellite, Thomas Urien, un junior deuxième année, débarqué de Sens pour suivre à Poitiers une formation de coach. L’entraîneur parle ainsi de cette nouvelle recrue : « Lui, il est tombé du ciel. Avec les réseaux sociaux, j’ai reçu ce message « j’ai envie de venir dans votre club ». Il est incontestable que ces jeunes, tous ensemble, cela joue sur les vocations. Cela motive les autres ». Comme auprès des anciens tel Steve Millasseau ou bien encore David Rochereau qui fut dans le passé champion de France 45 mn « un gros potentiel, mais à cette époque, on ne s’entraînait peut être pas assez. On n’a pas vraiment su quel pouvait être son potentiel. Mais il est toujours là et c’est ce qu’il me plait ». Comme chez les autres jeunes du groupe, l’entraîneur qui fut autrefois spécialiste du 400 – 800 de pointer de l’index Nicolas Vergnaux « c’est un athlète doué mais qui aimait faire la fête. C’est amusant, mais depuis un mois, il est très sérieux pour préparer les championnats de France ».

Hugo Hay

Avec Abel Jamain, on est à l’école humaniste du sport. Lui qui montait il n’y a pas si longtemps sur les planches de son petit théâtre de village pour amuser le public local décrit cela ainsi « on est un club FFA donc forcément la performance compte mais l’essentiel, c’est le bien vivre ». Des propos en résonance avec ceux d’Hugo Hay interrogé sur cette cellule club, le SBAC des Brosseau, Laurent et Pascal et de Julien Rotureau le coureur de 8, toujours en tête des bilans demi-fond : « c’est un petit club mais il y a un fort sentiment d’appartenance. C’est un club de bénévoles, avec des bénévoles très impliqués. Sans le bénévolat, on ne peut rien faire. Il faut savoir rendre au club ce que le club vous donne ». Il ajoute en intellectualisant « le sport, c’est un facteur de cohésion sociale ».

Dans cette génération 97, celle des Gressier, El Bouajaji, Charik, Mischler, Palcau, Moreau, Dhainaut, Hugo Hay, c’est un peu le « frondeur » du groupe. Là encore, il ne faut pas se méprendre sur le terme, frondeur comme tête de pont, tête pensante, curieux et inquiet du monde qu’il l’entoure. Etudiant en sciences éco, c’est celui qui se pose des questions, c’est celui qui s’insurge, qui se révolte. Il ne s’en vente pas mais s’il faut l’avouer, il ne s’en cachera pas « je suis de gauche », le curseur bien dans le rouge. Son profil facebook le confirme. A rythme régulier, il poste des vidéos sur les chroniques de Pierre Emmanuel Barré et de Guillaume Meurice, chroniqueurs « incendiaires » et anti FN confirmés de France Inter. C’est trash mais il adore « j’aime l’humour satirique. Il faut savoir jouer avec l’humour ». Il s’insurge également sur le sort accordé aux migrants « ça me révolte, c’est aujourd’hui un enjeu majeur avec la montée du racisme ».

gressier et hay au Pontet

Hugo Hay est monté à Lille en septembre 2015. Ce fut un déchirement pour son entraîneur mais celui-ci avoue « il faut bien que l’oiseau quitte son nid. Ce fut difficile mais c’était son avenir ». L’étudiant en option journalisme intègre également le camp Lignier. Le grand saut dans une structure d’entraînement qui ne lui convient pas. Le point de vue de l’athlète : « Le changement fut brutal. Mon corps n’a pas accepté. J’étais vanné ». Le point de vue de l’entraîneur : « c’était un déchirement. Parfois j’étais gêné car il pleurait comme un gosse. Il se sentait trahi. Il était normal que l’entraînement soit plus dur, mais il n’y avait pas assez de récup dans son cas ».

Un simple dérapage, un mal pour un bien, Hugo Hay met un terme à cette expérience pour renouer avec Abel Jamain. Un retour à un certain équilibre, à des cycles connus, à des séances dans la logique d’une progression, dans l’équilibre d’une vie d’étudiant sans répit « souvent, c’est à la laverie que Hugo m’appelle. Pour ne pas perdre de temps. Pour évoquer l’entraînement, pour avoir des nouvelles du groupe ». L’entraîneur d’ajouter « je suis pour accorder une certaine autonomie à mes athlètes » confesse le coach.

hugo hay 1

Hugo Hay s’est ainsi reconstruit un petit univers, François Barrer à ses côtés pour certaines séances, mais aussi Nathan Vildy, originaire de Romorantin, 32’50’’ sur 10 km lui aussi inscrit dans le même cursus universitaire. Un système qui impose de la rigueur, de la discipline, c’est justement toute la force de ce coureur, 14’04’’57 sur 5000 l’an passé et 3’54’’71 sur 15. Il le confirme lui-même « je suis très perfectionniste, très méticuleux ». Le coach de renchérir « pour réussir, il faut un mental et des qualités que l’on travaille. Avec Hugo, il y a en plus l’intelligence de la préparation et de la course. C’est un coureur qui a de l’envie à courir».

Et puis il y a cette lucidité à se placer là où il doit être, à estimer le vrai niveau qui est le sien, pour éviter les écueils d’une fausse route, d’une impasse, Hugo Hay a l’honnêteté d’avouer « à la base, je n’ai pas le niveau pour devenir pro ». C’est pourquoi les études restent une priorité avec l’espoir affiché d’exercer le métier de journaliste sportif. Une vocation depuis tout gamin avouée à des parents, tous les deux employés à la médiathèque de Bressuire « déjà petit, j’aimais écrire, faire des petits comptes rendus, aller sur le terrain », suivre son père Christophe sur les parquets de basket, puis sur la route du marathon, le papa a réussi 2h54’, pour échanger, pour comprendre.

Hugo est donc dans l’apprentissage de la vie, à jongler avec les horaires, les séances, la PPG où il a le sentiment de bricoler, les cours, à s’investir un semestre entier dans cette matinale sur Radio Campus. Cette année, il vise à nouveau les Europe, cette fois chez les espoirs après avoir terminé sixième l’an passé chez les juniors sur 5000. Une étape de plus pour échanger, « être au contact », pour mieux comprendre le sport qu’il souhaite « plus clean ». Il ajoute en affirmant des convictions fortes « le sport, c’est le reflet de la société. J’aimerai un sport moins managé comme une entreprise car dans le sport, il n’y a pas que l’argent. Le sport, c’est du plaisir, c’est se dépasser ». Hugo Hay futur journaliste ! Il aura de quoi disserter !

> Texte et photos Gilles Bertrand