Le test HRV permet de détecter en amont des compétitions les niveaux de fatigue

Le test HRV permet de détecter en amont des compétitions les niveaux de fatigue

Dans son laboratoire de Prémanon, au Centre National de Ski de Fond, Laurent Schmitt travaille depuis 15 ans sur les problématiques de l’entraînement en altitude et sur les marqueurs de fatigue. Il a mis au point un test de détection de la fatigue, le HRV, qui fait désormais l’objet d’une vulgarisation auprès des entraîneurs.
En début de saison, la glisse est mauvaise. Mauvaises sensations, la machine semble se gripper. L’athlète, le coach sont inquiets, les séances se suivent et se ressemblent, Martin Fourcade passe au orange, le rouge n’est pas loin.

Laurent Schmitt, jour après jour a détecté un état de fatigue anormal. Les tests qu’il opère sur le biathlète ont permis très vite de signaler ce qui pourrait être un début de mononucléose. Stéphane Bouthiaux, le coach rectifie le tir, repos, séances allégées, repos, récup, les tests s’améliorent, Martin Fourcade sort de la zone rouge et remet des cartouches dans le barillet. Fin de l’alerte.

Depuis plus de 15 ans, Laurent Schmitt suit ainsi dans l’ombre des athlètes de haut niveau, des skieurs de fond, c’est sa spécialité, mais aussi des nageurs dont le groupe de Franck Esposito à Antibes, des boxeurs, des judokas, des C-istes tel Tony Estanguet avant les J.O. de Londres, pour mesurer les états de forme et détecter les probables états de fatigue.

Laurent Schmitt intuitivement estime lui-aussi qu’il faut creuser dans le mystère de cette onde cardiaque

Cet entraîneur de ski de fond, passionné de physio s’est très tôt intéressé à l’individualisation des protocoles d’entraînement et bien entendu, à la problématique de la fatigue compte tenu des grosses charges à absorber lorsque l’on rentre dans la sphère du haut niveau. Ce qui le conduit à réfléchir sur l’analyse des états de fatigue pour détecter précocement ces baisses de forme.

Le hasard et la curiosité lui ouvrent les portes du laboratoire du professeur Jean Claude Fouillot à l’INSEP. Celui-ci travaille sur l’analyse des battements du coeur et sur les éventuels signaux marqueurs de fatigue. Ses travaux ne reçoivent pas l’écho attendu sauf auprès de Laurent Schmitt qui, intuitivement, estime lui-aussi qu’il faut creuser dans le mystère de cette onde cardiaque.

Il y a 15 ans, les entraîneurs ont bien des outils pour mesurer la fatigue, les questionnaires, les lactactes, les tests de terrain, le rapport cortisol – testostérone mais il les juge insuffisamment fiables pour anticiper et adapter l’entraînement en jouant sur les curseurs du repos, de la récup.  et des intensités.

Dans son laboratoire du centre national de ski de fond, en parallèle de ses recherches sur l’entraînement en altitude et l’usage des chambres en hypoxie, il pose les bases d’un protocole d’études portant sur l’analyse de la variabilité de la fréquence cardiaque à partir de l’enregistrement de chaque battement du coeur. 57 skieurs de fond rentrent dans l’échantillon test. Objectif de l’étude : cibler les périodes de fatigue et adapter l’entraînement en conséquence. Ainsi, dans le quotidien des « fondeurs », quatre années seront nécessaires pour mettre au point un protocole de terrain puis une méthode d’interprétation.

Peu d’entraîneurs de demi-fond y assistent, Jean François Pontier est une exception

Alors en quoi consiste cette mesure ? « Le test de terrain est simple, c’est l’analyse qui est complexe » explique Laurent Schmitt « Le matin au lever, l’athlète reste allongé 7 minutes. En phase de relaxation. Avec un simple cardio-fréquence mètre, on mesure alors chaque battement cardiaque et l’amplitude de l’onde. Puis l’athlète se met debout, toujours au repos. Le corps change alors de synchronisateur et on poursuit l’analyse pendant 6 minutes ». Sur le plan pratique, il cite l’exemple de Régis Gautier, l’entraîneur des nageurs d’Antibes. Chaque matin, le test se déroule vers 7 heures. Les courbes sont expédiées par email. Laurent Schmitt est en veille, il reçoit une alerte SMS, l’interprétation peut débuter. Il s’agit d’une analyse mathématique décomposant les systèmes d’onde pour mesurer les niveaux d’énergie. En retour, le coach reçoit les conclusions. A lui d’affiner, d’individualiser les séances au vu de ces résultats. Et surtout, comprendre les raisons pour lesquelles l’athlète plonge dans un état de fatigue dont plusieurs degrés ont été définis.

Aujourd’hui, ce test, baptisé en trois lettres, le HRV est en voie de vulgarisation. Un logiciel d’interprétation à partir de l’analyse du signal est en développement et des sessions de formation ont débuté. Peu d’entraîneurs de demi fond y assistent, Jean François Pontier est une exception. Explication du chercheur : « Nous skieurs de fond, nous n’avons pas de stade, nous n’avons pas de repères de déplacement. Nous avons dû trouver des régulateurs d’entraînement. Comment mesurer la charge ». Il cite l’exemple de Vincent Vittoz, champion du monde de poursuite en 2005 avec un entraînement aux antipodes d’un marathonien.

A partir de ce même test, Laurent Schmitt qui se veut militant d’un sport propre, poursuit également ses recherches sur les effets de certaines méthodes de récupération, telles que le sauna, la cryothérapie, le yoga, la réflexologie plantaire. Avec le souci constant de se positionner dans un fonctionnement global, en s’attachant au respect de l’athlète. « C’est une approche de développement de la personne. Pour l’optimisation de la performance. La réussite est là ».

> Texte Gilles Bertrand

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